Philippe Bilger fera-t-il les frais de l'affaire Zemmour?
Vendredi 26 Mars 2010 à 05:01 | Lu 27245 fois I 272 commentaire(s)
Bénédicte Charles - Marianne
Nouveau rebondissement dans l’affaire Zemmour : Philippe Bilger, avocat général à la cour d'appel de Paris et blogueur associé de Marianne2, est convoqué chez le procureur général de Paris suite à son article, publié sur notre site sous le titre : « Zemmour entre liberté et répétition ».
Jeudi dernier, sur son blog et sur Marianne2, le magistrat Philippe Bilger consacrait un article à Eric Zemmour et à son « dérapage » sur le plateau de l’émission de Thierry Ardisson au cours de laquelle il avait déclaré : «Les Français issus de l'immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes... C'est un fait.»
«Je propose à un citoyen de bonne foi de venir assister aux audiences correctionnelles et parfois criminelles à Paris et il ne pourra que constater la validité de ce « fait », la justesse de cette intuition qui, aujourd'hui, confirment un mouvement né il y a quelques années », écrivait Philippe Bilger. Ce qui lui vaut d’être aujourd’hui convoqué, à 16 heures, par son supérieur hiérarchique François Falletti, procureur général de Paris. La ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie a confirmé l’information : Philippe Bilger est convoqué afin de « donner des explications sur cette opération ». Et de rappeler que le magistrat, en tant que fonctionnaire, est soumis au « devoir de réserve ». Puis la garde des Sceaux a précisé qu’elle se prononcerait sur cette affaire à l’issue de l’entretien de Philippe Bilger avec François Falletti. Bref, on sort l’artillerie lourde.
En quoi Philippe Bilger a-t-il manqué à son « devoir de réserve » qui interdit aux magistrats « toute délibération politique », « toute manifestation d'hostilité au principe ou à la forme du gouvernement de la République », « toute démonstration de nature politique incompatible avec la réserve que leur imposent leurs fonctions », et « toute action concertée de nature à arrêter ou entraver le fonctionnement des juridictions » ? Il a simplement décrit ce que tout citoyen peut aller constater au palais de justice, les audiences correctionnelles et criminelles étant publiques (sauf en cas de huis clos, comme c’est par exemple le cas lorsqu’un mineur est concerné). Une réalité que peu d’acteurs judiciaires nient, même si beaucoup en donnent une interprétation très différente de celle de Zemmour — comme c’est le cas de Maître Eolas sur son blog. Une réalité que tout le monde trouve acceptable lorsqu’elle est montrée dans un film comme « Un prophète» ou mentionnée au passage dans une étude de l’Insee sur la population carcérale (à télécharger ci-dessous). Il est étrange qu'au moment où le Figaro renonce à sanctionner Eric Zemmour, la hiérarchie judiciaire cherche à mettre de l'huile sur le feu en admonestant un magistrat qui, quoique ne partageant pas les idées du journaliste, s'est simplement échiné à démontrer, dans un langage plus que modéré, ce qu'il y avait de ridicule à l'empêcher de décrire un phénomène que chacun connait.
De quoi Philippe Bilger s’est-il rendu coupable ? D’avoir « abordé de front une telle matière sans prendre les précautions d'usage et en n'ayant pour obsession que de rendre acceptable par et pour tous ce que la nudité cruelle de l'exactitude précisément n'aurait pas permis », de s’être « affranchi de la censure qui interdisait d'aborder clairement un tel sujet », d’avoir « dépassé une ligne que la bienséance et l'hypocrisie considèrent comme absolue », comme il l’écrivait au sujet d’Eric Zemmour sans s’imaginer alors qu’il serait à son tour attaqué pour ses propos ?
