Marianne2 2012

PSG : malgré le Qatar, rien n'est gagné !

Vendredi 5 Août 2011 à 12:01 | Lu 4928 fois I 0 commentaire(s)

Philippe Bilger
Philippe Bilger a été juge d’Instruction et avocat général. Il est actuellement magistrat... En savoir plus sur cet auteur

Grâce à la manne financière du Qatar, le PSG s'offre huit nouveaux joueurs, dont le milieu offensif argentin Javier Pastore. Mais l'entraineur Antoine Kombouare parviendra-t-il à canaliser leurs talents individualistes, s'interroge Philippe Bilger ?


Il y a le procès d'Hosni Moubarak au Caire, reporté au 15 août - le printemps arabe, la honte égyptienne avec cet homme déchu, souffrant d'un cancer et sur une civière ? - et, en France, l'attente de la décision de la commission des requêtes de la Cour de justice de la République dans l'affaire Tapie-Lagarde et l'annonce de la récusation (enfin !) de l'arbitre Pierre Estoup par la Cour internationale d'arbitrage (Mediapart).

Il y a bien d'autres événements sérieux, graves, qui mériteraient une attention soutenue mais j'ai envie d'écrire sur ce qui depuis quelques semaines ne cesse d'agiter les passionnés de football dont je suis : la manne tombée du Qatar sur le PSG et faisant de cette équipe, grâce à l'arrivée de huit nouveaux joueurs, dont l'exceptionnel Pastore âgé de 22 ans, la favorite du championnat de France (Le Parisien, Marianne 2).

Ce miracle financier - le prince héritier du Qatar étant le propriétaire du PSG - est indissociable de l'arrivée, comme « manager » général, de Leonardo, clairement l'homme fort sur le plan sportif dans l'actuelle configuration. Je regrette pour ma part que Robin Leproux qui a accompli avec courage et maîtrise une entreprise de « purification » au sein des supporteurs du PSG, n'ait pas été mandaté pour poursuivre l'ensemble de ses tâches.

Le PSG est et sera une belle équipe. Elle a de l'allure et devrait, si les prévisions avaient du sens, terminer en tête du classement, en dépit de Marseille et de Lyon qui disposent d'effectifs moins prestigieux mais de deux entraîneurs, l'un expérimenté et remarquable, l'autre nouveau et talentueux à l'évidence.

Cette belle équipe sera-t-elle une bonne équipe ? On sait depuis longtemps qu'il ne suffit pas de réunir onze très grands joueurs, réputés, à la technique impeccable pour qu'une collectivité sportive naisse nécessairement de cet assemblage. On peut craindre que loin d'une homogénéité exemplaire, la juxtaposition au moins de dix talents individualistes - pour les joueurs de champ - suscite au contraire une hétérogénéité, voire un désordre, des prestations narcissiques incompatibles avec les espérances théoriques. Il suffit de se souvenir de l'expérience du Matra Racing, de 1987 à 1989. Sur le papier, certes, une formidable équipe avec un entraîneur de haut niveau, Artur Jorge, mais en définitive un fiasco. Celui-ci n'a jamais réussi à donner du lien, du liant, une stratégie, une tactique, un enthousiasme collectif à des joueurs tellement persuadés d'être les meilleurs qu'ils ont oublié de le démontrer dans le vif des matchs.

Je crains d'autant plus ce risque pour le PSG en piste dès le 6 août que son entraîneur Antoine Kombouare, certes non dénué de qualités, me semble tout de même un peu juste pour diriger ce groupe a priori étincelant. Je ne voudrais pas qu'une sorte d'hiatus sur le plan de la technique, de la compétence et de l'estime existât entre Kombouare et ses joueurs, évidemment au détriment du premier. Par ailleurs, l'impatience des dirigeants qatari est célèbre et il suffirait d'une ou de deux défaites pour qu'Antoine Kombouare en éprouve les effets négatifs. Comment une relation efficace pourra s'installer entre lui et Leonardo sans que l'aura de celui-ci porte atteinte à son propre crédit, l'avenir nous dira si c'est possible et selon quelles modalités.

Je suis persuadé que cette saison est pleine de promesses pour le PSG. Il devra adopter une démarche de modestie, de retenue mais de puissance et d'engagement absolu sur le terrain. Rien ne sera acquis, rien ne sera donné, tout sera à conquérir durant les nombreuses 90 minutes qui verront le PSG user, je le souhaite, ses adversaires.

Cette belle équipe en chambre sera peut-être une bonne équipe au Parc des Princes et à l'extérieur. On a besoin de vibrer, d'appaudir, d'admirer. On n'a pas tant de joies collectives pour se priver même de la plus ludique, de la plus légère.

PSG : malgré le Qatar, rien n'est gagné !
Retrouvez Philippe Bilger sur son blog.







LES PLUS de Marianne
  • Revue Web personnalisée
  • Les Unes de Marianne2
  • Le MAG en PDF 24h avant !

Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr


Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez