Nouvel Obs: dénoncé par Martel, Olivennes répond
Lundi 14 Juin 2010 à 17:41 | Lu 16959 fois I 28 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur
Dans une tribune-fleuve publiée sur le blog de Guy Birenbaum, le journaliste Frédéric Martel, auteur de Mainstream, accuse le directeur du Nouvel Observateur de se servir de son journal pour régler ses comptes personnels, de mettre en danger l'indépendance du magazine et de verrouiller sa rédaction. Denis Olivennes répond.
L’affaire fleure bon le règlement de comptes. Dans une interminable tribune publiée sur le blog de Guy Birenbaum, intitulée « Pourquoi il ne faut pas que le Nouvel Obs rachète le Monde » et adressée à Claude Perdriel, le propriétaire du Nouvel Observateur, le journaliste Frédéric Martel livre une lourde charge contre Denis Olivennes, le directeur du Nouvel Observateur.
L’objet du délit : une critique de Mainstream, le dernier livre de Frédéric Martel, parue dans le Nouvel Obs et rédigée par François Cusset, sociologue et historien des idées, auteur d’un essai sur «La Décennie : le grand cauchemar des années 80».
Et c’est peu dire que la critique lui reste en travers de la gorge. Dans un premier temps, Martel s’étonne qu'elle ait été rédigée par un auteur extérieur au Nouvel Obs et non pas par un journaliste de l’hebdomadaire. Au delà du cas Cusset, qui représente quand même un bon tiers de la vindicte de Martel, Frédéric Martel estime que cette affaire est « significative de méthodes journalistiques graves qui ont cours aujourd’hui au Nouvel Observateur et laissent augurer du pire si le Nouvel Obs devait racheter Le Monde. C’est l’indépendance de la rédaction du Nouvel Obs et son objectivité qui sont ici en cause, ainsi qu’une conception honnête du journalisme ». Pas moins.
L’objet du délit : une critique de Mainstream, le dernier livre de Frédéric Martel, parue dans le Nouvel Obs et rédigée par François Cusset, sociologue et historien des idées, auteur d’un essai sur «La Décennie : le grand cauchemar des années 80».
Et c’est peu dire que la critique lui reste en travers de la gorge. Dans un premier temps, Martel s’étonne qu'elle ait été rédigée par un auteur extérieur au Nouvel Obs et non pas par un journaliste de l’hebdomadaire. Au delà du cas Cusset, qui représente quand même un bon tiers de la vindicte de Martel, Frédéric Martel estime que cette affaire est « significative de méthodes journalistiques graves qui ont cours aujourd’hui au Nouvel Observateur et laissent augurer du pire si le Nouvel Obs devait racheter Le Monde. C’est l’indépendance de la rédaction du Nouvel Obs et son objectivité qui sont ici en cause, ainsi qu’une conception honnête du journalisme ». Pas moins.
François Cusset, le tueur à gage d'Olivennes ?
Premier visé et cible principale : Denis Olivennes. L’auteur de Mainstream estime, en effet, que la critique de son livre publiée dans le Nouvel Obs n’est qu’une réaction d’Olivennes aux attaques virulentes formulées par Martel contre le rapport Hadopi (rédigé par Olivennes), ou l’interview accordée, en son temps, par Sarkozy au Nouvel Observateur : « C’est donc une affaire qui dépasse largement le simple compte rendu d’un livre. (…) En définitive, toute la critique de François Cusset fait la démonstration qu’on peut écrire absolument n’importe quoi et fausser les faits dans un journal comme le Nouvel Observateur » écrit Frédéric Martel.
Une attaque « absurde » selon Denis Olivennes, contacté par Marianne2.fr, « si tel était le cas, l'Obs éreinterait ses propres journalistes. Ils n'ont pas manqué d'étriller la loi, surtout depuis que j'ai rejoint le journal ! Il faut ne rien comprendre au fonctionnement d'une rédaction comme celle de l'Obs pour imaginer que je puisse commanditer à qui que ce soit des papiers. Et en plus à Jérôme Garcin dont l'indépendance ombrageuse est célèbre. La vengeance personnelle n'est pas mon genre, Martel ne m'obsède pas, c'est un euphémisme, et personne à la rédaction de l'Obs n'écrit sur ordre ! »
Dans son laïus, Martel cite également le cas de journalistes du Nouvel Observateur qui auraient demandé à chroniquer son livre sans obtenir gain de cause. Preuve, selon l’auteur, que Olivennes a choisi François Cusset dans le rôle du « tueur à gage » : « J’ai eu une dizaine d’autres journalistes du Nouvel Observateur au téléphone qui, tous, étaient consternés par ces méthodes et par l’article. Une amie journaliste m’a dit : « Un tel article restera une tâche dans l’histoire du journal, c’est inadmissible »».
