Occupy London, le mouvement se poursuit malgré le froid
Mercredi 28 Décembre 2011 à 12:01 | Lu 4921 fois I 4 commentaire(s)
Hela Khamarou - Tribune
Le 15 octobre dernier est né le mouvement « Occupy the London Stock Exchange » à Londres, progéniture globalisée du mouvement Occupy Wall Street à Zuccotti park, New York. Plus de deux mois plus tard, le campement londonien tient toujours et s’est imposé sur trois sites majeurs. Hela Khamarou, journaliste freelance irako-française, a rencontré quelques manifestants.
Des trois sites investis par le mouvement Occupy London, il y a tout d’abord celui situé à quelques mètres de la Bourse de Londres (the London Stock Exchange), en bas des marches de la célèbre cathédrale Saint Paul, celui de Finsbury Park et le squat de l’ancienne banque d’investissement UBS.
Il pleuvait en ce 20 décembre, aux pieds des marches de la Cathédrale, mais il ne faisait pas encore trop froid. Une chance pour les campeurs. Je rencontre sur place plusieurs personnes, principalement jeunes. Il faut dire que le chômage touche sévèrement les 18-30 ans en Angleterre et dans le reste de l’Europe. Ils sont les premiers en ligne de mire, et donc les plus enclins à se rebiffer contre le système. Les jeunes sont moins « peureux » que les générations plus âgées, plus « installées », et de fait ils se sentent plus libres et plus aptes à initier les campements. Beaucoup d’entre eux n’ont pas (encore) eu recours à des emprunts au logement, n’ont pas de dettes, et ceux qui vivent chez leurs parents n’ont pas de loyer ou de factures à payer.
Je rencontre Cathy, une jeune blonde souriante d’à peine 25 ans, mitaines aux poings et gros manteau – vous comprenez, faut pouvoir garder son corps à température pour tenir sur le long terme. Alors que nous commençons l’interview dans la « librairie ambulante », une jeune femme nous interrompt, portant un sac en toile contenant des oreillers et des couettes : « Où est ce que je peux déposer ça ? », nous dit-elle. « C’est pour les gens qui campent, pour que vous soyez un peu à l’aise et que vous n’ayez pas froid ». Cathy lui indique la tente prévue pour stocker les provisions.
Un geste totalement désintéressé, pour le bien des autres, pour soutenir leur combat, chacun à sa manière. La jeune fille me dit « je ne peux pas camper, mais je peux au moins donner des couvertures ». Certains passants jettent un regard furtif, mais la plus grande majorité passe son chemin en ignorant cette foule d’indignés qui s’attaquent au système financier moribond. Cathy me dit que cela arrive à longueur de journée de voir la foule en costar-cravate marcher d’un pas pressé vers ces banques d’investissement, ne se souciant que très rarement de cette contestation qui prend part en bas de leurs immeubles de verres et d’acier. Certains sont parfois même hostiles me confie-t-elle.
Il pleuvait en ce 20 décembre, aux pieds des marches de la Cathédrale, mais il ne faisait pas encore trop froid. Une chance pour les campeurs. Je rencontre sur place plusieurs personnes, principalement jeunes. Il faut dire que le chômage touche sévèrement les 18-30 ans en Angleterre et dans le reste de l’Europe. Ils sont les premiers en ligne de mire, et donc les plus enclins à se rebiffer contre le système. Les jeunes sont moins « peureux » que les générations plus âgées, plus « installées », et de fait ils se sentent plus libres et plus aptes à initier les campements. Beaucoup d’entre eux n’ont pas (encore) eu recours à des emprunts au logement, n’ont pas de dettes, et ceux qui vivent chez leurs parents n’ont pas de loyer ou de factures à payer.
Je rencontre Cathy, une jeune blonde souriante d’à peine 25 ans, mitaines aux poings et gros manteau – vous comprenez, faut pouvoir garder son corps à température pour tenir sur le long terme. Alors que nous commençons l’interview dans la « librairie ambulante », une jeune femme nous interrompt, portant un sac en toile contenant des oreillers et des couettes : « Où est ce que je peux déposer ça ? », nous dit-elle. « C’est pour les gens qui campent, pour que vous soyez un peu à l’aise et que vous n’ayez pas froid ». Cathy lui indique la tente prévue pour stocker les provisions.
