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Marianne2

Pire que les Krishna : la secte des (libre) échangistes

Raphaël Anglade | Jeudi 26 Février 2009 à 17:31 | Lu 7530 fois

Aux zélateurs du commerce mondial, défenseurs du libre-échangisme à tout prix, Raphaël Anglade répond ceci: le salut ne passera que par la mise en place d'un protectionnisme européen!



(photo : freemarketmyass - Flickr - cc)
(photo : freemarketmyass - Flickr - cc)
Dans un monde économique qui part en lambeaux, regardez-les qui chevrotent leurs mantras, les libre-échangistes.

Sur les plateaux télés, dans les couloirs de l’Eurocratie, à Davos, dans la presse de droite et dans la presse de gauche dévoyée, ils errent, marmottant les prières de leur religion déchue. Pareils aux derniers des staliniens, ils cherchent dans les décombres la trace de leur foi dépassée.

Leur idéologie fut la dernière des grandes idéologies du XXe Siècle. Elle s’ancrait dans quelques idées simples : laisser les gens entreprendre et commercer, fluidifier les échanges, favoriser l’initiative, limiter l’intervention des États, faire confiance aux individus, préférer le commerce à la guerre... qui y trouverait à redire ?

« Et on supprima toute entrave à la concurrence déloyale... Â»
Sauf qu’elle fut insensiblement confisquée par quelques-uns. Le principe de modération devint un axiome, une règle de foi. On supprima toute entrave à la concurrence déloyale de pays qui nous concurrençaient sans prendre la peine de protéger leurs populations, pour s’aligner, on commença à démanteler nos solidarités, nos protections, nos services publics. Pour tenter de capter ces capitaux que l’on avait exagérément fluidifié, on accepta de les rémunérer à outrance. 10 % du PIB passa en 15 ans des travailleurs vers les actionnaires.

On perdit de vue le sens de l’honneur, le sens du travail, le sens du service. Le rendement devint la seule règle et la seule fin.

Aveuglement ? Pas seulement, une petite oligarchie profitait de ce laxisme pour s’enrichir dans des proportions jamais atteintes. Par sécurité, elle inventa de rémunérer les dirigeants en fonction des revenus de son patrimoine. Ceux-ci se désolidarisèrent de leurs salariés, qui subirent la précarité la plus violente. Les ouvriers, d’abord, les ingénieurs, ensuite, presque tous désormais.

« L’irréalité la plus complète Â»
Au cours des 15 dernières années, dans une véritable frénésie, ils basculèrent dans l’irréalité la plus complète. On produisit de l’argent à partir de formules de plus en plus sophistiquées, dans un rapport de plus en plus éloigné du travail et de la valeur d’usage des biens. L’économie devint une vaste spéculation. Des Madoff par dizaines trouvèrent plus astucieux de jouer au casino plutôt que de tenter de produire des richesses. Ils s’achetaient des gouvernements entiers et se réfugiaient, lorsque nécessaire, derrière les dogmes de leur nouvelle religion. On subissait leur joug comme les Espagnols subissaient celui de l’Eglise catholique, brutale et arriérée, aux premières années du règne de Franco.

Ils allèrent trop loin et cassèrent la machine. Il faut aujourd’hui tout reconstruire. Les gouvernants le savent, les banquiers le savent, les capitalistes le savent... mais pas les petits moinillons de la religion libre-échangiste.

Accrochés à leur religion déchue, ils répètent leurs vieux sermons désormais sans âme. Ils mélangent tout. Ils haïssent le "protectionnisme" sans même tenter de le définir. Ils confondent à l’envie économie de marché et libre échange, libéralisme et capitalisme... Ils ne savent plus ce qu’ils veulent, ils voudraient juste que le monde ne change pas, ils voudraient pouvoir se pavaner comme hier.

Et pourtant, il n’y a pas d’autre issue. Il va falloir refaire de la politique. Il va falloir réguler l’économie. Et il faudra donc le faire dans des espaces politiques. Il va falloir penser des frontières et définir, à l’intérieur de ces frontières, un nouveau pacte social. Il va falloir fonder une justice et une sécurité, il va falloir partager les richesses, entre gens qui acceptent les mêmes règles, c’est-à-dire au sein d’entités politiques reconnaissant la légitimité d’une même gouvernance.

L’Europe est l’entité rêvée pour cela. L’importance de son marché intérieur et de ses forces de production sont impressionnantes. Sa tradition politique et la qualité de son administration sont énormes. Son économie est plus indépendante que celle des autres géants.

L’Europe doit bâtir un protectionnisme européen et construire une prospérité partagée.

C’est maintenant que nous allons voir si elle est à la hauteur de sa mission historique, et si elle mérite les sacrifices que les peuples ont consenti pour la construire...

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