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Parti Pirate: le premier parti politique acculturé et fier de l'êtreSylvain Lapoix | Mercredi 14 Janvier 2009 à 17:14 | Lu 11435 fois
Lancé en quelques mois courant 2006, le Parti pirate suédois, 10e formation politique du pays aux dernières législatives, présentera ses listes aux élections européennes. Avec son programme axé sur la défense du droit de télécharger et des libertés individuelles, il recueillerait 7% des suffrages.
Trois propositions : c’est tout ce qu’il faut au Parti pirate pour réunir 7% des intentions de vote des Suédois aux élections européennes ! Créée en 2006, la formation politique de Rick Falkvinge, ancien entrepreneur informatique, compte aujourd’hui plus de 10.000 adhérents réunis autour d’une réforme totale des droits d’auteur, de l’abolition du système des brevets (notamment pharmaceutiques) et de la défense des libertés individuelles.
Le parti préféré des 18-30 ans en Suède Avec moins de 1% des suffrages lors de son galop d’essai aux législatives de 2006, le Parti pirate présentera des candidats aux européennes et, selon un récent sondage, il est déjà crédité de 7% d’intention de vote « ferme » et de plus de la moitié des suffrages des hommes majeurs de moins de 30 ans. Le succès du Parti pirate est né de l’agacement de Rick Falkvinge face au débat sur les droits d’auteur qui s’est déroulé à l’été 2005 dans son pays et visait à durcir les sanctions sur le téléchargement illégal. « Les activistes étaient sur toutes les chaînes à débattre mais les politiques n’ont rien écouté et fait passer la loi, se souvient le fondateur du Parti pirate. Le 1er janvier 2006, j’ai créé Piratpartiet.se en espérant créer le débat et ramener quelques connexions : en deux jours, il y a eu 3 millions de pages vues ! »
Trois ans de surf sur les débats nationaux
Les commentateurs de ce site souhaitaient « aider » un projet qui n’existait pas encore ! L’entrepreneur a alors mis en place des forums pour centraliser l’organisation et suggéré aux sympathisants de désigner localement des responsables. En un mois et demi, le Parti pirate avait réuni 2000 signatures, dépassant les 1500 nécessaires pour se présenter aux élections législatives de 2006, ainsi que 10.000 € pour imprimer les bulletins de vote. Coup de pub inespéré : le 30 mai 2006, la police prend d’assaut les locaux, à Stockholm, de Pirate Bay, l’un des plus grands sites de téléchargement en Peer to Peer (P2P) du monde. Les membres du Parti pirate défendent alors leur conception du téléchargement libre sur toutes les télévisions nationales. Le nombre d’adhérents triple en quelques semaines. Mais le score du parti aux législatives est décevant : 0,63%.
Courbe d'âge des membres du Parti pirate (en bleu les hommes, en rouge, les femmes). Capture : piratpartiet.se
Après une année 2007 calme, 2008 offre une nouvelle occasion au Parti pirate de défendre ses idées : une proposition de loi (la loi FRA) devait permettre aux autorités d’enregistrer toute conversation téléphonique sortant du territoire. C'est-à -dire quasiment tous les coups de fil, les réseaux d'acheminement suédois passant souvent la frontière, même pour les appels locaux. « Nous sommes descendus dans la rue et nous avons pu prouver que notre message ne portait pas que sur le téléchargement, que nous défendions aussi les libertés civiles », se souvient Rick Falkvinge.
Les pirates mettent le cap sur Bruxelles Pour les élections européennes, les pirates scandinaves misent toujours sur les mêmes recettes : -Une réforme du droit d’auteur : limitation à 5 ans des droits d’auteur (« si vous ne faites pas d’argent avec une production artistique en 3 ans, vous n’en ferez jamais ! », affirme, sans rire, le programme dont les auteurs ignorent vraisemblablement tout de la littérature, de la peinture, de la vraie musique, etc.) et encouragement de la copie et de l’échange gratuits de productions artistiques. -Une abolition des brevets, notamment pharmaceutiques. -La défense des libertés individuelles contre les tentations sécuritaires nées au lendemain des attentats du 11 septembre. Si l’argument intellectuel semble plutôt noble (« la culture et l’art sont des biens communs dont la valeur s’accroît à mesure qu’ils sont partagés »), la sociologie de l’électorat du Parti pirate est exactement celle de la « génération du gratuit » des adeptes du téléchargement illégal : 18 à 30 ans, étudiants en grande majorité et masculine (cf. le graphique ci-dessus). Il n'est donc pas étonnant que leur programme se caractérise par une acculturation décomplexée. Pour devenir citoyen, tapez 1 L’organisation a déjà des branches à travers toute l’Europe : en Autriche, Pologne et Espagne, des Partis pirates sont déjà reconnus officiellement alors que des sections allemandes, françaises et britanniques s’organisent sans reconnaissance officielle. « L’internationale des pirates » se réunira à Berlin du 25 au 27 janvier pour aborder les candidatures européennes. En Suède, le parti compte déjà plus de membres que le très influent parti Vert, grâce à une campagne d'adhésion à côté de laquelle les adhérents à 20 euros du PS font petit bras : 1€ de cotisation seulement, payable par SMS !
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