Objecteurs de croissance, invisibles, désunis, mais déterminés
Lundi 22 Août 2011 à 05:01 | Lu 5484 fois I 0 commentaire(s)
Astrid Gouzik - Marianne
Alors que que l’actualité écolo du week-end se situait à Clermont-Ferrand, le mouvement des objecteurs de croissance organisait, lui, ses « journées d’été » de l’autre côté de l’hexagone, à Moissac. Une centaine de militants décroissants s’est donc retrouvée pour discuter société conviviale, convergence, et échanger autour de leurs expériences concrètes.
Arrivée à Moissac, samedi, pour la 3ème édition des F(e)stives, la rencontre organisée par le Mouvement des objecteurs de croissance ( MOC), l’une des chapelles des décroissants. Une réunion des décroissants ? Forcément, l’imaginaire turbine… Trois jours chez les décroissants, ça doit rimer avec confort spartiate, eau froide, toilettes sèches, tofu à tous les repas, et interdiction formelle de poser son smartphone sur la table… Evidemment, les considérations ne sont pas aussi simples et les raccourcis sont vite faits !
Première surprise, le Maison familiale et rurale de Moissac, où était organisée l’édition 2011 des F(e)stives, est coincée entre deux mammouths du capitalisme. Côté face, Carrefour, côté pile, Weldom ! Rien qui ne semble pour autant choquer ces pourfendeurs de l’hyper-consumérisme. Il y a bien eu une petite tentative… Un soir après dîner, l’idée émerge ! « Venez on va aller éteindre le néon du Carrefour en face ! ». Déroule toute la théorie du « c’est vraiment inacceptable de gaspiller de l’énergie pour ça ». Après moult discussions, élaboration d’un plan d’action sophistiqué, puis branle-bas de combat ! Une délégation déterminée part à l’assaut de l’enseigne lumineuse. Mais il y a comme un hic dans l’organisation… Devant le grand magasin, déception : l’enseigne n’est pas allumée. « Bon, on fait quoi ? On l’allume ? », plaisante l’un des volontaires. Car c’est aussi, ça le mouvement des objecteurs de croissance, une bonne dose d’autodérision et de second degré pour réussir à passer outre les imputations d’être des marginaux, des farfelus qui vivent dans des yourtes! « Parce que c’est toujours ceux-là que l’on voit dans les reportages à la télévision », explique un des participants. Et pour leur donner la force de ne pas se décourager.
( photo DR )
Alors le lendemain, une deuxième tentative est lancée. Un petit groupe prévoit une virée au supermarché (toujours lui) et compte bien en profiter pour faire entendre ses convictions. On veut bien aller y faire quelques courses, mais quand même… Alors déguisés en homme sandwichs, des pancartes barrées de slogans sur le dos (ce Carrefour est une impasse), le petit groupe s’aventure à l’intérieur de l’hyper… Résultat des courses, quelques regards curieux, une rapide explication avec le vigile, rien qui ne déclenche vraiment des vocations de décroissants.
Etre dans l’expérience, pas dans la course au mandat
Car le problème est bien là : essayer de se donner une visibilité. En effet, le premier mouvement, le Parti pour la décroissance (PPLD), se crée dans un climat de grande réticence à la forme du parti politique. Puis au fil des formations, déformations, disputes, réconciliations (voir encadré), le besoin de se faire connaître devient perceptible. Alors après la tentative peu fructueuse de 2007, et une expérience un peu bancale de soutien à José Bové, quel est leur projet pour 2012 ? Si leurs idées semblent invendables dans une société ultralibérale, le contexte économique et social actuel devrait quand même éveiller en eux quelques velléités. Et pourtant…
« Nous avons formulé une adresse aux militants du NPA pour une candidature anti-productiviste aux élections présidentielles de 2012 », explique Michel Lepesant, membre du MOC et l’un des fondateurs du mouvement. Mais quant à savoir qui, quand, et comment, cela reste flou… « Finalement, on s’en fout un peu des élections », ajoute-t-il. Et c’est d’ailleurs ce qui fait la force du mouvement. Alors que les différents partis politiques ne se préoccupent que de casting, eux veulent expérimenter, proposer. « On est dans le concret, on réfléchit, on essaie des choses, on refuse de décider d’une ligne sans savoir à quoi elle va mener », explique Michel Lepesant, soulignant ainsi la différence entre eux et les responsables des partis d’élus. « En fait, nous sommes des irresponsables d’un mouvement politique ».
