Patrick Besson vs Eva Joly : assez d’indignation !
Mardi 6 Décembre 2011 à 18:01 | Lu 22375 fois I 83 commentaire(s)
Benoit Duteurtre - Journaliste
L'incessant débat sur la liberté d'expression commence à devenir insupportable... sachant que la question récurrente est désormais de savoir jusqu'où on peut la réduire et la réprimer. La semaine dernière, Patrick Besson, éditorialiste au Point, se transformait en pamphlétaire « nauséabond » (le terme à la mode, depuis qu'on n'ose plus dire « fasciste » à tout propos) pour avoir rédigé une chronique moqueuse sur Eva Joly et la doctrine écologiste.
On ne caricature pas l'accent norvégien, car c'est se moquer de tous les immigrés ! La polémique et l'humour sont permis, mais pas dans ce registre ! L'ennui, désormais, c'est que chacun, selon son camp, possède sa propre liste de sujets intouchables. Musulmans, chrétiens, gays, femmes, handicapés, tous sont en faveur de la liberté d'expression... pour ce qui ne les concerne pas. Mais tous réclament la censure avec une même ardeur pour défendre leur pré carré.
Classement des indignations ? « De gauche », « de droite » ?
On pourrait tenter schématiquement de classer les indignations en deux grandes catégories : indignations « de droite », ou si l'on préfère conservatrices, de la part de ceux qui n'acceptent pas qu'on caricature la religion (musulmane, juive, chrétienne – les églises se soutiennent sur ce terrain) ou encore l'armée, la nation, le drapeau français ; indignations « de gauche » qui ne tolèrent pas qu'on s'en prennent aux catégories sensibles, longuement opprimées (l'accent des immigrés, mais aussi les handicapés, les gays, les femmes...). Malheureusement, la capacité d'indignation transcende rarement ces frontières.
Par exemple, ceux qui soutenaient Charlie Hebdo et sa liberté de plaisanterie face à l’Islam - ils ont raison, je les approuve - dénoncent aujourd’hui ce chroniqueur qui caricature le ton d'Eva Joly (on a vu monter au créneau le directeur de campagne de Mélenchon que j'espérais plus détendu sur ces questions). Ceux qui défendent la liberté du théâtre contre les bataillons de choc chrétiens, à l'occasion d'un un spectacle jugé blasphématoire... n’hésitent pas à monter en épingle le moindre le dérapage verbal d'Hortefeux ou la plaisanterie d'un journaliste sur Nafissatou Diallo (les « soubrettes » du camarade JFK). Ainsi chacun exige la liberté de ton pour ses propres idées et la décence de la part de ses adversaires.
Par exemple, ceux qui soutenaient Charlie Hebdo et sa liberté de plaisanterie face à l’Islam - ils ont raison, je les approuve - dénoncent aujourd’hui ce chroniqueur qui caricature le ton d'Eva Joly (on a vu monter au créneau le directeur de campagne de Mélenchon que j'espérais plus détendu sur ces questions). Ceux qui défendent la liberté du théâtre contre les bataillons de choc chrétiens, à l'occasion d'un un spectacle jugé blasphématoire... n’hésitent pas à monter en épingle le moindre le dérapage verbal d'Hortefeux ou la plaisanterie d'un journaliste sur Nafissatou Diallo (les « soubrettes » du camarade JFK). Ainsi chacun exige la liberté de ton pour ses propres idées et la décence de la part de ses adversaires.
L'humour embrigadé
Tout ceci me rappelle le débat sur la peine de mort et cet irrésistible point de vue qui revient dans certaines bouches : « Moi, je suis contre la peine de mort, sauf dans certains cas ! » Encore heureux que nul ne prône la peine de mort dans tous les cas. Sauf qu’être contre, c'est être vraiment contre, et que je suis, moi, pour la liberté d'expression sans limites – surtout quand il s'agit de polémiquer, avec excès, au pays de Voltaire et de Clémenceau !
On répliquera que Besson n'est pas drôle... mais les indignés ne trouvent jamais drôles leurs détracteurs. On répliquera que tout cela est une question de talent – et il est vrai que le talent est toujours préférable, surtout quand un écrivain croque la doctrine écolo et son horreur de la vieille et arrogante nation française ; ou quand le comte de Bouderbala imite avec une irrésistible drôlerie les mendiants tziganes (comme il est à moitié arabe, c'est plus facile, tant mieux pour lui).
N'empêche que l'humour est souvent injuste, méchant, excessif, irrespectueux, et qu'il ne connaît guère de limite ; c'est précisément ce qui fait sa saveur, à moins de vouloir le rendre douceâtre, consensuel, et de l'enfermer comme notre société toute entière derrière d'infranchissables barrières de sécurité.
On répliquera que Besson n'est pas drôle... mais les indignés ne trouvent jamais drôles leurs détracteurs. On répliquera que tout cela est une question de talent – et il est vrai que le talent est toujours préférable, surtout quand un écrivain croque la doctrine écolo et son horreur de la vieille et arrogante nation française ; ou quand le comte de Bouderbala imite avec une irrésistible drôlerie les mendiants tziganes (comme il est à moitié arabe, c'est plus facile, tant mieux pour lui).
N'empêche que l'humour est souvent injuste, méchant, excessif, irrespectueux, et qu'il ne connaît guère de limite ; c'est précisément ce qui fait sa saveur, à moins de vouloir le rendre douceâtre, consensuel, et de l'enfermer comme notre société toute entière derrière d'infranchissables barrières de sécurité.
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