Piss Christ: une oeuvre qui dérange depuis 20 ans
Mardi 19 Avril 2011 à 15:01 | Lu 14060 fois I 316 commentaire(s)
Aliocha - Blogueuse associée
La blogueuse Aliocha fait une mise au point : la polémique autour du « Piss Christ » d'Andres Serrano n'est pas nouvelle. Et si l'œuvre est de fort mauvais goût et interroge sur la capacité de l'art contemporain à produire autre chose que de la provocation, elle n'en questionne pas moins l'idolâtrie religieuse.
Le propre des expositions de qualité, c’est qu’elles vous restent longtemps en mémoire et que leur catalogue, loin d’être un souvenir poussiéreux voué à encombrer une bibliothèque, s’érige au rang de document. Lorsque j’ai entendu parler de la polémique autour du Piss Christ d’Andres Serrano, je me suis souvenue avoir vu cette photographie à la Bibliothèque nationale en mars 2009 et vous avoir vanté les mérites de l’exposition « Controverses, une histoire juridique et éthique de la photographie », ici. Je ne saurais trop vous encourager à faire l’acquisition du catalogue, toujours disponible chez Actes Sud (45 euros), pour peu que la photographie et son rapport à la liberté d’expression vous intéresse. Car de même que la polémique autour de la photographie de Brooke Shields il y a quelques mois ne m’avait pas surprise, celle sur le Piss Christ ne m’a pas étonnée davantage.
Une photographie controversée depuis 1989
La consultation du précieux ouvrage m’apprend en effet que cela fait plus de 20 ans que cette « oeuvre » datée de 1987 est régulièrement décriée, voire vandalisée à chaque fois qu’elle surgit quelque part. En 1989, un visiteur porte plainte contre le Southeastern Center of Contempory Art qui l’expose. Les protestations sont telles que l’affaire remonte jusqu’au Sénat américain. L’organisme qui avait financé l’artiste à auteur de 15 000 dollars verra son budget amputé et ses critères d’attribution de fonds révisés. Quatre ans plus tard, l’Université d’Alabama a l’idée folle d’en faire l’acquisition, suscitant de violentes protestations de la part de certains étudiants. En 1997, Piss Christ présentée en Australie est vandalisé (tiens, déjà !) et l’Eglise exige la fermeture définitive de l’exposition. En 2005, les généreux donateurs qui s’apprêtaient à financer une exposition intitulée America renoncent en apprenant que Serrano en est l’auteur. Mais l’oeuvre n’a pas fini de susciter l’indignation. En octobre 2007, c’est en Suède que l’exposition est attaquée par des militants d’extrême-droite qui détruisent la moitié des oeuvres.
Religion et idolâtrie
Autant dire l’apparente surprise de ceux qui la présentent actuellement est pour le moins étonnante…Comment imaginer qu’ils aient pu ignorer le parcours pour le moins sulfureux du Piss Christ ? De fait, l’attaque dont la photographie a fait l’objet dimanche au Musée d’art contemporain d’Avignon n’est que le énième rebondissement d’une histoire éminemment chaotique. A ce stade, il n’est pas inutile de préciser que l’intention de Serrano n’est pas d’offenser les chrétiens, pas plus que d’exprimer un quelconque mépris à l’encontre du Christ, mais de travailler sur le thème de la religion et de l’idolâtrie. La première fois que je l’ai vue, j’ai eu un haut-le-coeur en lisant l’explication. Pour ceux qui l’ignoreraient encore malgré le tapage médiatique, il s’agit d’un crucifix en plastique plongé dans un bain d’urine (probablement celle de l’artiste) et de sang animal. Oh ! Je vous imagine fronçant le nez de dégout, figurez-vous que je partage entièrement votre réaction.
Et si Piss Christ posait une bonne question ?
