Net: l'argent de l'état sème la zizanie
Jeudi 31 Décembre 2009 à 07:01 | Lu 18191 fois I 86 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur
Sur son site, Le Monde révèle le montant des subventions qui devraient être attribués aux pure-players. Rue89 devrait toucher 249.000 euros et Mediapart 200.000 euros, Arrêt sur Images a d'ores et déjà fait savoir qu'il ne demandait aucune aide. Des démarches différentes et Sarkozy qui profite de la précarité financière d'un secteur trop fragile pour lui refuser ses avances...
Les pure-players confrontés à la douloureuse question des subventions
Noël est passé. Mais sous le sapin, cette année, l’Etat avait réservé à la presse un cadeau bonus. En 2008, les subventions représentaient un total de 282 millions d’euros. Désormais, l’Etat va également aider la presse en ligne à hauteur de 60 millions sur trois ans.
Il y a une semaine s’est tenue la première réunion chargée de répartir les 20 premiers millions. Aujourd’hui, Le Monde révélait que Rue89 toucherait 249 000 euros, Mediapart 200 000 euros et Slate.fr 199 000 euros. Des sommes dévoilées dans un souci de transparence par Maurice Botbol, le président du SPIIL (le Syndicat de la Presse Indépendante d’Information en Ligne), fondateur d'Indigo Publications. La presse traditionnelle a, en effet, toujours fait preuve d'une remarquable discrétion sur ces questions. D'ailleurs Lemonde.fr ne dit pas un mot sur le montant des aides accordées aux sites des journaux ou à certaines filiales de groupes de presse. Ainsi du Post, par exemple.
La majorité des subventions ira aux sites de la presse traditionnelle (NDLR : Marianne et Marianne2.fr ne reçoivent aucune aide de l’état). Dès Novembre, Arrêt sur Images, le site de Daniel Schneidermann faisait savoir qu’il refuserait toute aide de l’Etat. Dans une longue chronique, il expliquait alors que sa décision n’avait rien à voir avec Nicolas Sarkozy : « Nous ferions la même réponse sous un président DSK, une présidente Duflot, un président Bayrou, un président Tartempion ». Le fondateur d’ASI faisait valoir trois arguments :
- « nous ne voyons pas très bien pourquoi le contribuable nous aiderait ».
- « si nous, sites de presse, remplissons une mission de service public (estimons-nous), celle d'informer, nous ne sommes clairement pas dans le cadre juridique du service public ».
- « Enfin, évidemment, je n'oublie pas la première raison avancée par les quelques uns d'entre vous qui nous poussaient à refuser : la crainte pour notre liberté de ton ».
Il y a une semaine s’est tenue la première réunion chargée de répartir les 20 premiers millions. Aujourd’hui, Le Monde révélait que Rue89 toucherait 249 000 euros, Mediapart 200 000 euros et Slate.fr 199 000 euros. Des sommes dévoilées dans un souci de transparence par Maurice Botbol, le président du SPIIL (le Syndicat de la Presse Indépendante d’Information en Ligne), fondateur d'Indigo Publications. La presse traditionnelle a, en effet, toujours fait preuve d'une remarquable discrétion sur ces questions. D'ailleurs Lemonde.fr ne dit pas un mot sur le montant des aides accordées aux sites des journaux ou à certaines filiales de groupes de presse. Ainsi du Post, par exemple.
La majorité des subventions ira aux sites de la presse traditionnelle (NDLR : Marianne et Marianne2.fr ne reçoivent aucune aide de l’état). Dès Novembre, Arrêt sur Images, le site de Daniel Schneidermann faisait savoir qu’il refuserait toute aide de l’Etat. Dans une longue chronique, il expliquait alors que sa décision n’avait rien à voir avec Nicolas Sarkozy : « Nous ferions la même réponse sous un président DSK, une présidente Duflot, un président Bayrou, un président Tartempion ». Le fondateur d’ASI faisait valoir trois arguments :
- « nous ne voyons pas très bien pourquoi le contribuable nous aiderait ».
- « si nous, sites de presse, remplissons une mission de service public (estimons-nous), celle d'informer, nous ne sommes clairement pas dans le cadre juridique du service public ».
- « Enfin, évidemment, je n'oublie pas la première raison avancée par les quelques uns d'entre vous qui nous poussaient à refuser : la crainte pour notre liberté de ton ».
Mediapart et @si, deux conceptions de l'indépendance
A ces arguments, Schneidermann ajoute des motivations « plus profondes ». Moins rationnelles. Instinctives. Une forme de romantisme de la précarité propre à cette nouvelle aventure techno journalistique que viendrait abîmer tout rapport d’argent avec l’Etat.
Interrogé par Marianne2, Edwy Plenel, le fondateur de Mediapart explique que le sujet a été débattu dans le cadre du SPIIL. Un débat auquel a pris part Daniel Schneidermann : « je comprends tout à fait ces arguments. Mais depuis sa création, Daniel Schneidermann est aussi solidaire de la démarche du SPIIL qui consiste à exiger l’égalité de traitement entre les éditeurs de presse traditionnelle et les éditeurs de presse en ligne. Dans ce cadre Arrêt sur images serait reconnu comme un site relevant de la presse générale et bénéficierait par exemple, de la TVA à 2,1% qui est une aide indirecte de l’Etat ».
