Par manque de moyens la naturalisation néglige l'apprentissage du français
Lundi 17 Octobre 2011 à 12:01 | Lu 3767 fois I 9 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, j'écris sur le numérique ainsi que sur les questions de police/justice... En savoir plus sur cet auteur
Claude Guéant insiste sur la nécessité pour les étrangers tant pour les primo-arrivants que pour les postulants à la naturalisation de savoir parler français. Mais le niveau exigé reste faible et les dispositifs précédents ne sont pas pleinement opérationnels.
C’est le nouveau dada de Claude Guéant : les immigrés doivent savoir parler français. Une initiative que l’on ne peut que saluer, tant la barrière de la langue nuit à l’intégration. Dès août, le ministre de l’Intérieur avait annoncé qu’il exigerait que les candidats immigrés aient au moins le niveau d’un élève de fin de troisième (plus exactement le niveau B1 du Cadre européen commun de référence pour les langues au lieu du niveau A1). Un décret va être publié en ce sens comme l’avait révélé Marianne. Concrètement, l’immigré devra, par exemple, être capable de rédiger « pour le journal d’entreprise » afin d'accueillir un nouveau collègue et lui décrire son poste.
Mercredi, le ministre est passé à l’étape suivante en exigeant le même niveau B1 pour les candidats à la nationalité française. Jusque là, l’administration se contentait d’un simple entretien avec l’intéressé, la porte ouverte à l’arbitraire. Désormais, Les candidats doivent passer un test ou produire un diplôme attestant du niveau requis ou une attestation de formation d’un organisme agréé.
Pas de tests sur l'écrit
Mais quel niveau est requis exactement ? Le décret précise que tout candidat au passeport tricolore « doit justifier d'une connaissance de la langue française caractérisée par la compréhension des points essentiels du langage nécessaire à la gestion de la vie quotidienne et aux situations de la vie courante ainsi que par la capacité à émettre un discours simple et cohérent sur des sujets familiers dans ses domaines d'intérêt ». Mais si le décret se réfère bien au niveau B1 du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR), il ne reprend qu’une partie de sa grille d’évaluation.
En effet, le décret n’exige du candidat que la maîtrise des compétences orales soit les chapitres « écouter », « prendre part à une conversation » et « s’exprimer oralement en continu » du CECR (voir page 26 du document). A l’inverse, les chapitres « lire » et « écrire » ne sont pas mentionnés. En clair, pour Guéant, il est inutile que l’administration vérifie si le candidat sait lire et écrire le français... pour accorder la qualité de français. Totalement ubuesque. D'un autre côté, organiser des tests écrits coûte cher, alors que les procédures de naturalisation sont déjà longues et compliquées.
Sans oublier que, d’une manière générale, le contrôle des connaissances en français des immigrés est largement défaillant. On se souvient de ces étudiants chinois venant légalement en France sans parler un mot de la langue de Molière. De plus, la ghettoïsation de certains quartiers ne permet pas aux primo-arrivants de fréquenter des Français ou des immigrés mieux intégrés, ce qui n’arrange pas leurs facultés à communiquer en français.
Quelle intégration ?
Par chance, depuis 2007, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, les immigrés doivent signer obligatoirement un « contrat d’accueil et d’intégration » qui comprend un volet d’apprentissage du français. Qu’il faille attendre autant de temps pour exiger des immigrés un certain niveau de connaissance de la langue en dit long sur l’absence d’une réelle politique d’intégration en France.
Et aujourd’hui encore, rien n’est arrangé. Dans les faits, le CAI n’est pas totalement rentré dans les mœurs. Selon l’OFII, 101 355 CAI ont été signés en 2010, alors que, dans le même temps 203 017 immigrés sont arrivés sur notre sol et que la signature d’un CAI est censée être obligatoire pour les primo-arrivants. Sur ces signataires, 24 068 personnes ont bénéficié d’une formation linguistique. Ces formations passent par des opérateurs comme l’Alliance française sous la houlette de l'OFII.
On dira que l’OFII, chargé de faire le tri, a sélectionné les migrants qui ont le plus besoin d’accompagnement. Sauf que 50,9% des signataires de CAI sont membres de la famille d’un Français alors 9,2% sont des personnes venues au titre du regroupement familial et 6,8% des travailleurs. Paradoxalement, ce sont donc les immigrés les plus liés à la France qui bénéficient majoritairement des mesures d’intégration.
Manque de moyens
Mal ciblées, ces formations prennent également du temps. Fin 2010, seules 68% des personnes ayant signé en CAI en 2008 avaient fini leur formation linguistique. En outre, en 2010, 14 600 personnes ont bénéficié une formation linguistique hors CAI. Seuls 4,1% d’entre eux étaient inscrits comme postulants à la nationalité française et seulement 26,6% ont terminé leur formation.
Il faut dire aussi que l’OFII chargée de superviser le dispositif et d’orienter les migrants manque de moyens. On compte au total 237 équivalents temps plein au sein de l’Office soit 1,17 agent pour 1000 migrants arrivant en France. En 2010, 23,08 millions d’euros ont été dépensés pour la formation linguistique des signataires de CAI et 10,46 pour les non-signataires. Si les immigrés ont besoin de français, Guéant aurait bien besoin de cours de comptabilité.
Il faut dire aussi que l’OFII chargée de superviser le dispositif et d’orienter les migrants manque de moyens. On compte au total 237 équivalents temps plein au sein de l’Office soit 1,17 agent pour 1000 migrants arrivant en France. En 2010, 23,08 millions d’euros ont été dépensés pour la formation linguistique des signataires de CAI et 10,46 pour les non-signataires. Si les immigrés ont besoin de français, Guéant aurait bien besoin de cours de comptabilité.
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