A moins, et c’est l’explication la plus plausible, que la Chancellerie ait trouvé dans cette affaire le prétexte qu’elle attendait depuis longtemps pour tenter d'intimider un magistrat qui ne ménage pas ses critiques à l’égard des réformes menées par Sarkozy — à commencer par celle de la justice. Philippe Bilger n'a-t-il pas déjà été convoqué une fois pour avoir dit ce qu'il pensait du Ministre de la Justice de l'époque, Rachida Dati ? Des critiques d’autant plus difficiles à digérer qu’elles émanent d’un homme qui, au départ, avait accueilli avec bienveillance lesdites réformes…
NB : article actualisé à 12h02 avec l'ajout du document téléchargeable de l'INSEE.
«Je propose à un citoyen de bonne foi de venir assister aux audiences correctionnelles et parfois criminelles à Paris et il ne pourra que constater la validité de ce « fait », la justesse de cette intuition qui, aujourd'hui, confirment un mouvement né il y a quelques années », écrivait Philippe Bilger. Ce qui lui vaut d’être aujourd’hui convoqué, à 16 heures, par son supérieur hiérarchique François Falletti, procureur général de Paris. La ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie a confirmé l’information : Philippe Bilger est convoqué afin de « donner des explications sur cette opération ». Et de rappeler que le magistrat, en tant que fonctionnaire, est soumis au « devoir de réserve ». Puis la garde des Sceaux a précisé qu’elle se prononcerait sur cette affaire à l’issue de l’entretien de Philippe Bilger avec François Falletti. Bref, on sort l’artillerie lourde.
En quoi Philippe Bilger a-t-il manqué à son « devoir de réserve » qui interdit aux magistrats « toute délibération politique », « toute manifestation d'hostilité au principe ou à la forme du gouvernement de la République », « toute démonstration de nature politique incompatible avec la réserve que leur imposent leurs fonctions », et « toute action concertée de nature à arrêter ou entraver le fonctionnement des juridictions » ? Il a simplement décrit ce que tout citoyen peut aller constater au palais de justice, les audiences correctionnelles et criminelles étant publiques (sauf en cas de huis clos, comme c’est par exemple le cas lorsqu’un mineur est concerné). Une réalité que peu d’acteurs judiciaires nient, même si beaucoup en donnent une interprétation très différente de celle de Zemmour — comme c’est le cas de Maître Eolas sur son blog. Une réalité que tout le monde trouve acceptable lorsqu’elle est montrée dans un film comme « Un prophète» ou mentionnée au passage dans une étude de l’Insee sur la population carcérale (à télécharger ci-dessous). Il est étrange qu'au moment où le Figaro renonce à sanctionner Eric Zemmour, la hiérarchie judiciaire cherche à mettre de l'huile sur le feu en admonestant un magistrat qui, quoique ne partageant pas les idées du journaliste, s'est simplement échiné à démontrer, dans un langage plus que modéré, ce qu'il y avait de ridicule à l'empêcher de décrire un phénomène que chacun connait.
De quoi Philippe Bilger s’est-il rendu coupable ? D’avoir « abordé de front une telle matière sans prendre les précautions d'usage et en n'ayant pour obsession que de rendre acceptable par et pour tous ce que la nudité cruelle de l'exactitude précisément n'aurait pas permis », de s’être « affranchi de la censure qui interdisait d'aborder clairement un tel sujet », d’avoir « dépassé une ligne que la bienséance et l'hypocrisie considèrent comme absolue », comme il l’écrivait au sujet d’Eric Zemmour sans s’imaginer alors qu’il serait à son tour attaqué pour ses propos ?
A moins, et c’est l’explication la plus plausible, que la Chancellerie ait trouvé dans cette affaire le prétexte qu’elle attendait depuis longtemps pour tenter d'intimider un magistrat qui ne ménage pas ses critiques à l’égard des réformes menées par Sarkozy — à commencer par celle de la justice. Philippe Bilger n'a-t-il pas déjà été convoqué une fois pour avoir dit ce qu'il pensait du Ministre de la Justice de l'époque, Rachida Dati ? Des critiques d’autant plus difficiles à digérer qu’elles émanent d’un homme qui, au départ, avait accueilli avec bienveillance lesdites réformes…
NB : article actualisé à 12h02 avec l'ajout du document téléchargeable de l'INSEE.
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