Un geste totalement désintéressé, pour le bien des autres, pour soutenir leur combat, chacun à sa manière. La jeune fille me dit « je ne peux pas camper, mais je peux au moins donner des couvertures ». Certains passants jettent un regard furtif, mais la plus grande majorité passe son chemin en ignorant cette foule d’indignés qui s’attaquent au système financier moribond. Cathy me dit que cela arrive à longueur de journée de voir la foule en costar-cravate marcher d’un pas pressé vers ces banques d’investissement, ne se souciant que très rarement de cette contestation qui prend part en bas de leurs immeubles de verres et d’acier. Certains sont parfois même hostiles me confie-t-elle.
« Dans le monde occidental, on a fait de nous de confortables esclaves modernes »
Voilà trois semaines que Cathy campe devant la cathédrale. Le campement était initialement prévu devant le London Stock Exchange, la bourse de Londres, mais la police ne les a pas laissés passer la nuit. Revers de situation prévisible, tout comme ce fut le cas pour le mouvement Occupy Wall Street obligé de planter le campement à Zuccotti park, non loin du quartier financier de Manhattan, comme un message disant : « Protégeons les banques avant de protéger les gens ».
Selon Cathy, dès notre naissance, nous sommes conditionnés pour croire que ce qui se passe dans notre société est inchangeable, que c’est comme ça, et que même si c’est injuste, il faut faire avec. Et d’ajouter que « nous sommes devenus des animaux dociles, presque domestiqués » dans un monde occidental « où on a fait de nous des esclaves modernes ».
Lorsque je demande combien ils sont chaque nuit, Cathy me dit que le chiffre varie chaque jour, mais qu’ils sont environ de 75 à 100 personnes tous les soirs. Il n’y a pas de grossissement du mouvement, mais plutôt l’inverse, à savoir une stagnation, voir une diminution progressive due à la fatigue, à l’épuisement, les nerfs étant à vifs sous le froid d’un mois de décembre londonien. Lancer un mouvement à l’approche de l’hiver, c’est osé ou totalement désespéré. À vous de choisir, le fait est que je suis restée sur place du début de l’après-midi jusqu’à tard dans la nuit, et qu’il faut beaucoup de courage pour tenir. Rien à voir avec le campement de la Puerta del Sol en plein mois de mai à Madrid. Ces détails comptent forcément sur la durabilité d’un mouvement tel que celui-ci.
Selon Cathy, dès notre naissance, nous sommes conditionnés pour croire que ce qui se passe dans notre société est inchangeable, que c’est comme ça, et que même si c’est injuste, il faut faire avec. Et d’ajouter que « nous sommes devenus des animaux dociles, presque domestiqués » dans un monde occidental « où on a fait de nous des esclaves modernes ».
Lorsque je demande combien ils sont chaque nuit, Cathy me dit que le chiffre varie chaque jour, mais qu’ils sont environ de 75 à 100 personnes tous les soirs. Il n’y a pas de grossissement du mouvement, mais plutôt l’inverse, à savoir une stagnation, voir une diminution progressive due à la fatigue, à l’épuisement, les nerfs étant à vifs sous le froid d’un mois de décembre londonien. Lancer un mouvement à l’approche de l’hiver, c’est osé ou totalement désespéré. À vous de choisir, le fait est que je suis restée sur place du début de l’après-midi jusqu’à tard dans la nuit, et qu’il faut beaucoup de courage pour tenir. Rien à voir avec le campement de la Puerta del Sol en plein mois de mai à Madrid. Ces détails comptent forcément sur la durabilité d’un mouvement tel que celui-ci.
Le fonctionnement du campement
A quelques jours de Noël, le froid est donc le premier ennemi de ce « campement sauvage ». Il faut donc s’assurer que tout le monde a assez de couvertures, de vêtements chauds, de thé, de café. Cathy insiste sur le fait que chacun fait attention à son voisin, et que tout le monde s’entraide au sein de cette nouvelle communauté. Si quelqu’un est malade, il y a une tente premier secours. Il y a aussi la tente « bank of ideas », la banque à idées en français.
