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«PS: une réponse du passé à une vision dépassée»

Mercredi 21 Janvier 2009 à 18:01 | Lu 12765 fois I 97 commentaire(s)

Philippe Cohen

Martine Aubry a présenté aujourd’hui le plan de relance du PS élaboré par Michel Sapin avec une petite équipe d’experts. En termes financiers, il représente presque le double du plan Sarkozy. Mais est-il plus efficace? Nous avons demandé à Jean Michel Quatrepoint, auteur de La crise globale de commenter à chaud les propositions socialistes.


(photo : manuel | MC - Flickr - cc)
(photo : manuel | MC - Flickr - cc)
Marianne2.fr : Que vous inspire le plan de relance du PS ?
Jean-Michel Quatrepoint : Première réflexion, le plan de relance relève d’une vision totalement hexagonale. Il n’y a eu aucune réflexion sur les raisons profondes d’une crise qui est globale. Aucune réflexion  sur l’évolution du libre-échange, sur ses dérives, sur les délocalisations. Aucune remise en cause sur l’Europe telle qu’elle s’est construite et telle qu’elle réagit.
Il y a encore moins, dans ce plan, d’amorce de réflexion sur la part de responsabilité que les socialistes ont pu avoir dans les dérives de la financiarisation et d’un certain libéralisme. Le PS fait comme si la France était toute seule et que son seul problème résidait dans la présence à l’Elysée d’un vilain Sarkozy qui serait la cause de tout.
Comme ils sont incapables d’analyser le passé et de se projeter dans l'avenir, c’est une réponse du passé à une vision dépassée de l’économie et du Monde. Ça fait penser au programme commun de 1977.

La relance par la consommation est un autre axe du plan…
Les mesures peuvent paraître sympathiques : un chèque de 500 € pour 9 millions de personnes, c’est mieux que rien. Mais ce n’est pas à la hauteur du problème. Mieux vaudrait des mesures qui garantissent des emplois décents.
Aujourd’hui tout chèque destiné à la consommation sera empoché par la grande distribution qui porte une lourde responsabilité dans le développement des délocalisations. C’est donc une prime donnée aux produits made in China.
Augmenter de 3% le SMIC ? C’est toujours bon à prendre, mais ce n’est pas le problème. On ferait mieux de mobiliser des capacités financières pour aider tous ceux qui vont se retrouver en 2009 au chômage ou en chômage technique. C’est là que doit aller le peu d’argent que l’on a.
Il vaudrait mieux réfléchir à une TVA sociale intelligente : ce serait le moyen de faire payer par le consommateur une partie des charges sociales, sans augmenter les prix. Bref, on ne s’en sortira pas sans prendre des mesures qui protègent un certain nombre d’activités locales un certain temps. Il ne s’agit pas de remettre en route les droits de douane mais d’imposer une concurrence loyale. Les socialistes feraient bien de s‘intéresser à la traçabilité des produits et de convaincre leurs homologues européens de se rallier à cette idée plutôt que de revenir à de vieilles lunes qui n’ont plus d’efficacité dans l’économie actuelle.

Restent les emplois aidés.
On retrouve la politique de Jospin. Le problème est de savoir de quel type d’emplois il s’agit. Ce qui compte c’est de créer des emplois à forte valeur ajoutée. Arrêtons de créer des postes d’éternels stagiaires et de personnels de service déqualifiés ! Or ce n’est pas ce qui est proposé.

Autre axe de ce contre-plan, l’investissement
Il est, dans ce domaine aussi insuffisant que le plan Sarkozy : beaucoup de communication mais pas grand chose de tangible à part le fait que l’Etat va payer plus vite ses dettes. Exemple : les socialistes proposent des mesures de soutien aux collectivités locales. On les comprend puisqu’ils y sont majoritaires ! Mais il faudrait aujourd’hui se demander si les collectivités locales ont investi à bon escient. Beaucoup  de palais locaux et de rond-points mais peu d’investissements d’avenir, pas assez de logements et de rénovations de logements pour les cadres moyens. A Paris par exemple, on a fait de l’écologie à la petite semaine.
Prenons maintenant l’automobile. Il faut aider la recherche sur les nouveaux véhicules et faire une croix sur le passé. Mais dans ces conditions, l’état doit devenir copropriétaires des brevets et mobiliser ensuite les entreprises et les administrations pour équiper les flottes publiques. La crise est l’occasion de suppléer aux carences des constructeurs qui n’ont pas investi dans les énergies alternatives. Il faut créer une filière sur le transport durable et encourager les investissements qui favorisent des recettes : si on investit 30 milliards dans le ferroutage, l’activité, une fois lancée, permettra de rembourser l’emprunt contracté pour la réaliser.

Et la suppression du paquet fiscal ?
Le chiffre de 10 milliards est contestable puisque l’ISF représentait une recette moindre. L’argent des riches est en train de fondre ! Celui des très riches est dans les paradis fiscaux, donc inaccessible, celui des autres s’évapore tous les jours, - 50% voire plus sur les actifs boursiers. L’ISF risque de mourir de sa belle mort. La matière fiscale s’étant évaporée, taxer les riches ne rapportera pas grand-chose. C’était avant qu’il fallait s’en occuper, et notamment éviter les dérives des bonus et des stock options. Or, sur ce terrain, les socialistes sont restés muets. Le PS avait en son sein un certain nombre de responsables préoccupés par les délocalisations et la désindustrialisation des territoires. Ils n’ont jamais été écoutés. C’est ce qu’il paye aujourd’hui par ce contre-plan désuet.









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