Nucléaire: les écolos misent sur la peur... et l'indécence
Lundi 14 Mars 2011 à 12:00 | Lu 11290 fois I 96 commentaire(s)
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur
La catastrophe japonaise a trouvé, en un temps record, sa traduction française. Il faut débattre, nous dit la grande famille écologiste réunie, de l’utilisation de l’énergie nucléaire. Un débat certes nécessaire. Mais la décence aurait sans doute voulu que l’on attende un peu pour l’exiger? C’est en tout cas une nécessité, si l’on veut qu’il se tienne de façon totalement dépassionnée.
Le Japon tremble et… la France a peur. Moins de 48 heures après le séisme nippon, moins de 48 heures après que ce séisme a entraîné dans sa suite un tsunami dévastateur et des incidents nucléaires en chaîne, l’Hexagone voit fleurir dans les médias des Roger Gicquel en puissance. La France a peur, nous disent-ils, pareils à l’ancien présentateur du JT de TF1. Peur de ce qu’il pourrait advenir de ses centrales nucléaires.
Oubliés ou presque les milliers de disparus japonais. Reléguées dans l’ombre ou presque les dizaines de milliers de sinistrés. La France a peur. Qu’importe la décence (1) que devrait pourtant imposer la catastrophe japonaise, il faut manifester ici et maintenant. Il faut appeler dans la foulée du tremblement de terre japonais à un débat et même à un référendum en France sur le nucléaire à l’image de Nicolas Hulot. Rien d’étonnant de la part du candidat putatif à la présidentielle : la peur et le catastrophisme, voilà des ressorts qu’il avait déjà largement utilisés pour son film, Le Syndrome du Titanic.
Il est plus étonnant, en revanche, de voir toute la famille écologiste agiter la peur, elle dont les membres sont toujours prompts à dénoncer l’instrumentalisation qui en est faite par Nicolas Sarkozy, en particulier, et la droite et l’extrême droite, en général, lorsqu’il s’agit de sécurité, d’immigration ou bien encore de laïcité. Il y aurait donc des peurs que l’on pourrait utiliser plus légitimement que d’autres ? Le nucléaire mérite pourtant bel et bien un débat. Mais encore faut-il que ce débat, pour qu’il soit fructueux, soit totalement dépassionné, qu’il en appelle à l’intelligence collective et non aux craintes — compréhensibles — de chacun.
Sans quoi, certaines mauvaises langues n’y verront qu’une récupération politique à quelques jours des cantonales. Une utilisation d’une catastrophe sans précédent comme d’autres surfèrent sur la fameuse agression de Papy Voise, ce retraité orléanais, une poignée de jours seulement avant le premier tour de la présidentielle de 2002. Le débat sur le nucléaire mérite mieux que de la peur comme carburant…
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