La « bank of ideas », un squat légal pour recréer un lien communautaire, se trouve à 15 minutes à pieds du campement de St Paul’s, dans les anciens locaux de la banque UBS. A l’entrée, on est gentiment fouillé par la « Occupy London’s Tranquility Team » (en d’autres termes, le service de sécurité). A l’intérieur, il n’y a ni alcool, ni drogue et interdiction de fumer. Il faut donner le bon exemple car ce genre de squat est vite pointé du doigt. Le mouvement se veut avant tout pacifique, rien à voir avec les manifestations étudiantes de 2010 et des émeutes qui ont eu lieu cet été dans le sud de la capitale.
Il y a deux semaines, les occupants de ce bâtiment abandonné depuis plus de dix ans ont gagné une victoire face à la Cours de Justice leur accordant le droit de rester dans les locaux alors qu’ils risquaient l’expulsion. Les propriétaires des lieux tentent toujours de trouver la faille judiciaire pour les y déloger, mais apparemment, la Bank of Idea passera le Nouvel An.
L’espace est essentiellement réservé à l’organisation du mouvement et des différents projets de la communauté des occupants. C’est aussi un espace pour les artistes, pour la création ainsi que la visibilité du mouvement. Il est composé d’une bibliothèque, de bureaux pour organiser des conférences journalières, une salle pour la retransmission vidéo en temps réel (live streaming), des studios télés improvisés, une cuisine, une partie pour le couchage ainsi qu’une garderie. Ce lieu qui n’avait plus de vie il y a trois semaines est devenu un centre créatif ouvert à tous. Le Banque des Idées a été ouvert le 18 novembre, étendant ainsi le mouvement Occupy London aux deux autres sites situés à Saint Paul et Finsbury Park.
La « bank of ideas », un squat légal pour recréer un lien communautaire, se trouve à 15 minutes à pieds du campement de St Paul’s, dans les anciens locaux de la banque UBS. A l’entrée, on est gentiment fouillé par la « Occupy London’s Tranquility Team » (en d’autres termes, le service de sécurité). A l’intérieur, il n’y a ni alcool, ni drogue et interdiction de fumer. Il faut donner le bon exemple car ce genre de squat est vite pointé du doigt. Le mouvement se veut avant tout pacifique, rien à voir avec les manifestations étudiantes de 2010 et des émeutes qui ont eu lieu cet été dans le sud de la capitale.
Il y a deux semaines, les occupants de ce bâtiment abandonné depuis plus de dix ans ont gagné une victoire face à la Cours de Justice leur accordant le droit de rester dans les locaux alors qu’ils risquaient l’expulsion. Les propriétaires des lieux tentent toujours de trouver la faille judiciaire pour les y déloger, mais apparemment, la Bank of Idea passera le Nouvel An.
L’espace est essentiellement réservé à l’organisation du mouvement et des différents projets de la communauté des occupants. C’est aussi un espace pour les artistes, pour la création ainsi que la visibilité du mouvement. Il est composé d’une bibliothèque, de bureaux pour organiser des conférences journalières, une salle pour la retransmission vidéo en temps réel (live streaming), des studios télés improvisés, une cuisine, une partie pour le couchage ainsi qu’une garderie. Ce lieu qui n’avait plus de vie il y a trois semaines est devenu un centre créatif ouvert à tous. Le Banque des Idées a été ouvert le 18 novembre, étendant ainsi le mouvement Occupy London aux deux autres sites situés à Saint Paul et Finsbury Park.