Quant à évoquer un rapprochement avec EE-LV qui organisait ses Journées d’été en même temps, la question reste en suspens… même si le MOC est constitué, en partie, d’anciens Verts, un peu désabusés ! « Nous avons beaucoup de contacts avec eux au niveau local », précise Michel Lepesant. Et Christian Sunt, lui aussi à l’origine du mouvement, de rétorquer : « Oui, mais de quoi pourrait-on discuter avec eux à l’échelle nationale ? ». Pas de chamaillerie donc, Michel Lepesant et Annie Vital étaient même censés intervenir aux Journées d’été au sujet des monnaies alternatives… Mais Moissac oblige, ils ont dû se désister pour assister à ces 3èmes F(e)stives.
Le millésime 2011 : une baisse de fréquentation des jeunes
La canicule qui s’est abattue sur Moissac durant 3 jours n’aura pas suffit à faire tourner le millésime 2011 au vinaigre. Même si certains participants déploraient la baisse de fréquentation des jeunes, l’ensemble est parti plutôt satisfait. Quelques vocations décroissantes ont même vu le jour durant cette édition 2011. A 20 ans, Mélany, originaire de Montpellier, semblait charmée, et convaincue. « Un jour j’ai acheté par hasard le magazine Décroissant. J’ai trouvé ça intéressant, et en faisant des recherches sur internet, j’ai découvert cette manifestation ». Pas effrayée pour un sou, elle décide donc de partir seule. « Cela m’a apporté énormément. On pourrait se dire qu’ils s’éclairent à la bougie et que ce sont des gens très radicaux. Mais ce n’est pas le cas, ils discutent de choses très sérieuses mais avec beaucoup de légèreté. Je repars avec l’envie de militer, et si je peux appliquer ces principes au quotidien, ce sera déjà une victoire. Je repars optimiste ». Visiblement, les discussions avec les aînés (car malgré quelques trentenaires, la majorité est âgée d’une cinquantaine d’années) ont satisfait la cadette du groupe.
Elle peut désormais reprendre la route de Montpellier, pour retrouver ses amis qui ne comprenaient pas qu’elle manque les deux concerts du week-end pour aller à une rencontre avec ces « gens à la marge ». Elle pourra leur raconter qu’il y avait même l’électricité… et qu’ils lui ont même laissé traverser la rue pour acheter du Coca. Comment ça ? Les Décroissants seraient-ils en fait des gens normaux ?
Les décroissants, 1 mouvement, 3 chapelles
Pour comprendre le mouvement des Décroissants, il faut avant tout connaître son histoire… Attention, ce n'est pas si simple.
Tout commence en 2005 avec les Etats Généraux de la Décroissance. Un an plus tard, l’équipe du journal « la Décroissance » fait émerger le Parti pour la décroissance. La version1 du PPLD est finalement un concept mort-né, puisqu’il disparait 6 mois plus tard.
En août 2007, se rencontrent pour la première fois les membres de ce qui deviendra le MOC. Lors de l’appel de Vassivière, ils n’étaient encore que les objecteurs de croissance. « C’est à ce moment-là que nous avons cessé d’être seulement un groupuscule des Verts », explique Michel Lepesant.
Puis en décembre 2008, le PPLD renaît avec une direction plus jeune. Alors, le PPLD version2 et le MOC décident d’aller ensemble aux élections européennes de 2009.
A partir de ce moment-là, ça se corse ! Lors de la rencontre à Notre-Dame-des-Landes, les deux mouvements décident de s’unir. Ils adoptent une plateforme de convergence et forment l’association des objecteurs de croissance (ADOC).
Mais en mai 2010, lors de la deuxième assemblée générale, les divergences remontent à la surface et l’ADOC implose, incapable de se mettre d’accord sur les questions de représentation aux élections. «Comme tous les extrêmes, dès que nous sommes 3, on se dit que l’on peut faire scission » plaisante Michel Lepesant. Chacun trace alors sa route. Pas vraiment ennemis, mais pas vraiment amis non plus ! Mais « ça s’arrange, ça s’arrange », nous assure-t-on. La preuve, certains membres du PPLD étaient présents à Moissac ! Pas de tensions donc… jusqu’à ce que l’on évoque le problème de l'élection présidentielle de 2012.
Puis arrive finalement le Parti des objecteurs de croissance (POC), en juin 2010, fondé par les membres du PPLD version1, Vincent Cheynet en tête. Là, en revanche, aucune amélioration semble possible dans les relations entre le MOC et le POC. Ce que le blogueur SuperNo écrivait il y a un an, semble plus que jamais d’actualité ! Bataille idéologique ou querelle de personnalités ? Certains évoquent du bout des lèvres des distensions entre les membres du MOC et Vincent Cheynet. L’hypothèse parait être la plus probable, car à lire les différents projets, il ne semble pas y avoir de désaccord majeur !
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