Non, WikiLeaks n’est pas Wikipschitt !
Mercredi 1 Décembre 2010 à 05:01 | Lu 9070 fois I 34 commentaire(s)
Flore Vasseur - Blogueuse Associée
Vous en rêviez, WikiLeaks l'a fait… mais pas vraiment. En distribuant ses fameux câbles diplomatiques au compte goutte, le site espère faire le buzz et inciter les journaux à effectuer un véritable travail d'enquête sur ces révélations. L'objectif de WikiLeaks semble clair : éviter le scoop mort né. Mais à qui profite le crime? Flore Vasseur nous délivre les enjeux en cours dans sa chronique France Culture.
Depuis dimanche soir avec l’aide de cinq grands quotidiens internationaux (The Guardian, Der Spiegel, El Pais, Le Monde et le New York Times), le site organise la publication de plus de 251 000 câbles diplomatiques américains envoyés par ses ambassades et consulats entre 1966 et février 2010.
C’est le dernier coup de Julian Assange, placé sous mandat d’arrêt international pour viol, tiens tiens, depuis une semaine tout juste, alors que l’imminence de la publication de ces « fuites » avait elle même … fuitée. Les critiques n’ont pas manqué, surtout de la part des médias qui n’ont pas su - ou pas pu - participer au scoop. Révéler les dessous pas très chics de la diplomatie américaine, disent-elles, n’apporterait rien au schmilblick. Ce serait un WikiLeaks qui fait pschitt, bref, selon l’expression désormais consacrée, un wikipschitt !
Mais s’il n’y a rien dans les docs, c’est peut être tout simplement parce que l’on n’a encore rien vu ! Seul 250 documents, sur plus de 250 000 donc ont été publiés ! Il y a là, de la part de WikiLeaks un changement de stratégie certain. L’organisation avait l’habitude de balancer ses fuites en bloc (90 000 Afghans logs, 391 000 pour l’Irak, tous accessibles d’un coup) en espérant que les journalistes les dépiauteraient pour faire des papiers sublimes rétablissant la vérité devant l’éternel. Un mois après la publication des Iraq Log - la plus grosse fuite, paraît-il, de l’Histoire -, qui enquête encore sur le sujet ? A part Al Jazeera personne ne creuse. WikiLeaks donc a retenu la leçon : l’accord passé avec les rédactions partenaires s’inscrit dans la durée. Nous aurons donc la becquée quotidienne de « state logs », ces câbles diplomatiques. Le Monde lui n’en publierait que 1000 (18 pour lundi 29 et mardi 30). A la bonne heure !
Du coup, dans les chancelleries, ce serait l’affolement, le 11 septembre de la diplomatie. Un congressiste républicain, Peter King, a demandé à Hillary Clinton de considérer WikiLeaks comme une organisation terroriste. A quelques semaines de Noël, le site Amazon.com, qui hébergerait certains serveurs de l’organisation, a du apprécier. Car y a-t-il crime ? Outre les aspects people - assez lamentablement repris par la terre entière et nourrissant le flot de critiques contre WikiLeaks, « tabloïd du net » selon The Economist -, certaines révélations sont édifiantes : comme la colère de Khadafi qui, s’estimant mal reçu à New York, a juré de renvoyer de l’Uranium enrichi à la Russie. Comme les marchandages désespérés des Etats-Unis pour vider Guantanamo (genre, comme au Président slovène « tu me prends un détenu, je t’arrange une visite officielle avec le Président Obama »). Il y a aussi les liens entre Poutine et Berlusconi, les alliances impossibles au Moyen Orient des USA. Bizarrement, pour l’instant, ceux-ci paraissent parfois stupides, souvent dépassés, mais jamais malveillants. Alors s’il y a crime, à qui profite-t-il ?
C’est le dernier coup de Julian Assange, placé sous mandat d’arrêt international pour viol, tiens tiens, depuis une semaine tout juste, alors que l’imminence de la publication de ces « fuites » avait elle même … fuitée. Les critiques n’ont pas manqué, surtout de la part des médias qui n’ont pas su - ou pas pu - participer au scoop. Révéler les dessous pas très chics de la diplomatie américaine, disent-elles, n’apporterait rien au schmilblick. Ce serait un WikiLeaks qui fait pschitt, bref, selon l’expression désormais consacrée, un wikipschitt !
Mais s’il n’y a rien dans les docs, c’est peut être tout simplement parce que l’on n’a encore rien vu ! Seul 250 documents, sur plus de 250 000 donc ont été publiés ! Il y a là, de la part de WikiLeaks un changement de stratégie certain. L’organisation avait l’habitude de balancer ses fuites en bloc (90 000 Afghans logs, 391 000 pour l’Irak, tous accessibles d’un coup) en espérant que les journalistes les dépiauteraient pour faire des papiers sublimes rétablissant la vérité devant l’éternel. Un mois après la publication des Iraq Log - la plus grosse fuite, paraît-il, de l’Histoire -, qui enquête encore sur le sujet ? A part Al Jazeera personne ne creuse. WikiLeaks donc a retenu la leçon : l’accord passé avec les rédactions partenaires s’inscrit dans la durée. Nous aurons donc la becquée quotidienne de « state logs », ces câbles diplomatiques. Le Monde lui n’en publierait que 1000 (18 pour lundi 29 et mardi 30). A la bonne heure !
