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PS: Olivier Ferrand a le bras long et la mémoire courte

Mardi 6 Octobre 2009 à 14:00 | Lu 15320 fois I 28 commentaire(s)

Gérald Andrieu
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur

Le président du think tank Terra Nova, grand apôtre des primaires au PS, n’a pas toujours été très soucieux du résultat des urnes. En 2007, alors que les militants socialistes des Pyrénées-Orientales se sont choisi un candidat aux législatives, lui est parachuté par Solférino!


«On ne boude pas notre plaisir. C’est un moment clé pour la gauche et le Parti socialiste. Les primaires, c’est un droit démocratique supplémentaire que l’on confie aux citoyens. » Les adhérents PS ont tranché  : ils ont voté en faveur des « primaires ouvertes » pour désigner leur candidat à la présidentielle de 2012 (1). De quoi transporter sur un nuage Olivier Ferrand, l’ultra-médiatique président du think tank Terra Nova, le VRP en chef des primaires socialistes, celui que Le Monde n’hésite pas à présenter comme « l’homme qui monte au PS ». Sauf que ce qu’il considère être aujourd’hui un « droit démocratique » — la désignation des candidats par le vote — il ne le voyait pas du tout du même œil, hier, quand cela pouvait freiner sa « carrière ».

Un parachute doré sur un plateau d’argent

Petit retour en arrière : 2006, le PS de François Hollande a des envies de « parité », de « représentation des diversités », de « renouvellement générationnel » pour les législatives de l’année suivante. Solférino décide donc de régler ces « injustices » de la manière la plus injuste qu’il soit : en gelant les circonscriptions des députés PS qui ne comptent pas se représenter. C’est Paris qui tranchera et dira qui seront les candidats qui pourront se présenter sous le « label rose ». Tant pis pour les militants locaux. Ils n’auront pas leur mot à dire…


Une quarantaine de circonscriptions sont concernées. Parmi elles, la 4e des Pyrénées-orientales (P.-O.). Henri Sicre en est le député depuis 1988. Mais cette fois, notre homme a décidé de passer son tour. Et Olivier Ferrand, lui, croit que le sien est venu. Celui qui n’est alors qu'un simple élu du 3e arrondissement de Paris se rêve en député. Il n’a pas à transpirer pour obtenir l’investiture : début juillet 2006, le Bureau national du PS lui offre sur un plateau d’argent un parachute doré dans les P.-O.. C’est que l’apôtre des primaires, le camelot de la voix du peuple, celui qui aujourd'hui participe aux travaux Juppé-Rocard sur le grand emprunt, bénéficie de solides soutiens à la tête de l’appareil, en particulier DSK et Jospin pour qui il a joué les conseillers.


La désignation «extrêmement baroque» des candidats PS!

Pourtant, quinze jours avant que Solférino décide de son parachutage, un peu plus de 600 adhérents locaux du PS se sont rendus dans les isoloirs pour départager quatre candidats du cru. Le maire fabiusien d’Argelès-sur-Mer, Pierre Aylagas, sort largement vainqueur de cette primaire en réunissant sur son nom 62% des suffrages. Pas de quoi faire douter Olivier Ferrand. Aujourd’hui autant qu’hier apparemment. 


L’énarque adopte d’ailleurs une défense réglée comme du papier à musique :  « Ils ont voulu imposer Pierre Aylagas mais il ne correspondait pas au “profil” de renouvellement », explique Olivier Ferrand qui va jusqu’à présenter le maire d’Argelès en cumulard-en-chef en énumérant une liste de mandats longue comme le bras. Le président de Terra Nova n’est pas avare en amabilités de ce genre. Il poursuit en expliquant en sous-texte qu’il faut douter de la probité des instances locales du PS : « La réalité militante dans les Pyrénées-orientales, c’est comme dans l’Hérault… » Et de disserter sur ce Parti socialiste où règnent en maîtres les « apparatchiks », où le « mode de sélection » des candidats est « extrêmement baroque », où les « comportements ne sont pas reluisants » et ce « système politique » français en général qui « fonctionne à l’ancienneté pure » : « Il faut attendre quinze ans pour devenir maire » !


La campagne rocambolesque du «para» de Paris

PS: Olivier Ferrand a le bras long et la mémoire courte

Olivier Ferrand, lui, ne voulait pas attendre. Il s’imaginait député à l’âge de 37 ans. Et tant pis, si son argumentaire aussi recevable soit-il, colle mal avec la manière dont il débarque dans le département. Le parachutage est-il un « mode de sélection » moins « baroque » que le soi-disant système qu’il dénonce ? Un baron local vaut-il moins qu’un « apparatchik » solférinien ? Olivier Ferrand serait-il un homme pétri de certitudes au point de ne pas avoir conscience de ses propres contradictions ? Un homme un peu trop sûr de lui, c’est en tout cas le souvenir qu’il a laissé dans les P.-O..


