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Pour Sarkozy, la pagaille à Roissy est la faute des services publics

Lundi 3 Janvier 2011 à 15:01 | Lu 13155 fois I 48 commentaire(s)

Emmanuel Lévy - Marianne

Avec la pagaille à Roissy, Nicolas Sarkozy, comme le gouvernement, insiste lourdement sur la nature publique des entreprises mises en cause, faisant du même coup rimer public et échec. Pourtant privatisées, Air France-KLM, comme ADP se vivent pleinement comme des entreprises privées ainsi que l'indiquent leurs documents. Où l'on apprend au passage que pour ADP, le dégivrage des avions est une très bonne affaire.


« On peut comprendre que le service soit perturbé par les aléas climatiques, mais pas que les usagers aient le sentiment d'être abandonnés . » Pour ses vœux, Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à taper du poing sur la table évoquant « les usagers », chose rare dans son vocabulaire (présent dans seulement une dizaine de ses nombreux discours) sinon pour dénoncer les grèves-dans-les-transports-qui-prennent-les-usagers-en-otage.

Déjà, la semaine dernière, Nathalie Kosciusko-Morizet avait menacé: « J’attends des entreprises publiques qu’elles ne polémiquent pas entre elles ». Dans un article précédant, Marianne s’était étonnée de ce que le ministre des Transports et de l’Ecologie évoqua le caractère « public » de ces deux entreprises. Voilà donc que le Président en rajoute une louche en évoquant cette fois le mot d’ « usager ». 

Il est pourtant trop tard pour faire rimer « service public » ou « usagers » avec les échecs de ces deux entreprises privatisées, certes encore détenues à 51% par l’Etat pour ADP et 15% pour Air France-KLM. Ces deux entreprises se vivent elles pleinement comme des sociétés privées.

Pour Sarkozy, la pagaille à Roissy est la faute des services publics
Dans leurs rapports annuels, les deux entreprises ne s’étendent pas vraiment sur leur nature «d’entreprise publique ». Cette mention est d’ailleurs totalement absente du document de référence d’Air France-Klm. Enfin pas complètement, puisque l’on peut y lire, non sans percevoir en creux un léger dénigrement, que « la SNCF, qui est le principal concurrent d’Air France sur le réseau domestique, est une entreprise publique. »

Chez ADP, en revanche, cette nature est davantage présente. Sur les 372 pages que comptent le rapport annuel, ADP y est qualifiée à trois reprises d’ « entreprise publique », notamment pour rappeler la présence majoritaire de l’Etat au capital (51%), histoire notamment d’expliquer les dérogations  au code Afep-Medef. 

Quant aux usagers, les seuls que connaît le contrat de régulation économique qui lie ADP et les pouvoir publiques sont…les compagnies aériennes. Au passage, ce petit document liste en page 70, les prix pratiqués pour un dégivrage. Un bon business pour ADP. Quelle que soit la saison, un avion doit s’acquitter d’une redevance allant de 30,66 à  153,31 euros HT. S'il y a lieu de dégivrer, la facture s’envole jusqu’à 5007 euros pour un A380. « Un truc hyper profitable. A tel point que l’on peut même corréler les bons résultats de l’entreprises avec les hivers rigoureux », glisse-t-on chez ADP.

Le rapport annuel d’ADP mentionne bien l’existence d’usagers. A trois reprises il y est fait allusion. Comme dans le contrat, ce terme désigne bien les compagnies aériennes, mais également les passagers, en tout cas une fois au détour d’une page. En revanche comme tout document boursier d’une entreprise privée de cette envergure, il y est fait abondamment cas du client, mot répété 142 fois. 
Il n’est repris que 93 fois au cours des 272 pages que comptent le rapport annuel 2009 d’Air France-KLM. Lequel ignore complètement la notion d’usager. 








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