Marianne2 2012

Nicolas Sarkozy cède-t-il à la doctrine ultralibérale du Financial Times ?

Jeudi 21 Octobre 2010 à 15:00 | Lu 19268 fois I 97 commentaire(s)

SuperNo - Blogueur associé

Ultralibérale, très idéologique, le Financial Times représente pour SuperNo la grande dérive de l'économie et des marchés financiers. Et quand le FT se penche sur le cas de la France et du régime des retraites, il craint que Nicolas Sarkozy fasse allégeance à l'ennemi.


Le Financial Times ordonne à Sarkozy de tenir bon… en conséquence, Sarkozy ordonne de libérer les dépôts de carburant…

Le Financial Times, FT pour les intimes, est une gazette britannique qui est devenue la bible des financiers et des ultralibéraux de tout poil. Ce torchon semble vivre dans un monde parallèle, qui ne connaîtrait pas de limites physiques, et qui ne s’intéresserait qu’à une seule chose : les bénéfices des entreprises multinationales. C’est grâce au travail de FT et de ses semblables que nous avons des cours de bourse incrustés en permanence sur nos écran de télé et que de moins en moins de gens trouvent cela anormal. C’est bien simple, tout le reste ne présente pas le moindre petit début d’importance. Un milliard d’humains qui crèvent de faim, ça les intéresse moins qu’un milliard d’euros de bénef pour une société agro-alimentaire. A la rigueur, ils s’intéresseront aux crèves-la-faim le jour où un communicant de la firme agro-alimentaire déclarera s’intéresser à eux en tant que futurs acheteurs potentiels et donc susceptibles de faire gonfler leurs bénéfices.

Le numéro du jour du FT signale justement avec satisfaction le doublement des bénéfices de Yahoo grâce à la pub, et s’extasie devant l’extraordinaire massacre néo-thatchérien (à cet égard, Le Blog de SuperNo souhaite un prompt rétablissement à cette bienfaitrice de l’humanité) perpétré par le sinistre David Cameron, et qui consiste notamment à supprimer 500 000 postes de fonctionnaire pour résorber un déficit budgétaire dont la cause est essentiellement la baisse des recettes, en raison de la crise et de la baisse perpétuelle des impôts. Air connu. Le dogme libéral est immuable et universel.

Si le Financial Times s’intéresse à un sujet en apparence aussi peu anglo-saxon que la protestation contre la casse des retraites en France, c’est évidemment pour des raisons idéologiques, et parce que pour ces gens-là, il est incompréhensible et intolérable qu’on puisse refuser de rentrer dans le moule. Surtout que c’est la mission qu’ils avaient confiée à Sarkozy : mater les contestataires et faire rentrer la France dans le moule.

Je ne sais pas vous, mais la lecture de ces saloperies me met dans une colère indescriptible (voir à la fin de cet article, la traduction de l'article du Financial Times). La France n’a donc plus aucune autonomie, chapeautée par la libéraliste Commission Européenne, elle-même prenant ses ordres auprès des « marchés ».

Quelle morgue, quelle arrogance, quelle honte ! Ces enculés ont failli couler la planète, ils étaient quasiment prêts au suicide après la faillite de Lehman Brothers, ils nous ont volé des centaines de milliards pour boucher les gouffres qu’ils ont creusés avec leurs délires, ils ont plongé le monde dans une crise économique sans précédent depuis 1929 (dont leurs ancêtres étaient déjà à l’origine) avec chômage et misère pour des salariés du monde entier, et tout juste deux ans après, ils sont à nouveau là, plus arrogants et insolents que jamais, à nous ordonner de « réformer » notre pays pour qu’il ressemble à leurs fantasmes ultralibéraux, un pays sans fonctionnaires avec des néo-esclaves qui bosseraient sans relâche et sans réglementation dans le seul but d’augmenter perpétuellement les dividendes des actionnaires. Tout simplement ahurissant et impensable !

C’est simple, ces gens-là n’imaginent même pas une seconde que les retraites soient payées par autre chose que la sueur du travailleur. Une secte. Prendre dans leurs énormes poches ? Vous n’y pensez tout de même pas ! Même pas en rêve ! Ils oublient juste que ces milliards qui tapissent leurs poches en abondance ont été préalablement volés dans celles, bien plus petites mais considérablement plus nombreuses, des travailleurs du monde entier. Qui peuvent légitimement aspirer à quelques années de retraite avant de crever.

Mais c’est pas gagné : vous pensez que la retraite à 62 ans est inadmissible ? Mais ce n’est qu’un début ! C’est in-con-tour-na-ble, There Is No Alternative®. Il y aura d’autres « réformes », et vous devrez encore travailler plus longtemps pour permettre aux dividendes de monter perpétuellement.
Aussi débile et scandaleux que soit ce raisonnement, ils ont réussi à l’imposer au monde entier ou presque. La France est déjà largement contaminée, mais encore en retrait par rapport aux meilleurs pires élèves.

