Olivier Poivre d'Arvror : oui, l'intellectuel français s'exporte !
Lundi 11 Octobre 2010 à 14:01 | Lu 6975 fois I 38 commentaire(s)
Alexis Lacroix - Marianne
A l'occasion de la publication du sondage Marianne-CSA sur les intellectuels français, Olivier Poivre d'Arvor, son directeur général, revient sur l'engagement de France Culture en faveur de la vie intellectuelle.
(Marianne)
Marianne2 - Qu’est-ce qui a décidé la direction de France Culture à s’associer à Marianne pour son enquête sur la notoriété et l’influence des intellectuels français ? En quoi ce partenariat s’inscrit-il dans la stratégie globale de la chaîne ?
Olivier POIVRE d’ARVOR.: Les programmes de notre station sont constitués, au moins pour la moitié, de livres et de textes qui incitent à la réflexion et au débat. Le temps de la réflexion et le recul critique appartiennent au cours le plus intérieur de l’histoire de France Culture. La vocation de notre station est d’interroger et de décrypter toutes les mythologies de notre époque. Mais depuis mon arrivée à sa tête, j’essaye de garantir que notre regard soit aussi ouvert, aussi curieux, aussi pluraliste qu’il a vocation à l’être.
Justement. En quoi les résultats du sondage CSA-Marianne éclairent-ils la place tenue par la vie intellectuelle dans une station comme la vôtre ? Quels enseignements tirez-vous éventuellement de cette étude d’opinion pour France Culture ?
O.PDA.: L’un des préalables, pour France Culture, c’est de s’assurer que les intellectuels dont nous relayons les travaux et la voix ne sont pas simplement des « produits » éditoriaux, aussi artificiels que fugaces. A l’évidence, votre sondage va nous y aider. Contrairement à ce que certains ont pu suggérer, l’audience de personnalités comme Elisabeth Badinter ou Bernard-Henri Lévy prouve qu’ils parviennent à penser leur époque « en profondeur », dans toutes ses dimensions essentielles. Bernard-Henri Lévy a raison de persister à aborder le monde de façon globale, et il est d’ailleurs récompensé de cette persistance : aux États-Unis, notamment, il a réalisé une percée de notoriété absolument inédite, après celles, déjà notables, de René Girard et de Michel Serres. Quant à Elisabeth Badinter, si son influence traverse toute la société française, c’est évidemment parce qu’elle a su faire bouger les lignes idéologiques, avec persévérance et courage. Une radio comme celle que j’ai désormais l’honneur de présider a vocation, à mon avis, à consacrer des programmes à tous ceux des intellectuels qui exercent la plus forte influence sur les Français.
Olivier POIVRE d’ARVOR.: Les programmes de notre station sont constitués, au moins pour la moitié, de livres et de textes qui incitent à la réflexion et au débat. Le temps de la réflexion et le recul critique appartiennent au cours le plus intérieur de l’histoire de France Culture. La vocation de notre station est d’interroger et de décrypter toutes les mythologies de notre époque. Mais depuis mon arrivée à sa tête, j’essaye de garantir que notre regard soit aussi ouvert, aussi curieux, aussi pluraliste qu’il a vocation à l’être.
Justement. En quoi les résultats du sondage CSA-Marianne éclairent-ils la place tenue par la vie intellectuelle dans une station comme la vôtre ? Quels enseignements tirez-vous éventuellement de cette étude d’opinion pour France Culture ?
O.PDA.: L’un des préalables, pour France Culture, c’est de s’assurer que les intellectuels dont nous relayons les travaux et la voix ne sont pas simplement des « produits » éditoriaux, aussi artificiels que fugaces. A l’évidence, votre sondage va nous y aider. Contrairement à ce que certains ont pu suggérer, l’audience de personnalités comme Elisabeth Badinter ou Bernard-Henri Lévy prouve qu’ils parviennent à penser leur époque « en profondeur », dans toutes ses dimensions essentielles. Bernard-Henri Lévy a raison de persister à aborder le monde de façon globale, et il est d’ailleurs récompensé de cette persistance : aux États-Unis, notamment, il a réalisé une percée de notoriété absolument inédite, après celles, déjà notables, de René Girard et de Michel Serres. Quant à Elisabeth Badinter, si son influence traverse toute la société française, c’est évidemment parce qu’elle a su faire bouger les lignes idéologiques, avec persévérance et courage. Une radio comme celle que j’ai désormais l’honneur de présider a vocation, à mon avis, à consacrer des programmes à tous ceux des intellectuels qui exercent la plus forte influence sur les Français.
Vous évoquiez, à l’instant, l’audience internationale de quelques intellectuels. France Culture peut-elle aider la vie intellectuelle française à s’exporter ?
O.PDA.: Ma réponse est oui, bien sûr, et c’est l’une de mes priorités. Le monde anglo-saxon nous tend les bras, en effet ! Il ne faut jamais oublier qu’au Royaume-Uni, nous disposons d’un formidable gisement d’intérêt et de disponibilité envers la langue et la culture françaises. J’aimerais sans tarder organiser une journée « hors les murs » à Londres, où France Culture croiserait les regards de nos grands intellectuels nationaux avec les ténors de la pensée anglaise, du sociologue Zygmunt Bauman au philologue George Steiner et à l’historien des idées Theodore Zeldin. Plus largement, nous avons, en concertation avec notre diplomatie culturelle, un immense chantier devant nous. La bataille des idées planétaire ne fait que commencer. La France aurait tort d’en minorer l’importance et de feindre de croire que cette bataille n’aura la dimension que d’une partie de golf ! Il faut que nous soyons ambitieux et entreprenants. Faire entendre toutes les sensibilités, toutes les modulations de la pensée contemporaine est devenu vital. C’est pourquoi je rêve aussi que France Culture devienne la voix de tous ceux qui, en Afrique et en Asie, pensent à nouveaux frais la mondialisation, à la lumière des études post-coloniales. Le modèle « français » de l’intellectuel est sans doute aussi prometteur et plein d’avenir que jamais… Aussi, Marianne a raison d’écrire dans son dossier que « l’intellectuel français n’a pas fini d’interpeler le monde ».
O.PDA.: Ma réponse est oui, bien sûr, et c’est l’une de mes priorités. Le monde anglo-saxon nous tend les bras, en effet ! Il ne faut jamais oublier qu’au Royaume-Uni, nous disposons d’un formidable gisement d’intérêt et de disponibilité envers la langue et la culture françaises. J’aimerais sans tarder organiser une journée « hors les murs » à Londres, où France Culture croiserait les regards de nos grands intellectuels nationaux avec les ténors de la pensée anglaise, du sociologue Zygmunt Bauman au philologue George Steiner et à l’historien des idées Theodore Zeldin. Plus largement, nous avons, en concertation avec notre diplomatie culturelle, un immense chantier devant nous. La bataille des idées planétaire ne fait que commencer. La France aurait tort d’en minorer l’importance et de feindre de croire que cette bataille n’aura la dimension que d’une partie de golf ! Il faut que nous soyons ambitieux et entreprenants. Faire entendre toutes les sensibilités, toutes les modulations de la pensée contemporaine est devenu vital. C’est pourquoi je rêve aussi que France Culture devienne la voix de tous ceux qui, en Afrique et en Asie, pensent à nouveaux frais la mondialisation, à la lumière des études post-coloniales. Le modèle « français » de l’intellectuel est sans doute aussi prometteur et plein d’avenir que jamais… Aussi, Marianne a raison d’écrire dans son dossier que « l’intellectuel français n’a pas fini d’interpeler le monde ».
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