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Partage des tâches: Bayrou dénonce, Aubry propose…

Gérald Andrieu | Mercredi 29 Avril 2009 à 12:48 | Lu 10098 fois

Ce matin sur les antennes de RTL et France Inter, le PS et le MoDem ont donné l'impression de se répartir les rôles d'opposants. A Aubry les propositions et à Bayrou la dénonciation. Encore que pour la patronne du PS, le dénonciation chez Bayrou n'est qu'une posture...



(photos : Incorruptible et Antonin Borgeaud - Wikimedia commons - cc)
(photos : Incorruptible et Antonin Borgeaud - Wikimedia commons - cc)

Un pas de deux par ondes radiophoniques interposées, c’est rarissime. Et c’est pourtant à ce petit jeu que Martine Aubry et François Bayrou se sont livrés ce matin. Face à Jean-Michel Aphatie, le patron du MoDem a ouvert le bal. Et pour l’occasion, le leader centriste avait enfilé non pas sa tenue de soirée mais celle d’opposant au chef de l’Etat attendant presque le grand soir : « Les discours de Nicolas Sarkozy (pendant la campagne présidentielle, ndlr), c'étaient des discours républicains, presque socialistes. Il a convoqué Jaurès et Blum, et presque Karl Marx, pour exalter les attentes qui sont des attentes de justice du pays. Et en réalité, la politique qu'il a suivie ensuite, est une politique qui au lieu d'aller vers l'égalité est allée vers l'inégalité. (…) Ce choix de l'inégalité, il ne l'avait pas annoncé. Il avait fait entendre la musique exactement contraire… »


La musique jouée par François Bayrou ce matin est, elle, en dissonance totale avec celle du chef de l’Etat: « Lorsque Nicolas Sarkozy exalte la réussite financière, la réussite matérielle des très grands banquiers, par exemple, selon moi, il n'est pas dans le rôle d'un Président de la République. Un Président de la République français, c'est quelqu'un qui voit la réussite ailleurs que dans l'argent. Et c'est très important parce qu'il y a des millions de Français (…) qui n'auront jamais accès à ce monde des grandes fortunes. Et le Président de la République devrait être leur défenseur. Il devrait être de leur côté en face de la puissance matérielle. » Et d’enchaîner en expliquant que « oui » il est entré en « résistance » : « Il y a une entreprise dans la société française de mise en réseaux d'un certain nombre de grandes puissances qui marie l'industrie, la finance, les médias, la politique et qui s'impose sur la société française et qui, me semble-t-il, mérite qu'en effet, on leur résiste. »

 

« En France, Bayrou c’est Karl Marx en exil ! »

La défense des « petites gens » et du principe républicain d’égalité, la dénonciation du « pouvoir de l’argent »: François Bayrou aurait-il tout piqué aux socialistes ? Quelques minutes plus tard, sur France Inter, Martine Aubry répondait à cette question en pointant du doigt les propres contradictions de François Bayrou : « Nous sommes un parti de gouvernement, nous ne sommes pas seulement dans la dénonciation comme le fait le NPA, comme le fait notre ami Bayrou. Nous sommes dans la proposition d’un autre modèle que nous voulons défendre en plus avec 27 pays. (…) François Bayrou est un homme qui est passé à la dénonciation en France de manière très forte. Je ne reprendrai pas les propos de Martin Schulz, le président du groupe socialiste européen, membre du SPD allemand, qui a dit “François Bayrou, on le connaît : en France, c’est Karl Marx en exil et quand il est en Europe, il vote avec les libéraux” ! »


Et la patronne socialiste d’argumenter sur ce thème en reprenant les mêmes mots que ceux qu’elle a prononcés, vendredi, à Toulouse, lors du meeting de lancement de la campagne du PS : « Sa voix a rarement manqué lorsqu’il a fallu casser et libéraliser les services publics. Et aujourd’hui même, il a signé le traité de Stockholm qui est le programme des libéraux dont il fait partie pour les prochaines élections européennes. Ah mais il n’en parle pas. Mais il faut le faire savoir. La première demande, c’est faire rentrer la concurrence dans les services publics, casser l’éducation nationale, casser l’hôpital public. Voilà ce que défend avec ses amis Monsieur Bayrou en Europe. Alors, évidemment en France, il a un discours beaucoup plus ouvert. Donc, moi, la question que je lui pose simplement : “Vous dénoncez mais que proposez-vous et avec qui proposez-vous ? Vous n’aviez pas choisi entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, avez-vous aujourd’hui choisi ? Quel modèle vous voulez ? Et lorsqu’il aura choisi, après que nous ayons réuni la gauche — car pour moi c’est l’essentiel — eh bien nous verrons si nous pouvons discuter. »


Un « Yalta » de l'opposition ?

Apparemment, avec Martine Aubry, le PS a décidé de laisser l’opposition pure et dure à Nicolas Sarkozy à ses proches rivales que sont le NPA et le MoDem. Offrir le visage d’un parti qui propose est tout à fait louable. D’autant que le vide abyssal des idées des leaders socialistes est régulièrement stigmatisé par leurs adversaires. Mais la dénonciation chère à Bayrou et Besancenot a une force : elle permet d’occuper le terrain médiatique. En l’abandonnant aux autres et en optant pour la proposition, le Parti socialiste prend un risque : apparaître plus sérieux mais aussi plus fade qu’il ne l’est déjà aujourd’hui.




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