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«On incite les traders à prendre des risques»

Samedi 8 Août 2009 à 16:01 | Lu 20730 fois I 59 commentaire(s)

Alexandra Combe - Marianne

Les bonus de la BNP polarisent l'attention. Et les réactions fusent. Alexandra Combe en a cueilli quelques unes au passage. Voici celle de Colette Neuville, présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires (ADAM). Pour elle le problème du capitalisme se pose au niveau mondial. Les interventions du gouvernement ne servent à rien. La prochaine échéance, c'est le G20.


Quelles sont vos réactions à propos de la décision de BNP Paribas de prévoir environ un milliard d’euros pour les bonus de ses équipes ?

Colette Neuville : Ca y est, ça recommence ! On retombe dans les mêmes errements qu’avant la crise. Ce qui est extrêmement choquant, plus encore que le versement des bonus en lui-même, c’est que les banques continuent à prendre des risques sur les marchés pour accroître leurs bénéfices et persistent à employer un mode de rémunération qui incite les traders à le faire. La question qu’il faut se poser aujourd’hui n’est pas tant celle de la suppression des bonus – qui ne sont qu’un moyen de réaliser l’objectif de profit des banques – mais plutôt de savoir quelles doivent être les métiers de la banque. En clair : A quoi doivent servir les banques ? On a la preuve avec le retour des bonus que les banques n’ont pas tiré les leçons de la crise et continuent de privilégier leurs activités très lucratives à risques à leurs métiers traditionnels. Pourtant, les missions d’une banque sont claires : la banque doit être au service de l’économie et ses fonds propres doivent servir à garantir les dépôts des clients. Aujourd’hui, on attend des banques qu’elles redistribuent des crédits aux entreprises et qu’elles concourent ainsi au redémarrage de l’économie.

Etes-vous de l’avis de l’association SOS Petits Porteurs selon laquelle il s’agit du « milliard des traders » et que l’argent doit être remboursé à l’Etat ?

D’après les informations disponibles, les banques respectent  les termes des contrats de prêts qui leur ont été consentis et paient les intérêts prévus –assez élevés d’ailleurs. Non, le vrai problème est à mon avis la négation de l’expérience. On reprend les méthodes qui consistent à inciter les traders à prendre des risques pour maximiser les profits. C’est ce qui a engendré une quasi faillite du système bancaire et a amené les Etats et les banques centrales à intervenir. Le seul côté positif du scandale actuel est que l’on approche du G20 de Pittsburgh en septembre et que cela pourrait jouer le rôle d’une piqûre de rappel pour amener les Etats à taper plus fort du poing sur la table pour imposer une véritable réforme des métiers et des pratiques bancaires.

Faut-il une intervention du gouvernement pour mettre fin à ce genre de pratiques de la part des banques ?

Ce ne serait pas efficace. Le problème se pose au niveau mondial et ne peut trouver de solution que dans une régulation mondiale adaptée. C’est de la compétence du prochain G20.

La demande de Christine Lagarde de saisir le gouverneur de la Banque de France pour s’assurer du respect des règles de la finance vous paraît-elle suffisante ?

Je la juge opportune. Il y a deux aspects importants à cette affaire de bonus. D’un côté l’aspect juridique qui est celui du respect des contrats entre l’Etat et les banques. Mais il y a aussi une dimension morale et politique à cette affaire. Il est évidemment  scandaleux de voir que les pratiques des banques n’ont pas changé au moment où beaucoup d’entreprises, surtout les petites et moyennes, sont à court de trésorerie et au bord du dépôt de bilan. Ce qu’on demande aux banques c’est de financer l’économie et non de spéculer sur les marchés.

Etes-vous d’accord avec la proposition de Jean-Marc Ayrault de faire intervenir le parlement pour légiférer ?

Qu’il y ait un débat parlementaire sur les métiers de la banque me paraît utile. Mais le problème ne peut pas être réglé au niveau national. C’est une affaire de régulation mondiale.

Pensez-vous que le G20 soit la seule organisation apte à forcer les banques internationales à appliquer les règles ?

Le G20 n’est pas la seule organisation compétente en la matière ; il y a aussi le FMI et toutes les instances internationales qui jouent un rôle dans la stabilisation financière et monétaire. C’est un problème international par excellence. Mais le concert des nations saura t-il avoir raison des puissants lobbies bancaires ?

Va, lis et reviens :

    L'interview de Didier Cornardeau Par Alexandra Combe

    Fillon aboie, la carvane BNP passe Par Sylvain Lapoix
    BNP: un milliard de bonus et on oublie la crise Par Philippe Cohen
    Les bonus des banques annoncent un rebond de la crise Par Philippe Cohen
    Encore un effort contre la crise, Jacques Attali! Par Philippe Cohen
    Primes Goldman Sachs: flambez, mais en loucedé! Par Sylvain Lapoix








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