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No futur à gauche : Christian Paul répond

Mercredi 29 Septembre 2010 à 17:42 | Lu 11564 fois I 94 commentaire(s)

Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

Le déclin de la gauche occidental est-il irrémédiable ? C'est la question que pose le linguiste et philosophe italien Raffaele Simone dans "Le Monstre Doux". Partant de l'exemple Berlusconi, il attribue le recul et la décomposition des idéaux de gauche principalement à l'essor d'une "droite nouvelle", un système global de gouvernement, politique mais aussi médiatique, culturel et idéologique.


No futur à gauche : Christian Paul répond
Priorité à droite ! C’est le code de la route politique qu'aurait adopté le monde occidental, selon le linguiste et philosophe italien Raffaele Simone. Une droite nouvelle, un Monstre doux, incarné par Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy: un système global de gouvernement, politique mais aussi médiatique, culturel et idéologique. Soutenu, en plus, par les milieux financiers internationaux,  principalement anglo-saxons.

Le constat est cruel pour la gauche. Intégration européenne, unification allemande, immigration de masse, islamisme radical, catastrophe écologique et démographique, révolution numérique, mondialisation, réveil de la Chine et de l’Inde. Elle n’a rien vu venir, que du feu, « glissant dans un pragmatisme politique privé de principes, de valeurs, de motivations éthiques, dans ce désert culturel et moral qu’est la politique pure. Ses principes se sont faits au fur et à mesure de plus en plus light : génériques, accommodants, prêts à des compromis divers et n ‘excluant en rien d’autres propositions » écrit le philosophe.  

Un boulevard politique pour la droite qui finira par l’emporter sur tous les terrains, sondant les âmes, ralliant les cœurs et les esprits. Mondialisation, consommation, sécurité, loisirs, divertissement, « carnavalisation », autant de caractéristiques d’un égoïsme joyeux, puissant tropisme régressif qui habiterait nos contemporains. Moins conservatrice, sans idéologie, pragmatique, la droite s’est donc forgée ainsi, en Europe, une rente de situation politique.

Une gauche mortelle

Côté socialistes, le livre suscite la curiosité, même si la thèse d'une défaite « historique » de la gauche déstabilise quand même. S'il juge le livre « stimulant », Christian Paul, responsable socialiste du Laboratoire des idées souligne « que tout ce qui s’est passé depuis 2008 n’est pas dans le logiciel de Raffaele Simone. Il décrit une crise de la gauche européenne qui pourrait lui être mortelle. C’est l’idée-force du livre, la gauche aurait pu mourir mais je le trouve assez imprévoyant sur l’effondrement idéologique de la droite et ambigu sur les directions qu’il veut prendre. Si on considère que la crise de 2008, a des allures de crise de 1929, on ne peut pas l’enjamber et considérer qu’il y a une sorte de boulevard victorieux des droites européennes. Là, il manque un maillon important au raisonnement » analyse le député de la Nièvre.

Récemment interviewée par Le Monde Magazine, le chercheur estime, lui, que  « La crise économique, la spéculation financière, les plans de rigueur, les atteintes aux libertés et les collusions entre hommes politiques et milieux d'affaires – comme nous l'observons en France et en Italie – sont des épisodes vite oubliés d'un grand « reality show ».

Autre  critique du responsable de la boîte à idées du PS : « il y a un côté no future qui me paraît faire l’impasse sur ce qu’il passe à gauche, en France, en Grande Bretagne et en Allemagne. Il reproche à la gauche de nombreux retards à l’allumage. Mais, on ne sait pas toujours lui-même comment le situer. Sur la mondialisation par exemple, à gauche, il y a deux options, s’y adapter ou la réguler. Il demande à la gauche un effort d’adaptation considérable. Mais lequel ? ». En Grande-Bretagne, le nouveau chef des Travaillistes a déjà choisi son camp. Présenté comme plus à gauche que son frère, Ed Milliband, s'est empressé d'opérer un recentrage rapide sitôt la victoire acquise...

La droite victorieuse sur les valeurs

A bien des égards, Raffaele Simone retient ses coups lorsqu’il s’agit de la gauche française, lui reconnaissant une certaine « capacité d’intervention stratégique » pour autant, le dernier concept sorti du chapeau de Martine Aubry ne trouve guère grâce à ses yeux  : « depuis des années, beaucoup plus idéologique et fermée que la droite, elle n'a rien proposé de neuf et d'adapté à la modernité, elle s'est contentée de répéter des formules toutes faites – je pense par exemple au «  care » de Martine Aubry qui ressemble fort à l'assistanat des années 1970 –, tout en échouant à faire aboutir ses derniers grands projets… ».

Une critique qui fait bondir Christian Paul  : « c’est extraordinaire, je le trouve bourré de contradictions, parce que dans la même interview, il insiste sur le mot entraide, cela va au-delà du care qui est une façon, pour nous de refonder des politiques sociales. Il finit ultra-care, si j’ose dire ».

Mais l’essentiel est ailleurs. Métaphore d’un égoïsme joyeux, Le monstre doux symbolise surtout la victoire d’une droite sur le terrain des valeurs, quand bien même la gauche retrouverait ses électeurs dans les urnes: « il a raison, là on est en plein dans la bataille. La gauche avait un peu déserté le terrain des valeurs, y compris les principes républicains. Je crois que la gauche en a pris conscience. Personnellement, je plaide plutôt pour un réarmement idéologique, intellectuel et politique et je pense que pas mal de gens à gauche sont favorables à cette démarche ».  

Le pessimiste historique et culturel qui accable Raffaele Simone n’aurait donc pas lieu d’être. Certes, de nombreux signaux démontrent qu’au delà du simple confort personnel, la crise financière a fait émerger de nouvelles priorités, telles qu’une répartition plus équitable des revenus. Et la situation économique créée par la crise entraîne une délégitimation de la promesse capitaliste formulée par Nicolas Sarkozy « travailler plus pour gagner plus ».

Pour profiter de cette fenêtre de tir politique, reste à la gauche d’opposition à dépasser le stade protestataire, condamné à décevoir, pour s’attaquer à l’économisme ambiant, apporter une réponse consistante à la mondialisation, échafauder un projet de société alternatif crédible qui saura répondre à des demandes et des évolutions de société souvent contradictoires. Une tâche qui s’annonce…monstrueuse.








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