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Péan gagne contre Sos-Racisme: Kagamé mange son chapeau

Bénédicte Charles | Lundi 10 Novembre 2008 à 06:00 | Lu 18160 fois

Poursuivi pour «incitation à la haine raciale» dans certaines pages de son livre sur le Rwanda, Pierre Péan a été relaxé par le tribunal. Reste une question: qu'est venue faire Sos-Racisme dans cette galère?



Le palais de justice de Paris (photo faithx5-flickr-cc)
Le palais de justice de Paris (photo faithx5-flickr-cc)
Le 7 novembre, la 17e Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris a relaxé Pierre Péan, poursuivi par SOS Racisme pour diffamation raciale et provocation à la haine raciale. L’association anti-raciste reprochait à Pierre Péan quatre pages de son livre sur le génocide rwandais publié en novembre 2005, « Noires fureurs, blancs menteurs », consacrées aux Tutsis. L’auteur y citait plusieurs textes datant de l’époque coloniale mentionnant une « culture du mensonge et de la dissimulation » chez les Tutsis.
Mais pour les magistrats, Pierre Péan s’est situé « clairement sur un registre anthropologique » et avertissait tout aussi clairement le lecteur « du caractère archaïque du vocabulaire employé ». De même, les juges ont estimé que l’emploi de la formule « culture du mensonge et de la dissimulation », « aussi brutale qu’elle puisse paraître, spécialement pour les victimes du génocide », ne vise pas à « jeter le discrédit sur l’ensemble des Tutsis ». Enfin, le tribunal n’a trouvé dans le texte de Pierre Péan « aucun appel ni aucune exhortation à la discrimination, à la haine ou à la violence susceptible de provoquer chez le lecteur un rejet ou une réaction à l’encontre des Tutsis ».
Ce jugement n’a rien de bien étonnant. Ce qui l’est, en revanche, c’est que SOS-Racisme se soit embarquée dans cette affaire. Une vraie galère à plus d’un titre. D’abord parce que Pierre Péan est l’un des parrains de SOS-Racisme. Ensuite, et surtout, parce que l’association, en déposant plainte contre lui, s’est mêlée d’une histoire politique qui la dépasse totalement.

Une association très proche de Kagamé

De fait, à l’origine de la plainte, on trouve, outre SOS Racisme, une association rwandaise, Ibuka (Association de défense des victimes du génocide rwandais). Ibuka, qui n’a pas pu déposer plainte contre Péan car ses statuts ne le lui permettaient pas, est très proche du pouvoir rwandais. A tel point que beaucoup — à commencer par Pierre Péan lui-même — estiment qu’elle est directement manipulée par l'actuel président du Rwanda, Paul Kagamé.
Or, Kagamé a de bonnes raisons d’en vouloir à Péan. Le président rwandais est en effet mis en cause dans son livre pour des faits gravissimes qui lui sont également reprochés par la justice française : il est accusé d'avoir organisé l'attentat qui a coûté la vie à son prédécesseur, le président hutu Habyarimana, le 6 avril 1994. Un attentat qui avait marqué le début du génocide.
L’affaire Péan, qui sent le règlement de comptes à plein nez, est à rapprocher de certaines pages du fameux rapport Mucyo mettant elles aussi en cause l'auteur de «Noires fureurs, blancs menteurs».. Bref, tout cela est bien plus compliqué que Sos-Racisme a pu le croire. Ce qui ne l’empêche pas d’en redemander : Me Forster, avocat de l’association, a annoncé qu’il interjetait appel de la décision du tribunal.



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