Une photographie controversée depuis 1989
La consultation du précieux ouvrage m’apprend en effet que cela fait plus de 20 ans que cette « oeuvre » datée de 1987 est régulièrement décriée, voire vandalisée à chaque fois qu’elle surgit quelque part. En 1989, un visiteur porte plainte contre le Southeastern Center of Contempory Art qui l’expose. Les protestations sont telles que l’affaire remonte jusqu’au Sénat américain. L’organisme qui avait financé l’artiste à auteur de 15 000 dollars verra son budget amputé et ses critères d’attribution de fonds révisés. Quatre ans plus tard, l’Université d’Alabama a l’idée folle d’en faire l’acquisition, suscitant de violentes protestations de la part de certains étudiants. En 1997, Piss Christ présentée en Australie est vandalisé (tiens, déjà !) et l’Eglise exige la fermeture définitive de l’exposition. En 2005, les généreux donateurs qui s’apprêtaient à financer une exposition intitulée America renoncent en apprenant que Serrano en est l’auteur. Mais l’oeuvre n’a pas fini de susciter l’indignation. En octobre 2007, c’est en Suède que l’exposition est attaquée par des militants d’extrême-droite qui détruisent la moitié des oeuvres.
Religion et idolâtrie
Autant dire l’apparente surprise de ceux qui la présentent actuellement est pour le moins étonnante…Comment imaginer qu’ils aient pu ignorer le parcours pour le moins sulfureux du Piss Christ ? De fait, l’attaque dont la photographie a fait l’objet dimanche au Musée d’art contemporain d’Avignon n’est que le énième rebondissement d’une histoire éminemment chaotique. A ce stade, il n’est pas inutile de préciser que l’intention de Serrano n’est pas d’offenser les chrétiens, pas plus que d’exprimer un quelconque mépris à l’encontre du Christ, mais de travailler sur le thème de la religion et de l’idolâtrie. La première fois que je l’ai vue, j’ai eu un haut-le-coeur en lisant l’explication. Pour ceux qui l’ignoreraient encore malgré le tapage médiatique, il s’agit d’un crucifix en plastique plongé dans un bain d’urine (probablement celle de l’artiste) et de sang animal. Oh ! Je vous imagine fronçant le nez de dégout, figurez-vous que je partage entièrement votre réaction.
Et si Piss Christ posait une bonne question ?
De là à hurler au blasphème…Vous commencez à me connaître, la liberté d’expression, en particulier artistique, j’y tiens. Surmontons donc la répugnance qu’inspire la démarche d’Andres Serrano pour réfléchir plus avant. Koztoujours, qui prend soin de condamner les extrémistes qui ont vandalisé « l’oeuvre », voit néanmoins dans l’exercice de l’auteur le signe d’un art épuisé qui n’est plus capable d’autres faits d’armes que de provoquer. Je partage sa méfiance à l’égard de la grande escroquerie de l’art contemporain, qu’un philosophe comme Dany Robert-Dufour rattache d’ailleurs fort judicieusement aux errances de la société de consommation. Pour autant, si la question soulevée par l’artiste l’est de manière discutable, elle n’en est pas moins prodigieusement intéressante. Ce n’est pas le Christ, qui baigne dans l’urine, mais un crucifix en plastique. L’un de ceux sans doute que l’on trouverait à Lourdes, pour quelques centimes d’euros. Vous savez, chez ces marchands de bimbeloterie pas très différents des vendeurs de Tour Eiffel qui arpentent les trottoirs de Paris. En quoi croyons-nous, exactement ? En Dieu, en une représentation plus ou moins réussie artistiquement (qui n’est pas bouleversé par exemple en contemplant un Fra Angelico ?), ou en un simple grigri ? Quel respect exigeons-nous, le Sien ou celui de nos rites religieux ? Est-il question ici de Dieu ou seulement des hommes ?
Libre à chacun de répondre en son âme et conscience, l’essentiel à mes yeux est que la question puisse être posée. L’artiste a voulu choquer, c’est vrai, mais dans un monde aussi médiatisé que le nôtre, existe-t-il une autre manière de faire chavirer les certitudes ?
Pour finir, je me demande quelle photographie déjà ancienne suscitera le prochain scandale. Celle-ci, peut-être. Ou bien celle-là…
Lire d'autres articles d'Aliocha sur son blog.
Libre à chacun de répondre en son âme et conscience, l’essentiel à mes yeux est que la question puisse être posée. L’artiste a voulu choquer, c’est vrai, mais dans un monde aussi médiatisé que le nôtre, existe-t-il une autre manière de faire chavirer les certitudes ?
Pour finir, je me demande quelle photographie déjà ancienne suscitera le prochain scandale. Celle-ci, peut-être. Ou bien celle-là…
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