On a donc une nouvelle preuve que Sarkozy leur a fait allégeance. Cela n’étonnera personne ici. FT souligne avec satisfaction ce que nous constatons avec effarement ; Sarkozy est le plus grand détricoteur des acquis sociaux historiques qu’on ait vu en France. Mais ils craignent désormais qu’il ne soit pas en mesure de tenir son serment vis à vis des marchés. Pas de quartier pour les traîtres au marché, ils devront être éliminés, et remplacés par des types plus sûrs et plus loyaux.
Par exemple quelqu’un qui aurait fait ses preuves dans ce prototype de temple de l’ultralibéralisme qu’est le FMI…

Nicolas Sarkozy cède-t-il à la doctrine ultralibérale du Financial Times ?
Voici la traduction intégrale d’un article paru samedi dernier (et dont voici le lien pour les puristes, il faut s’enregistrer pour y accéder. Les remarques entre crochets sont évidemment les miennes, et c’est également moi qui ai souligné en gras certains passages édifiants)

L’épreuve des retraites pour Sarkozy (publié le 17 octobre 2010 à 19h33)

Nicolas Sarkozy affronte la plus grande épreuve de sa présidence alors que sa proposition [“son diktat” serait plus conforme à la réalité quoique moins fidèle au texte d’origine] de réforme du régime surendetté des retraites par répartition arrive dans sa phase finale cette semaine.

Bien que sa popularité atteigne des records à la baisse, il ne doit pas laisser la réforme échouer à cause des manifestations.

Les syndicats ont promis une bataille d’arrière-garde après le vote du sénat mercredi qui relèvera l’âge minimum de départ à la retraite de 60 à 62 ans, et le seuil sans décote de 65 à 67 ans. Il y a eu jusqu’à 3 millions de personnes dans les rues durant ce week-end, et une autre grève nationale est prévue mardi. 6 semaines de manifestations ont fait surgir le spectre d’une pénurie de carburant alors que les raffineries et les ports sont bloqués. Le plus petit incident risque d’enflammer le pays.

Mais M. Sarkozy ne devrait pas renoncer. Des réformes sont nécessaires, non seulement pour sauvegarder le système de retraites, qui sera déficitaire de 103 milliards d’euros en 2050, mais aussi pour sauver la propre présidence de M. Sarkozy et son affirmation que la France est prête pour les réformes.
Sa décision de relever le sacro-saint âge de départ à la retraite - 3 ans plus tôt que la moyenne de l’OCDE - était courageuse [ce sont surtout ceux qui vont devoir travailler 2 ans de plus pour préserver les dividendes qui devront faire preuve de courage, mais on ne va pas s’arrêter à ce genre de détail…]. Pour la première fois depuis la semaine de 40 heures et les congés payés introduits en 1936, un gouvernement français avait demandé à ses citoyens de travailler plus, et non moins. C’est également l’outil le plus efficace qu’il ait pu choisir pour rétablir le financement des retraites. Mais ce n’est encore qu’un changement modeste. Deux ans après avoir atteint l’équilibre en 2018, le système de retraites va retomber dans les déficits. Une autre réforme est inéluctable.

M.Sarkozy a déjà fait quelques concessions limitées aux manifestants. Elles n’ont pas compromis l’efficacité de la réforme, mais aller plus loin réduirait à néant cet effort déjà modeste et renforcerait la résistance au changement. Pire, de nouvelles exemptions compliqueraient les restructurations futures.
M. Sarkozy, qui devra se faire réélire en 2012, ne peut pas ignorer la profondeur de la colère qui gronde dans les rues. Le sentiment d’injustice est fort, pas seulement parce que la retraite à taux plein dépend d’une durée plutôt longue de 40.5 années de cotisations, mais parce que la réforme a été précipitée et les négociations limitées.

Le président,souvent critiqué pour son opportunisme politique et son approche autocratique [y’a des mauvaises langues, hein…] devrait inviter les syndicats à discuter d’une réforme plus profonde pour l’après 2018. Mais rester ferme maintenant est crucial pour les retraités français (et surtout pour le gouvernement) et pour sa propre réputation politique (ça c’est moins grave, elle est déjà faite).

L’homme qui est arrivé au pouvoir en promettant de moderniser [jargon libéral pour “saccager”] la France ne pourra pas convaincre les électeurs qu’on peut lui faire confiance [ouarf ! qui peut encore lui faire confiance ?] s’il n’assure à peine plus qu’une réforme illusoire, et en conséquence, simplement remettre à plus tard les décisions douloureuses.

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