Un militant socialiste opposé au « para » de Paris se souvient d’une de ses premières apparitions publiques, vêtu d'une « saharienne blanche » : l’homme a beau être né à Marseille, « c’était le type qui venait de la capitale, qui savait tout et qui allait en province le faire savoir aux autochtones ! Il ne lui manquait plus que le chapeau colonial sur la tête ! » Et d’ajouter : « Il avait toute une équipe autour de lui. Il ne lui fallait plus qu’un responsable des Affaires étrangères pour que ça ressemble à un gouvernement ! »


Un autre se marre en se rappelant qu’Olivier Ferrand avait évoqué l’idée d’une « usine marémotrice… en Méditerranée » ! Le même perd le sourire en ressortant un tract de campagne d’Olivier Ferrand dans lequel il explique vouloir défendre « les traditions catalanes opprimées par l’Etat français » : « Ferrand ne manque pas d’air. Il a travaillé comme directeur de cabinet auprès du Préfet Bonnet, celui qui aime faire de grands barbecues avec les paillotes ! Avant la Corse, le préfet Bonnet était en poste dans les Pyrénées-orientales. Tout le monde considère ici qu’il a maté les Catalans et Ferrand nous parle de “catalanité opprimée par l’Etat français ” avec un grand “E” ! »


La certitude d’être au second tour

PS: Olivier Ferrand a le bras long et la mémoire courte

Ce militant aime les souvenirs. Il a conservé un autre document. Un document qui le fait rire jaune celui-là : une invitation d’Olivier Ferrand envoyée aux « acteurs économiques » des P.-O. avant le scrutin. Une invitation pour discuter des « enjeux » et des « perspectives » du « Distriport du Boulou » lors d’une réunion prévue le mercredi 13 juin 2007, soit quelques jours avant le second tour ! Olivier Ferrand en était convaincu : le bulletin portant son nom serait là le dimanche suivant. Il confiait d’ailleurs, quelques jours avant le vote, dans les colonnes de L’Indépendant ne pas avoir « d’inquiétude » à ce sujet. La réunion n’aura pas lieu. Loupé de chez loupé : la venue des poids lourds du PS en renfort sur le terrain (y compris Manuel Valls en guise de caution catalane) n’y aura rien changé. Au soir du premier tour, avec 15,25% des suffrages, Olivier Ferrand finit en troisième position. Il voit ses comptes de campagne « rejetés » (2) et se retrouve devancé par Pierre Aylagas (17,92%) qui a décidé de se maintenir sous l’étiquette « divers gauche » et ce, malgré les menaces de Solférino. Mais surtout, c’est l’UMP Jacqueline Irles qui réalise la meilleure opération en décrochant un score de 37,59%. Et c’est bien pour ça que notre militant rit jaune : la circonscription finira par échapper à la gauche, au second tour, avec moins de 300 voix d’écart…


«On va te tuer!»

Pour un autre militant socialiste qui a fait campagne pour Pierre Aylagas, le responsable de cet échec est tout désigné. À ses yeux, le président de Terra Nova est le coupable idéal : « La campagne a été dure, très dure. Très violente aussi. Mais dans la dernière ligne droite, il nous a tués ! » Olivier Ferrand, lui aussi, reconnaît que la campagne n’a pas été facile : « J’avais vécu dans les Pyrénées-orientales. Ça m’a permis de survivre dans des conditions difficiles » « Survivre dans des conditions difficiles » ? Le dirigeant de la fondation Terra nova qui occupe aujourd’hui la fonction de « cerveau droit » du PS explique avoir été « menacé de mort » à l’époque : « J’avais ma fille sur les genoux et l’on est venu me dire : “On va te tuer, on va te tuer” ! » Et de comparer quasiment son sort, au détour d’une phrase, à celui de Jean-Claude Madrénas, maire CDS de la petite commune de Bages qui, en 1993, a perdu une jambe dans un attentat à la voiture piégée : « Il ne faut pas oublier que les Pyrénées-orientales, c’est le dernier département de France métropolitaine à avoir connu un attentat politique » !


Après Olivier Ferrand, VRP ultra-médiatique des primaires qui ne crache pas sur un petit parachutage, va-t-il falloir se faire à l’idée d’un Olivier Ferrand, martyr de la cause du « renouvellement générationnel » au PS ? La légende est en marche…




(1) Près de 68% des votants auraient approuvé la désignation du candidat socialiste à l’élection présidentielle via une « primaire ouverte ». Il s’agit là, selon la direction du PS, des « résultats exprimés sur la base de 75% des bulletins dépouillés ».

(2) Olivier Ferrand explique avoir payé les premiers loyers de sa permanence via son compte bancaire personnel, son compte de campagne n'ayant été ouvert qu'ensuite. Pour parcourir le document du Journal officiel dans lequel apparaissent les comptes de campagne de l'ensemble des participants aux législatives de 2007, c'est ici.


Retrouvez les dessins de Louison sur son blog



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