Une façon comme une autre de dire qu'en refusant ces subventions, @SI n'est pas pour autant assuré de s'éviter tout « rapport d’argent avec l’Etat ».
Interrogé par Marianne2, Edwy Plenel, le fondateur de Mediapart explique que le sujet a été débattu dans le cadre du SPIIL. Un débat auquel a pris part Daniel Schneidermann : « je comprends tout à fait ces arguments. Mais depuis sa création, Daniel Schneidermann est aussi solidaire de la démarche du SPIIL qui consiste à exiger l’égalité de traitement entre les éditeurs de presse traditionnelle et les éditeurs de presse en ligne. Dans ce cadre Arrêt sur images serait reconnu comme un site relevant de la presse générale et bénéficierait par exemple, de la TVA à 2,1% qui est une aide indirecte de l’Etat ».
Une façon comme une autre de dire qu'en refusant ces subventions, @SI n'est pas pour autant assuré de s'éviter tout « rapport d’argent avec l’Etat ».
Sarkozy joue de la précarité financière des sites
Edwy Plenel ne croit pas plus au muselage de la presse en ligne, ni au risque d'y laisser une part de son indépendance ou de sa liberté de ton : « évidemment mon idéal serait de ne pas toucher un seul centime de l’Etat. Mais nous ne sommes pas masochistes non plus. Il s’invente une presse nouvelle qui a prouvé qu’elle n’avait pas de fil à la patte. Comme pour la presse traditionnelle, l’Etat garantit le pluralisme de la presse par le versement de ces subventions. Nous réclamons simplement une égalité de traitement ».
Edwy Plenel assure d'ailleurs que les demandes de subventions de Médiapart concernent essentiellement le développement technologique du site : « nous ferons preuve d’une totale transparence sur l’utilisation de ces aides dès que le montant des sommes attribuées sera notifié officiellement ». Un avis qui ne fait pas l'unanimité.
Ancien directeur de 20 minutes et contributeur à slate.fr, Frédéric Filloux estime que Sarkozy a acheté la presse : « Nicolas Sarkozy consacre une idée simple, fondée sur le principe que les médias qui ne sont pas déjà dans des mains amies (Lagardère, Dassault, Bolloré) ne sont de toute façon pas indépendants en raison de leur précarité financière. De la même façon, le chef de l'Etat se sent autorisé à traiter avec hauteur des titres qui ont fait de l'anti-sarkozysme l'essentiel de leur projet éditorial tout en tendant leur sébile » écrivait-il en mai 2009. Un raisonnement facilement transposable aux éditeurs en ligne, même si le montant des aides n'est en rien comparable.
Le positionnement de Rue89 dit bien l'embarras d'un secteur économique encore trop fragile pour refuser la laisse qu'on lui tend. Pour preuve les arguments donnés par Pascal Riché sur Twitter. Le co-fondateur de rue89.com explique que : « la position de Rue89 n'a pas changé: nous ne les réclamons pas, mais nous les acceptons ». Le jésuitisme on-line a un bel avenir devant lui…
MàJ (31/12): Rue89 précise sa position sur son site « Rue89 avait fait savoir lors de l'ouverture de ce débat l'an dernier que nous n'étions pas demandeurs d'aide publique, et que dans un monde idéal, celles-ci ne devraient pas exister. Nous étions d'abord demandeurs d'équité, étant entendu que les aides attribuées aux sites des médias traditionnels constituaient des distorsions de concurrence dans ce nouveau secteur de l'information en ligne. »
Edwy Plenel assure d'ailleurs que les demandes de subventions de Médiapart concernent essentiellement le développement technologique du site : « nous ferons preuve d’une totale transparence sur l’utilisation de ces aides dès que le montant des sommes attribuées sera notifié officiellement ». Un avis qui ne fait pas l'unanimité.
Ancien directeur de 20 minutes et contributeur à slate.fr, Frédéric Filloux estime que Sarkozy a acheté la presse : « Nicolas Sarkozy consacre une idée simple, fondée sur le principe que les médias qui ne sont pas déjà dans des mains amies (Lagardère, Dassault, Bolloré) ne sont de toute façon pas indépendants en raison de leur précarité financière. De la même façon, le chef de l'Etat se sent autorisé à traiter avec hauteur des titres qui ont fait de l'anti-sarkozysme l'essentiel de leur projet éditorial tout en tendant leur sébile » écrivait-il en mai 2009. Un raisonnement facilement transposable aux éditeurs en ligne, même si le montant des aides n'est en rien comparable.
Le positionnement de Rue89 dit bien l'embarras d'un secteur économique encore trop fragile pour refuser la laisse qu'on lui tend. Pour preuve les arguments donnés par Pascal Riché sur Twitter. Le co-fondateur de rue89.com explique que : « la position de Rue89 n'a pas changé: nous ne les réclamons pas, mais nous les acceptons ». Le jésuitisme on-line a un bel avenir devant lui…
MàJ (31/12): Rue89 précise sa position sur son site « Rue89 avait fait savoir lors de l'ouverture de ce débat l'an dernier que nous n'étions pas demandeurs d'aide publique, et que dans un monde idéal, celles-ci ne devraient pas exister. Nous étions d'abord demandeurs d'équité, étant entendu que les aides attribuées aux sites des médias traditionnels constituaient des distorsions de concurrence dans ce nouveau secteur de l'information en ligne. »
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