Du coup, dans les chancelleries, ce serait l’affolement, le 11 septembre de la diplomatie. Un congressiste républicain, Peter King, a demandé à Hillary Clinton de considérer WikiLeaks comme une organisation terroriste. A quelques semaines de Noël, le site Amazon.com, qui hébergerait certains serveurs de l’organisation, a du apprécier. Car y a-t-il crime ? Outre les aspects people - assez lamentablement repris par la terre entière et nourrissant le flot de critiques contre WikiLeaks, « tabloïd du net » selon The Economist -, certaines révélations sont édifiantes : comme la colère de Khadafi qui, s’estimant mal reçu à New York, a juré de renvoyer de l’Uranium enrichi à la Russie. Comme les marchandages désespérés des Etats-Unis pour vider Guantanamo (genre, comme au Président slovène « tu me prends un détenu, je t’arrange une visite officielle avec le Président Obama »). Il y a aussi les liens entre Poutine et Berlusconi, les alliances impossibles au Moyen Orient des USA. Bizarrement, pour l’instant, ceux-ci paraissent parfois stupides, souvent dépassés, mais jamais malveillants. Alors s’il y a crime, à qui profite-t-il ?
Dans cette affaire, au delà des fans, des perplexes ou des cyniques, ceux qui s’acoquinent avec WikiLeaks pour faire, au nom de la sacro sainte liberté d’expression, des « Unes » alléchantes, voire le feuilleton de l’automne, tout en minimisant la portée de l’organisation quelques jours plus tard, au delà donc, deux camps s’affrontent : les jaloux, les sceptiques, emmenés par The Economist donc, partisans du pétard mouillé. Et ceux du complot. Pourquoi Julian Assange qui dit se cacher tout en étant « traçable », n’a-t-il pas encore été arrêté ? Et s’il travaillait pour la CIA ? Après tout, seuls 7% de ces 250 000 documents sont classés secret (et aucun top secret). Ou pour le Mossad ? L’Iran ? La Chine alors ? Et si cela, disent-ils, servait à nous détourner de l’essentiel ? Qui manipule qui ? Quoi qu’il en soit, en 2001, pour foudroyer les USA, on n’a eu besoin de quelques cutters. En 2011, peut être ne faudra-t-il qu’une clé USB et de lignes de code.
Alors alors, au delà des lectures au 28eme degré… qu’en retirer aujourd‘hui ? Une lumière crue sur les relations internationales. L’affaiblissement américain sur le terrain et jusque dans ses entrailles, puisque la clé d’encryption de la CIA a été décodée. Un pavé dans la mare des rédactions qui, à force de limiter la casse, n’en finissent plus de ronronner. L’émergence de nouveaux acteurs, celui du journalisme augmenté, comme le site Owni.fr en France. Et puis, un débat de fond : à ce jeu là, la démocratie est-elle toujours gagnante ? Peut-on tout dire ? Doit-on tout savoir ? A l’heure du tout transparent, quel est le rôle du journaliste ? Son apport ? Sa responsabilité ?
Pour aller plus loin :
- Podcast de la matinale de France Culture du 30 novembre (127 minutes) : « Journalisme et démocratie : y-a-t-il une révolution WikiLeaks » , avec Cyril Lemieux, sociologue, Nicolas Kayser-Bril, en charge du pôle data-journalisme chez Owni Rémy Ourdan, correspondant de guerre au Monde et Pierre Beylau
- www.Owni.fr
Retrouvez tous les articles de Flore Vasseur sur son blog et sur France Culture
Alors alors, au delà des lectures au 28eme degré… qu’en retirer aujourd‘hui ? Une lumière crue sur les relations internationales. L’affaiblissement américain sur le terrain et jusque dans ses entrailles, puisque la clé d’encryption de la CIA a été décodée. Un pavé dans la mare des rédactions qui, à force de limiter la casse, n’en finissent plus de ronronner. L’émergence de nouveaux acteurs, celui du journalisme augmenté, comme le site Owni.fr en France. Et puis, un débat de fond : à ce jeu là, la démocratie est-elle toujours gagnante ? Peut-on tout dire ? Doit-on tout savoir ? A l’heure du tout transparent, quel est le rôle du journaliste ? Son apport ? Sa responsabilité ?
Pour aller plus loin :
- Podcast de la matinale de France Culture du 30 novembre (127 minutes) : « Journalisme et démocratie : y-a-t-il une révolution WikiLeaks » , avec Cyril Lemieux, sociologue, Nicolas Kayser-Bril, en charge du pôle data-journalisme chez Owni Rémy Ourdan, correspondant de guerre au Monde et Pierre Beylau
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