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On achève bien les chômeurs

Jessica Thomas - Marianne | Mercredi 2 Septembre 2009 à 07:01 | Lu 7958 fois

Le parcours du chômeur est un véritable marathon. Au premier degré : deux courses, de 10 et 20 kilomètres, pour rencontrer les employeurs (mais sans promesse d'embauche) sont organisées à Tours le 27 septembre... Un comble : l'initiative a été nominée pour un prix de l'innovation...



Entrepreneurs, vous vous sentez seul et privilégié ? Faites-vous une bonne conscience: parrainez un chômeur, et sortez-le de son pôle Emploi ! C'est facile et amusant. Des chômeurs, jeunes ou vieux, en recherche d'emploi depuis quelques mois ou depuis de longues années, rêvent de vous rencontrer. Pour les trouver, il suffit de vous adresser aux « Foulées de l'emploi ».

C'est Sylvie Siffermann, de la direction départementale du travail de l'Indre-et-Loire, qui a eu cette idée de génie : mettre en relation des entrepreneurs en mal de divertissement, et des chômeurs prêts à tout pour se faire embaucher, en organisant deux petites promenades. Promenades plutôt sportives d'ailleurs, du genre marathon : 10 et 20 km de course à pied.  
Une occasion pour vous, recruteur potentiel ou entrepreneur curieux, de passer un moment amusant, et de faire faire de l'exercice à votre chômeur... Et c'est aussi une bonne action. Car le chômeur risque chaque jour de tomber « dans le piège des cafés », comme le raconte un de ces chômeurs modernes au journal l'Humanité. Il risque de sombrer dans la routine, de ne plus sortir de chez lui. Grâce à son parrain, c'est à dire, grâce à vous, il reprend goût au sport, et c'est déjà pas mal ! 

D'ailleurs, tout cela se déroule dans une ambiance bon enfant. Rien à voir avec de la concurrence rassure Sylvie Siffermann. C'est de la logique, un éclat de lucidité. Elle s'est simplement rendu compte, comme le relève Gérard Filoche dans Siné Hebdo, que « pour préparer une compétition sportive, on utilise les mêmes leviers que pour une recherche d'emploi ». Etirements, tours de stade, échauffement, entraînement, coaching, régime vitaminé... Voilà donc les « leviers » d'aujourd'hui pour trouver un emploi... Et une nouvelle manière, spectaculaire, sexy, innovante, d'aborder les relations employeur-salarié.

Pas une course à l'emploi...

Mais au fait, y a-t-il un emploi à la clé ? Filleul = embauché ? Non non non. Cette course est seulement l'occasion de briller, de se « distinguer », comme le relève l'Huma, devant des « chefs d'entreprise potentiellement recruteurs », c'est tout. Rien de malsain donc, ce n'est pas une course à l'emploi. Vous pourrez encourager votre poulain, et même courir à ses côtés. Il ne sera pas obligé de terminer la course, c'est sympa, l'occasion pour vous de rencontrer des chômeurs, voir à quoi ils ressemblent, vous confronter à un autre monde, un peu d'exotisme, en somme !

Une vingtaine de chômeurs se sont porté volontaires pour ces « foulées de l'emploi », qui se dérouleront le 27 septembre à Tours.
C'est anecdotique, sans doute. Mais c'est aussi tristement symptomatique.
Ils se sont entraîné dur, pour pouvoir faire cette course. Et tout cela, peut être, pour rien. Mais ils gardent la tête froide, et épousent la logique de l'air du temps. « Quand le chômeur veut un job, il est prêt à tout » témoigne un des volontaires. Un symptôme de la crise de l'emploi, mais aussi de l'avènement tant attendu de la politique du footing : l'important, c'est de courir devant la caméra. Il faut montrer ses efforts pour récolter les lauriers qui parfumeront la soupe. Ce qui est chouette, c'est de trouver un emploi en transpirant, il faut que ça se voit, il faut être pris en photo, sortir du lot... simplement pour être mis en relation avec des acteurs de l'insertion et des recruteurs potentiels ! Même pas pour un boulot !

Voilà qui est vraiment tendance. C'est ce qui explique, peut-être, que cette initiative ait été nominée, dans la catégorie Service, aux Victoires de la modernisation de l’État 2009, qui récompensent l' « écoute, l'innovation et la qualité » du service rendu aux usagers, et la vocation du projet à « améliorer le service public ». Les membres du jury n'avaient sans doute pas lu le fameux récit (ou vu le film) « On achève bien des chevaux »... 
Pourquoi pas des matchs de boxe, l'année prochaine ? Ou des chaises musicales, c'est amusant, aussi !

Dans cette scène terrible de Que les gros salaires lèvent le doigt!, de Denys Granier-Deferre, réalisé en 1982, des employés doivent courir pour garder leur place. Aujourd'hui, crise oblige, il faut courir pour la gagner...



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