Polanski sort de prison, tant mieux pour lui?Daniel Salvatore Schiffer | Vendredi 27 Novembre 2009 à 17:01 | Lu 8051 fois
Polanski a été libéré sous caution en Suisse. Daniel Salvatore Schiffer s'en réjouit. Nous publions ici sa tribune pour montrer qu'à Marianne2 on donne aussi la parole à ceux dont on ne partage pas les opinions.
Ainsi la Suisse vient-elle enfin, ce 25 novembre 2009, d’accepter de libérer sous caution Roman Polanski : un homme, âgé de 76 ans, croupissant dans une geôle de Zurich, depuis le 26 septembre dernier, et ayant dû subir, après une soudaine détérioration de sa santé, divers examens médicaux dans un hôpital de la capitale alémanique.
On se souvient, du reste, des effroyables et rocambolesques conditions de son arrestation. Car, ainsi que nous l’apprit Folco Galli lui-même, porte-parole de l’Office Fédéral de la Justice (l’équivalent de notre Ministère de la Justice), c’est Berne qui, faisant preuve là d’un extraordinaire et rare excès de zèle, aurait en fait demandé à Washington, avant même l’atterrissage de Polanski sur le territoire helvétique, si le mandat d’arrêt international lancé à son encontre était encore valable. Bref : de la délation pure et simple, digne des pires méthodes de la Gestapo, puisque différents courriels montrent, de manière irréfutable, que c’est la Suisse elle-même qui aurait ainsi averti les Etats-Unis de l’arrivée imminente, à l’intérieur de ses frontières, de la star. Et ce par apport à une affaire de mœurs - une relation sexuelle avec une mineure d’âge - remontant, sans qu’il n’y ait aucune prescription quant à ces faits, à plus de trente ans. Si ce n’était pas, cela, de l’acharnement judiciaire, voire de la persécution ! Une bonne et heureuse, quoique tardive, nouvelle, donc, que cette liberté conditionnelle qui vient d’être ainsi enfin octroyée à Roman Polanski. Ses modalités, aux dires d’Evelyne Widmer-Schlumpf, Ministre suisse de la Justice ? Le versement immédiat, de la part du génial auteur du Pianiste et autre Rosemary’s Baby, d’une caution s’élevant à la somme astronomique de 3 millions d’euros et une assignation à résidence (dans son chalet de Gstaad, mis provisoirement sous séquestre) assortie de la pose, sur sa personne, d’un bracelet de surveillance électronique. Et ce, en attendant son extradition - qui a été officiellement réclamée le 22 octobre dernier - vers les Etats-Unis. Une première victoire, donc, pour les défenseurs du cinéaste franco-polonais. C’est là, du reste, ce que certains de mes pairs et moi-même avions expressément demandé, il y a maintenant deux mois, dès le début de son arrestation : la libération de Roman Polanski, en attendant son procès.
Reste cependant, à présent, le plus dur : convaincre, comme tenteront de le faire les avocats du prévenu avant ce 10 janvier 2010, la justice californienne, juridiction instruisant cette sombre affaire, d’abandonner les poursuites à son encontre. D’autant que c’est Samantha Geimer en personne, cette même femme qui, le 11 mars 1977, à l’âge de 13 ans, fut la victime de ce « détournement de mineure », qui, soucieuse de tourner définitivement la page sur cette douloureuse expérience de sa vie la plus intime, le demande, aujourd’hui, formellement. Elle a d’ailleurs, depuis longtemps déjà, retiré sa plainte, à l’encontre du cinéaste, suite à un accord pris, contre une indemnité pécuniaire équivalente à 450.000 euros, avec un juge du tribunal de Los Angeles. Mieux : consciente que, le temps accomplissant son œuvre, un homme change en trente ans, elle l’aurait, selon ses propres mots, « pardonné » !
Mais un autre argument, et non des moindres, plaide en faveur de Roman Polanski : le fait que tout, dans sa vie privée aussi bien que professionnelle, indique l’absence de toute récidive en matière de délit sexuel. Bref : ce n’est pas, n’en déplaise aux tartuffes de notre pseudo-modernité et autre insupportable bien-pensance, un pervers ! Reste donc à espérer, comme pour tout justiciable, une justice enfin équitable. Car ce célèbre cinéaste « oscarisé », bouc émissaire tout autant que corps expiatoire que l’hypocrisie ambiante a ainsi publiquement brandi à titre de « contre-exemple » éthique au regard des foules, semblait s’avérer jusqu’ici au-dessous des lois bien plus qu’au-dessus, contrairement à ce que certains esprits chagrins, ces obtus et dangereux représentants d’on ne sait quel totalitaire « nouvel ordre moral », prétendirent nous faire gober, au départ, pour mieux le condamner a priori. Dernier point, enfin. Certains me reprochèrent, dans un de mes plaidoyers où j’établissais un parallèle entre le procès d’Oscar Wilde et celui de Roman Polanski, d’avoir comparé là l’incomparable : l’Angleterre victorienne, puritaine, et l’Amérique contemporaine, démocratique. Eh bien je persiste et signe ; la comparaison tient, plus que jamais : la peine de deux ans de prison que Polanski, s’il était effectivement extradé, risque d’encourir aujourd’hui, pour « relations sexuelles illicites avec une mineure d’âge » (la qualification de « viol » a été abandonnée et celle de « pédophilie » n’a jamais existé), est en effet identique à celle que Wilde dut jadis purger pour délit d’homosexualité. A méditer !
Voir les 142 commentaires
Dans la même rubrique :
|
|
||

Imprimer
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Accueil
Envoyer
Partager
Digg
Del.icio.us
Wikio
Facebook
Google
MySpace
Twitter
LinkedIn
Viadeo







