Pour draguer les profs, Marine Le Pen renie son paternel
Pourquoi un colloque sur l’école au Front National ? Pour rétablir l’autorité et la sécurité en premier lieu et en finir avec l’esprit de 68 qui, selon sa présidente, a mis l’élève au centre de l’école. Mais aussi pour s’adresser aux enseignants et les accueillir. Un revirement spectaculaire pour le FN.
Attention, discours important ! Celui que Marine Le Pen a prononcé en clôture d’un colloque organisé par le club Idée Nation, animé par le numéro deux du parti Louis Aliot, marque une inflexion dans la campagne du Front national. Il s’agit ni plus ni moins d’ouvrir grand les bras aux enseignants qui, dit-elle, se sentent menacés « dans leur intégrité physique et morale et considérés comme une variable d’ajustement des politique d’austérité. »
La candidate du Front national n’a pas mâché ses mots en s’adressant aux profs: « Longtemps il y eu un malentendu entre nous. Nous n’avons pas su vous parler. » Difficile de ne pas se souvenir du père traitant les enseignants de communistes pénétrés par l'idéologie moscoutaire. Elle poursuit : « Longtemps nous avons commis l’erreur de croire que vous étiez complice de la destruction de l’école ». Avant de conclure ces phrases fortes par une autocritique: « Pour l'immense majorité d'entre vous, c'était une erreur et cette époque est révolue ». La phrase a dû tinter aux oreilles de Jean Marie Le Pen qui, jugeant un jour des qualité de sa fille héritière, avait pointé quelques carence en matière culturelle, remarquant, de façon quelque peu vacharde, qu'elle avait « été victime du lycée de l’après 68 ».
Eh bien, ce jeudi 29 septembre, la fille a pris le père au mot. Prônant, justement, le retour à une école des années 50, nostalgie des blouses grises chère à Jean-Pierre Chevènement...
Finie donc l’époque où, au Front National, on voyait les enseignants comme des gauchistes, mal habillés, sans autorité, au tutoiement facile. « D’ailleurs, ils sont tous à la retraite. » L’enseignant, « qu’on ne doit pas appeler le prof, mais le professeur » « verra son statut revalorisé ».
En clair, les revendications des enseignants sont légitimes. Durant le colloque, un intervenant, Christian Lechevalier, enseignant d’économie, s’est d’ailleurs autorisé un discours syndical sur la faiblesse des rémunérations des profs. Une autre collègue, Valérie Laupies, directrice d’école, a légitimé le recours à la grève, tout en regrettant néanmoins que « les syndicats n’offrent cette perspective comme seul mode d’action ». Mais attention, tempère la présidente, « on ne rétablira pas tous les postes supprimés, crise oblige. »
Voilà pour la partie la plus spectaculaire du discours. Reste l’objectif, refonder l’école. Et là , sans doute influencée par ses nouvelles recrues venues de l’entourage de Jean-Pierre Chevènement, Paul Marie Couteaux et Bertrand Dutheil de la Rochère (c'est un autre ex-chevènementiste, Florian Philippot, qui a inspiré le discours du jour), elle emprunte à l’ancien ministre de l’éduction. « Il faut chasser le spectre de Philippe Mérieux, du jacklandisme et de toutes ces salades amplifiées par le sarkozysme qui ont imbibé l’école de l’esprit de 68. » Marine Le Pen aujourd’hui propose « que les élèvent se lèvent quand le professeur entre dans la classe, que le tutoiement de l’élève soit interdit, qu’une tenue impeccable soit exigée. » Elle poursuit : « Il faudra rétablir la discipline, rétablir les punitions et les appliquer ». Et, n’oubliant pas la culture de son parti, « il faudra lutter contre l’insécurité à l’école, comme on lutte contre l’insécurité à l’extérieur de l’école. Appliquer la tolérance zéro, équiper les établissements de portails électroniques, faire appel à la police en cas de besoin. »
Sur le fond, Marine Le Pen rêve d’une école des années 60, celle où l’on apprenait à lire avec la méthode syllabique, celle où on n’enseignait pas l’anglais dès le primaire, celle où les notes jugeaient un devoir au quart de point près. Celle où n’existait pas le collège unique. Mais aussi celle où les élèves de la cantine mangent ce qu’on leur propose, « sans exigences religieuses qui refusent le porc et exigent de la viande halal ». Applaudissement de la salle. Marine veut bien oublier Le Pen. Mais pas les fondamentaux du Front National.
- Revue Web personnalisée
- Les Unes de Marianne2
- Le MAG en PDF 24h avant !
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr
|
“Le goût de la vérité n’empêche pas de prendre parti” A.Camus
|
|

Imprimer
Augmenter le texte
Diminuer le texte
Accueil
Envoyer
Partager

Facebook
Twitter
RSS
Newsletter