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OTAN-Pakistan : la bavure de trop...

Mercredi 30 Novembre 2011 à 18:10 | Lu 6482 fois I 20 commentaire(s)

Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Samedi dernier, dans des circonstances encore mal connues, des frappes aériennes de l'OTAN ont provoqué la mort de 24 soldats pakistanais. La bavure de trop pour Islamabad, après d'autres incidents du même type, et surtout le raid mené par les américains contre Ben Laden en territoire pakistanais. Dénonçant une agression américaine et une atteinte à sa souveraineté, le Pakistan a décidé de mettre fin à toute collaboration avec les USA en matière de lutte contre le terrorisme. D'autant plus délicat que les clés du problème afghan sont au Pakistan.


OTAN-Pakistan : la bavure de trop...
C ‘est une bavure qui pourrait avoir de sérieuses conséquences.  Au moins 25 soldats pakistanais ont été tués samedi par une charge d'hélicoptères de l'Otan à la frontière avec l’Afghanistan.
Le bombardement a eu lieu dans la zone tribale des Mohmand  - repaires des insurgés islamistes, talibans pakistanais et leurs alliés d'al-Qaïda et base arrière des talibans afghans, qui ont multiplié ces dernières années leurs opérations de l'autre côté de la frontière.

Le Pakistan ne décolère pas et exprime chaque jour « son profond sentiment de fureur » qualifiant le geste d’ « agression ». Alors que l’OTAN exprime ses condoléances, déplore ce « tragique incident involontaire », Islamabad met toujours un peu plus de pressions sur l’alliance atlantique. Dès la survenue de « l’incident », le Pakistan a a décidé samedi de bloquer l’approvisionnement de l’OTAN en Afghanistan et exprimé la possibilité de mettre fin à sa coopération avec Washington en matière de lutte contre le terrorisme.

Les Pakistanais ont demandé aux Américains de quitter dans les 15 jours la base aérienne de Shamsi, dans la province du Baloutchistan où la CIA utilisait des drones pour lancer des attaques contre les talibans et Al-Qaïda.

Conseiller spécial du Premier Ministre pour les affaires des minorités religieuses, Paul Bhatti, considéré comme un modéré a déclaré que « l’attaque de l’OTAN est grave en ce qu’elle peut compromettre la lutte contre le terrorisme mais également l’harmonie interreligieuse, le dialogue interculturel, le bien de la paix au Pakistan. C’est un acte  de terrorisme qui touche la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de notre patrie ».

Le double jeu du Pakistan dénoncé par Washington

Le journal pakistanais The News en fait ses gros titres sur le thème  « L’OTAN attaque », reprenant les propos du général Athar Abbas qui signale que 72 soldats pakistanais ont été tués lors des raids de l’OTAN ces trois dernières années et 250 blessés.  C’est que les Etats-Unis frappent depuis longtemps les talibans dans les zones tribales pakistanaises. Des bombardements réguliers, dénoncés par la population, qui ont affecté les relations entre Washington et Islamabad et apparaissent désormais comme un véritable élément de déstabilisation. Dès mars 2010, un rapport de la New America Foundation évoquait les limites des attaques –de drones en l’occurrence- dans les zones tribales pakistanaises, notamment en raison du nombre de bavures affectant les civils. Selon le rapport, près d’un tiers des  victimes de ces attaques seraient des civils.

Plusieurs incidents du même type ont déjà eu lieu provoquant de vives tensions entre les deux pays. Celle-ci, d’une rare ampleur, intervient six mois après le raid clandestin mené par les commandos américains en territoire pakistanais contre Ben Laden. Une attaque perçue comme une atteinte à la souveraineté du pays.

Cette nouvelle bavure ne vient que raviver la crise et acte dans les faits que les Etats-Unis ont élargi leur champ de bataille contre le terrorisme au Pakistan. De leur côté, les Etats-Unis reprochent au Pakistan son laxisme dans la lutte contre le terrorisme, et accusent notamment ses services secrets de double jeu. Après la mort de Ben Laden, les services secrets pakistanais (ISI) ont, ainsi, arrêté cinq individus, dont un officier de l'armée, soupçonnés d'avoir aidé la CIA à préparer le raid des Navy Seals.

Une bavure aux conséquences lourdes ?

Mais le Le Pakistan ne décolère pas et a décidé mardi d’annuler sa participation à la conférence de Bonn sur l’Afghanistan. Des ministres de 100 pays doivent notamment y discuter de l'avenir du pays après le retrait total des troupes de combat de l'Otan, prévu fin 2014.
Une perspective qui inquiète dans un pays que dix ans d'intervention militaire occidentale n'ont pas permis de stabiliser, la rébellion menée par les talibans ayant même gagné du terrain ces dernières années.

Hillary Clinton, tout comme le quai d’Orsay, ont demandé à Islamabad de revoir sa position et de participer aux discussions qui se tiendront à Bonn. C’est que les viseurs mal calibrés de Washington pourraient avoir de profondes répercussions. En plus de complexifier le problème afghan, Washington cherche, en effet,  à entamer des négociations avec les talibans, et compte sur le Pakistan, qui entretient de bonnes relations avec certains groupes de rebelles, pour «faire pression sur eux». Les rapports houleux mais néanmoins solides des Etats-Unis avec le Pakistan ont longtemps constitué un pôle de stabilité notamment au sein de l’institution militaire, permettant à certains observateurs français d'écarter le risque d’une « afghanisation du Pakistan ». Force est de constater que la donne a changé.








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