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New Fabris: c'est beau une usine qui menace d'exploser!

Mercredi 15 Juillet 2009 à 07:01 | Lu 6954 fois I 29 commentaire(s)

Gérald Andrieu
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur

C’est beau la désespérance ouvrière, ça passe bien à l’image. Surtout quand les employés menacent de faire sauter leur usine…


«Les ouvriers s’en prennent désormais à leur outil de travail et ça, ce n’est absolument pas dans la culture ouvrière, ce n’est absolument pas dans la culture du travail à la française. L’outil de travail, c’était sacré. Imagine-t-on les mineurs à la fin du XIXe siècle noyer les puits de mines parce qu’ils ne sont pas contents des conditions de travail qui leur sont faites ? C’était inimaginable. Il y a une distance qui se fait vis-à-vis de l’outil de travail chez les ouvriers. » Heureux Christophe Barbier qui, dans son édito vidéo du 13 juillet, croit pouvoir tirer des conclusions définitives du conflit social qui agite l’usine New Fabris, sous-traitant de Renault et PSA basé à Châtellerault et dont les salariés menacent de faire sauter les lieux.


D’une part, on pourra lui opposer que c’est, justement, parce que les ouvriers ont pleinement conscience que seul l’outil de travail est désormais sacré (et non plus la vie humaine) qu’ils peuvent agiter pareille menace. D’autre part, on pourra ajouter que de la menace au passage à l’acte, il y a un fossé que les ouvriers français ne franchissent pas. Dans le cas du sous-traitant New Fabris, il est difficile, il est vrai, de se rendre compte de ce fossé : des dizaines et des dizaines d’articles relaient le fameux ultimatum en forme de bonbonnes de gaz, mais une poignée seulement nous expliquent qu’il y a peu de chances que le tout s’embrase.

Dans Le Parisien, une phrase et une seule, qui se veut tout de même assez anxiogène, nous met sur la voie : « Les services de la préfecture ont beau affirmer que le “risque d’explosion est écarté”, les bouteilles de gaz disposées au-dessus de la centrale électrique de l’usine étant “vides”, la tension monte un peu plus chaque jour. » Du côté de Libération, on se fait plus précis. Son envoyé spécial est allé voir de lui-même : « En fait, [les bouteilles de gaz] sont situées à l’extérieur de l’usine. Elles ne sont pas du tout à l’intérieur de l’usine, du moins celles que j’ai vues. Elles sont à l’extérieur. Ils jouent d’ailleurs aux boules à côté. Et puis elles sont reliées à un fil qui est relié à pas grand-chose, pour ne pas dire rien du tout même ! Non, je n’ai pas vu de détonateurs. Je n’ai pas l’impression qu’on en soit à ce niveau de préparation, c’est même un euphénisme ! Je pense qu’on est quand même là beaucoup dans l’image ! »

L’image, c’est peut-être ça qu’aurait pu retenir Christophe Barbier pour son édito. Cette image que recherchent les ouvriers car ils savent bien que la seule chance qu’ils ont d’être écoutés, c’est de transformer leur lutte en un spectacle parfaitement calibré pour le 20 heures. Et pour cause : avec Nicolas Sarkozy, des exemples, ils en ont à la pelle. Quand le chef de l’Etat s’est-il par exemple décidé à se soucier du sort des Caterpillar ? Immédiatement après que quatre de ses dirigeants aient été séquestrés ! Et puis il aurait pu continuer à disserter sur cette image de désespérance ouvrière qui plaît tant aux médias : ça fait vendre du papier et du temps de cerveau disponible. Si en plus de ça, dans le cas du patron de L’Express, ça peut permettre de faire passer un petit message idéologique sur le thème : oui, il y a des patrons-voyous dont on nous rebat les oreilles mais voyez un peu ces ouvriers qui flirtent avec le « gangstérisme » !

Le plus drôle (?), c’est que les journalistes qui relaient ces fameuses menaces contre l’outil de travail sont le plus souvent au courant qu’il n’y aura pas de passage à l’acte. Septembre 2008 : les ouvriers de la fonderie de l’Authion près d’Angers disent vouloir faire sauter une partie de leur production.  Un coup de téléphone à un responsable syndical et cinq minutes plus tard, on sait ce qu’il en est : « Ça reste entre nous mais il n’y a pas de dispositif de mis à feu… » Mais, c’est certain, il est plus facile de comparer les méthodes des ouvriers de New Fabris à du « gangstérisme » que d’être un éditorialiste qui use de méthodes de journaliste…









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