Une attaque « absurde » selon Denis Olivennes, contacté par Marianne2.fr, « si tel était le cas, l'Obs éreinterait ses propres journalistes. Ils n'ont pas manqué d'étriller la loi, surtout depuis que j'ai rejoint le journal ! Il faut ne rien comprendre au fonctionnement d'une rédaction comme celle de l'Obs pour imaginer que je puisse commanditer à qui que ce soit des papiers. Et en plus à Jérôme Garcin dont l'indépendance ombrageuse est célèbre. La vengeance personnelle n'est pas mon genre, Martel ne m'obsède pas, c'est un euphémisme, et personne à la rédaction de l'Obs n'écrit sur ordre ! »
Dans son laïus, Martel cite également le cas de journalistes du Nouvel Observateur qui auraient demandé à chroniquer son livre sans obtenir gain de cause. Preuve, selon l’auteur, que Olivennes a choisi François Cusset dans le rôle du « tueur à gage » : « J’ai eu une dizaine d’autres journalistes du Nouvel Observateur au téléphone qui, tous, étaient consternés par ces méthodes et par l’article. Une amie journaliste m’a dit : « Un tel article restera une tâche dans l’histoire du journal, c’est inadmissible »».
Le Nouvel Obs accusé de sectarisme et d'aveuglement idéologique
De son côté, Denis Olivennes affirme avoir « découvert le papier en le lisant, je ne savais même pas qu'on avait programmé de chroniquer le livre et je n'avais jamais entendu parler de Cusset jusqu'alors ».
Martel poursuit sa démonstration, les accusations et les mots pleuvent : « omerta », « aveuglement idéologique », « sectarisme ». Des accusations graves portées à l’encontre de Denis Olivennes, même si Frédéric Martel a l’honnêteté de reconnaître que dans son éditorial du 12 mai, Jacques Julliard écrivait : « Sous le titre Mainstream, Frédéric Martel a écrit un livre majeur, fondé sur une enquête approfondie au sujet de la culture de masse à travers le monde. Je m’apprêtais à en faire l’éloge quand j’ai trouvé dans Le Nouvel Obs de la semaine dernière une exécution sommaire du livre, d’une injustice évidente. J’invite nos lecteurs à en juger par eux-mêmes ». Ce qui aurait au moins mérité un peu plus de modération et de prudence dans cette longue et laborieuse démonstration.
Martel poursuit sa démonstration, les accusations et les mots pleuvent : « omerta », « aveuglement idéologique », « sectarisme ». Des accusations graves portées à l’encontre de Denis Olivennes, même si Frédéric Martel a l’honnêteté de reconnaître que dans son éditorial du 12 mai, Jacques Julliard écrivait : « Sous le titre Mainstream, Frédéric Martel a écrit un livre majeur, fondé sur une enquête approfondie au sujet de la culture de masse à travers le monde. Je m’apprêtais à en faire l’éloge quand j’ai trouvé dans Le Nouvel Obs de la semaine dernière une exécution sommaire du livre, d’une injustice évidente. J’invite nos lecteurs à en juger par eux-mêmes ». Ce qui aurait au moins mérité un peu plus de modération et de prudence dans cette longue et laborieuse démonstration.
La «jaunisse» de Frédéric Martel
Frédéric Martel rapporte également les propos de journalistes de l'Obs qui auraient réclamé la tenue d'un débat autour de son livre. Sans succès : « C'est Garcin pour les pages Culture et Armanet pour les pages Débats qui décident de leurs pages. S'ils n'ont pas fait le choix d'un débat sur ce livre, c'est que cela ne les intéressait pas. Toutes les semaines il se publie des essais et ils ne font pas tous l'objet de débats que je sache. Ce bouquin, ce n'est pas Tristes Tropiques tout de même! » rétorque Olivennes qui avoue n’avoir pas lu le livre.
Mais il en faut plus pour décourager le journaliste, par ailleurs, rédacteur en chef du site nonfiction.fr. Sa dernière salve est la plus lourde : « Et si le Nouvel Observateur devait en plus racheter Le Monde, je souhaite bien du courage à la rédaction du Monde qui perdrait peut être plus au change avec Olivennes, et sa prétendue défense de l’indépendance de la presse, que de basculer dans les groupes Free, Lagardère ou Prisa ».
Olivennes ne répondra pas vraiment aux inquiétudes de Martel sur l’indépendance du Monde sinon que « L'Obs n'est inféodé à personne sur quelque plan que ce soit », avant de conclure : « franchement, tout cela est ridicule. Toutes les semaines, des livres sont critiqués dans l'Obs. C'est la première fois qu'un auteur en fait une telle jaunisse. Une réponse en 26.000 signes ! L'équivalent de 7 pages de notre hebdo. Au secours ! » clame-t-il.
Mais il en faut plus pour décourager le journaliste, par ailleurs, rédacteur en chef du site nonfiction.fr. Sa dernière salve est la plus lourde : « Et si le Nouvel Observateur devait en plus racheter Le Monde, je souhaite bien du courage à la rédaction du Monde qui perdrait peut être plus au change avec Olivennes, et sa prétendue défense de l’indépendance de la presse, que de basculer dans les groupes Free, Lagardère ou Prisa ».
Olivennes ne répondra pas vraiment aux inquiétudes de Martel sur l’indépendance du Monde sinon que « L'Obs n'est inféodé à personne sur quelque plan que ce soit », avant de conclure : « franchement, tout cela est ridicule. Toutes les semaines, des livres sont critiqués dans l'Obs. C'est la première fois qu'un auteur en fait une telle jaunisse. Une réponse en 26.000 signes ! L'équivalent de 7 pages de notre hebdo. Au secours ! » clame-t-il.
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