Nicolas Sarkozy ouvre son coeur à Dany BoonRégis Soubrouillard - Marianne | Vendredi 13 Novembre 2009 à 16:37 | Lu 28270 fois
Remettant la légion d'honneur à Dany Boon, le Président de la République a prononcé un long discours lors duquel il s'est régulièrement autorisé des sorties de notes sur l'amour, le couple, les honneurs, le succès, la religion, l'immigration, son rapport à la culture, les origines, révélant de nombreuses facettes de sa personnalité. Dont l'absence de sens du ridicule, de plus en plus évident...
« De quoi Sarkozy est-il le nom ? ». Alain Badiou, le philosophe d’extrême gauche en avait fait un succès de librairie livrant un examen impitoyable des tendances et des contradictions les plus fondamentales de la société que révélaient l’élection de « l’agité de Neuilly ».
En remettant la légion d’honneur à Dany Boon, c’est le président qui en onze minutes a dressé son propre auto-portrait, dans un discours, où il a laissé une bonne part à l’improvisation, s’autorisant autant de digressions pseudo- comiques que de réflexions sur les nombreux thèmes qui agitent les présidentiels méninges : « l’origine, les origines, l'immigration, l'identité - nationale ou pas - , l'amour, les femmes, le couple, la religion, le parcours accompli, la réussite, le succès, la popularité, les honneurs - ceux qui les méritent, ceux qui les reçoivent -, la « pensée dominante » les artistes, les « faux intellectuels », la France, « pays où tout est possible », tels que recensés par Guy Birenbaum sur Lepost.fr. Bienvenue chez les chti's, un truc...euh...inouï
Comme souvent, c’est lorsque qu’il sort de ses fiches, que Sarkozy laisse échapper les perles dont il a le secret. Certaines relèvent du lapsus. Evoquant Sangatte, le président lâche « il y a eu beaucoup de violences à Sangatte. Beaucoup de violences. J’y suis moi-même allé cinq fois ».
Quand Sarkozy revient à ses fiches. Le cœur n’y est pas, le ton, monocorde, non plus : « vous avez su faire la synthèse entre le bonjour des simples et le commerce des rusés. C’est pas d’moi, c’est d’René Char », comme pour mieux repousser toute forme d’intellectualisme. « Vous êtes fils d’un kabyle, marié à une catholique picarde. Ca commençait pas terrible (rires). Question rêve on part de loin » lâche le président en se marrant. Rien à voir en effet avec le ghetto Auteuil Neuilly Passy. « Votre vocation prend forme lors d’une visite d’école sur une scène théâtre. Vous avez écrit une lettre au propriétaire pour le persuader de vous engager comme balayeur, vous aviez une juste appréciation de vos qualités spontanées. Vous aviez compris qu’il fallait travailler , que ça n’allait pas de soi », remarque d’autant plus pertinente de la part d’un président de la République qui a tenté de placer son fiston à la tête d’un établissement public avant de reculer sous la pression populaire et médiatique. Le président reprend alors sa pesante et passablement ennuyeuse lecture, ponctuant chaque phrase par « Bon !». Le président insiste particulièrement sur les succès du comédien reconnu massivement par le public populaire, mais aussi par la profession…aux Etats-Unis « Vous avez même été aux Oscars, aux Golden globe. Et votre deuxième film Bienvenue chez les chti’s, c’est pas un succès, c’est un truc…euh inouï. Voilà, quoi. C’est une aventure extraordinaire, vous dépassez La grande vadrouille. Vous faîtes 20 millions d’entrées. Ce succès prouve la vitalité du cinéma français et sa capacité à s’exporter dans le monde entier, puisque Will Smith a acheté les droits de votre film et vous a demandé de le conseiller pour l’adapter ». L'amour fusion, la réussite
C’est là que l’autoportrait de Sarkozy commence véritablement : fascination pour les Etats-Unis et son industrie du spectacle, fixation sur les résultats chiffrés (comme lui pour les audiences lors de ses passages télés). Un parcours exceptionnel accompli sans « jamais vous départir d’une âme d’enfant. Généreux, enthousiaste ». Et une longue tirade sur Yaël, la femme de Dany Boon qui l’accompagne depuis 7 ans. « C’est pour elle que vous vous êtes converti au judaïsme ». Sarkozy sort alors de ses notes et se lance dans un éloge de l’amour fusion, l’engagement total : « Franchement, je trouve ça passionnant, la puissance de l’amour et de l’engagement total. Tomber amoureux de quelqu’un. Se convertir. Comprendre sa culture. Intégrer son chemin. Pas se comporter comme une représentation classique : l’homme plein de succès qui conduit et la femme derrière, qui suit. Moi, je trouve que c’est assez bouleversant. Faudra qu’on en parle, c’est un truc qui m’intéresse ».
Dans une dernière sortie de notes improvisée, Sarkozy révèle tout le mépris dans lequel il tient le monde de la culture. L’argumentaire frise alors l’enfantillage : « Et pis moi, je suis pas obligé de décorer que des gens que je connais pas, que des gens que j’apprécie pas, que des gens qui ont dit du mal de moi. Je vais faire un truc étrange, je vais décorer quelqu’un avec qui on s’est toujours bien entendu ». A la fin, la voix se fait plus douce, le ton paternaliste : « vous formez une véritable maison du bonheur et puis vous savez géré la réussite. Quand vous avez eu des revers, vous avez conservé votre ligne, vous avez travaillé encore plus. Quand vous avez connu des succès, ça vous a pas fait changer d’un centimètre. Et au fond j’aimerais que vous puissiez contribuer à réconcilier les Français et la réussite. La réussite, c’est pas forcément mal dans notre pays ». Nicolas Boon, Dany Sarkozy : une seule et même France.
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