Radiohead et Massive Attack à Occupy London
La semaine passée, le mouvement Occupy London recevait la visite de Thom Yorke, chanteur du groupe Radiohead et de Robert del Naja (3D) du groupe Massive Attack. Le LCDI Soundsytem a aussi organisé un DJ Set surprise qui sera bientôt disponible sur le label Occupation Records. Hier soir, c’était au tour de Kate Nash de venir soutenir les occupants à Saint Paul’s après un concert réunissant prêt de 300 personnes. L’Eglise est d’ailleurs très présente dans le soutien des occupants. Une estrade a été installée et tout le monde peut venir prendre la parole, connus et anonymes. Pour l’instant, aucun politicien n’est venu sur le site de St Paul’s m’affirme Cathy.
A Finsbury Parlk, les occupants ont installé un jardin potager afin de produire leurs propres produits, tel que de l’ail, des carottes, des petits pois et des choux.
A Saint Paul, il y a aussi la tente Information, la tente Tech avec connexion Internet sans fil pour diffuser en temps réel les infos, les concerts, les débats tout ça en live streaming. Le compte Twitter est constamment mis à jour et tout le monde peut suivre le hashtag du mouvement. Et puis il y a la bibliothèque, cœur du campement, rempli de livres tels que ceux du philosophe slovénien Slavoj Zizek (« Welcome to the Desert of the Real », ou publié plus récemment « Living in the End of Times) ou « Multitude » d’Antonio Negri.
On trouve aussi « Intern Nation » de l’américain Ross Pelin publié au début de l’année 2011 et qui rassemble les chroniques de la jeunesse américaine face au dur marché de l’emploi et du croissant recours aux stages remplaçant des emplois réels à moindre coût.
Ce qui est essentiel, selon les gens sur place, c’est de faire comprendre aux gens que ce mouvement n’est pas celui de quelques manifestants, mais bel et bien de millions de personnes dans le monde. C’est un mouvement global, qui dépasse les frontières de nos pays surendettés, et qui fait des petits un peu partout des Etats-Unis à la Chine.
Nous voilà en présence de la diaspora des victimes du système financier actuel. Pedro, 34 ans, patron d’une société qui a fait faillite a lui aussi rejoint le mouvement, et selon lui « ce mouvement est puissant, nous sommes plus forts que ces mecs là (ceux de la City) parce qu’ils travaillent juste pour l’argent, mais nous travaillons 24h/7J pour quelque chose de bien plus grand que cela. Il est question de nos convictions, ce qui a une valeur bien plus importante. C’est pourquoi personne ne peut nous arrêter ».
A Finsbury Parlk, les occupants ont installé un jardin potager afin de produire leurs propres produits, tel que de l’ail, des carottes, des petits pois et des choux.
A Saint Paul, il y a aussi la tente Information, la tente Tech avec connexion Internet sans fil pour diffuser en temps réel les infos, les concerts, les débats tout ça en live streaming. Le compte Twitter est constamment mis à jour et tout le monde peut suivre le hashtag du mouvement. Et puis il y a la bibliothèque, cœur du campement, rempli de livres tels que ceux du philosophe slovénien Slavoj Zizek (« Welcome to the Desert of the Real », ou publié plus récemment « Living in the End of Times) ou « Multitude » d’Antonio Negri.
On trouve aussi « Intern Nation » de l’américain Ross Pelin publié au début de l’année 2011 et qui rassemble les chroniques de la jeunesse américaine face au dur marché de l’emploi et du croissant recours aux stages remplaçant des emplois réels à moindre coût.
Ce qui est essentiel, selon les gens sur place, c’est de faire comprendre aux gens que ce mouvement n’est pas celui de quelques manifestants, mais bel et bien de millions de personnes dans le monde. C’est un mouvement global, qui dépasse les frontières de nos pays surendettés, et qui fait des petits un peu partout des Etats-Unis à la Chine.
Nous voilà en présence de la diaspora des victimes du système financier actuel. Pedro, 34 ans, patron d’une société qui a fait faillite a lui aussi rejoint le mouvement, et selon lui « ce mouvement est puissant, nous sommes plus forts que ces mecs là (ceux de la City) parce qu’ils travaillent juste pour l’argent, mais nous travaillons 24h/7J pour quelque chose de bien plus grand que cela. Il est question de nos convictions, ce qui a une valeur bien plus importante. C’est pourquoi personne ne peut nous arrêter ».
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