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Obama: l'impérialisme à la cool

Alain Léauthier - Marianne | Jeudi 4 Juin 2009 à 19:57 | Lu 5794 fois

Fini le choc des civilisations de Bush Jr, voici venu Obama et son « libéralisme ». Mais un libéralisme culturel qu'il théorise en renonçant aux principes laïcs les plus fondamentaux, dictant une nouvelle fois « sa » morale aux Européens.



(Capture d'écran - http://www.whitehouse.gov/)
(Capture d'écran - http://www.whitehouse.gov/)

Chassez le naturel, il revient au galop. A force de s’émerveiller du vent nouveau, bien réel, qui souffle depuis quelques mois à la Maison Blanche, on en en avait oublié la vieille prétention de tous les présidents américains à donner des leçons au reste de la planète. Au Caire, Barack Obama n’a pas failli à la règle. Au prétexte de fixer de nouvelles règles de coexistence entre l’Occident et le « monde musulman » (….), il a cru devoir dicter à l’Europe une sorte de cahier des charges  moral et politique quasi obligé.  Faute de quoi, si l’on suit le raisonnement du grand homme, nos vieilles démocraties se rendraient coupables d’une insupportable atteinte aux droits de l’ Homme. On devrait plutôt dire :  aux « droits » des hommes musulmans. 


De quoi s’agit-il ? « D’éviter de gêner les citoyens musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent », explique  le très croyant président américain. Rassurons-le sur ce point : en France, tout comme aux Etats-Unis, la liberté du culte est non seulement reconnue mais protégée, à l’inverse de ce qui se passe aujourd’hui dans la plupart des pays dits musulmans où les minorités chrétiennes sont pourchassées, traquées et réprimées.  


Secundo : les pays occidentaux devraient se garder de dicter aux femmes les vêtements qu’elles doivent porter. Dans ce cas, Obama ne sait manifestement pas de quoi il parle. Bien évidemment, pas une seule nation européenne n’impose quoi que ce soit aux citoyens dans leur vie privée, sauf quand leur intégrité physique ou morale l’exige. En revanche plusieurs pays, la France en tête, ont choisi de protéger leur secteur public - celui qui est commun à tous les citoyens - de l’expression de croyances religieuses qui sont aussi quelquefois le cache-sexe d’une pure et simple domination masculine. 


Obama manifestement ne comprend pas, ou ne veut pas comprendre, cette culture, cette autre « tradition » à laquelle adhère une majorité de Français, dont de nombreux musulmans, et Européens. Il fait une analyse différente de la signification du voile. Au passage, cet intellectuel raffiné montre qu’il sait faire preuve aussi d’une formidable hypocrisie en affirmant accepter le port du voile uniquement quand il est « choisi » bien sûr. Tout le monde sait à quel point il est aisé de distinguer l’un de l’autre dans les ghettos des banlieues de Paris, Marseille ou celles de Détroit et Chicago. Libre en tout cas à notre grand libéral de s’expliquer avec ces électrices et électeurs sur ce sujet et de laisser les autres gouvernements démocratiques organiser leurs sociétés en fonction de leur culture et de leur histoire. Cela vaut aussi pour la question de la Turquie, l’intangible allié des Etats-Unis dont Obama exige quasiment l’intégration dans l’Europe, au mépris des opinions publiques et aussi du débat démocratique. 


On attendait effectivement de lui un discours fondateur, des propositions utiles pour sortir enfin du cycle terrible du pseudo choc des civilisations que la précédente administration avait si lourdement théorisé. Mais pas au prix d’un reniement de quelques principes forts et d’un mépris à peine « voilé » de la spécificité européenne.





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