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«Ne soyons pas des altermondialistes benêts»

Aurélien Bernier - M'PEP | Mardi 11 Août 2009 à 07:01 | Lu 5354 fois

«Comment les politiques prennent en compte l'écologie». Ce débat a été organisé le 7 août à Notre-Dame des Landes, dans le cadre de la «Semaine de résistance». Il a rassemblé 500 personnes. Aurélien Bernier, du M'PEP, était un des intervenants. Pour lui, il est urgent de remettre les choses au clair: contrairement à ce que certains prétendent, capitalisme et écologie sont absolument incompatibles.



Dans son avant-dernier livre, Comment les riches détruisent la planète, Hervé Kempf s'en prend à juste titre aux écologistes benêts. Qu'ils soient militants associatifs ou politiques, les écologistes benêts sont ceux qui ne voient le monde qu'à travers la crise écologique en oubliant la crise sociale. Ceux qui défendent une écologie qui ne serait « ni de droite ni de gauche ». Ceux qui prétendent sauver les écosystèmes sans mettre fin au capitalisme

Depuis la parution de ce livre en 2007, les écologistes benêts n'ont pas disparu, bien au contraire. Les choses se sont même aggravées. A présent, certains vont jusqu'à assumer sans le moindre complexe un capitalisme vert qui nous promet des éoliennes et des centrales photovoltaïques par milliers, mais sans la moindre remise en cause de l'ordre économique mondial, qui tente même d'y puiser une seconde jeunesse.

Face à cette offensive extrêmement dangereuse, nous ne devons pas être nous aussi des militants politiques ou des altermondialistes benêts. Pour cela, il faut bien-sûr promouvoir une écologie clairement anti-libérale, mais surtout, il faut aller au fond des choses. Ce qui n'est actuellement pas le cas. Nous avons travaillé pour imaginer le monde idéal que nous aimerions construire. Mais le mouvement altermondialiste ne dit jamais comment sortir concrètement et rapidement du néolibéralisme. Pour illustrer cette forme d'autocensure, prenons trois exemples

Premièrement, l'Organisation mondiale du commerce. Dix ans après le contre-sommet de Seattle, le mouvement altermondialiste n'a toujours pas de discours clair au sujet de cette institution. Nous entendons parler de réformer l'OMC, de limiter ses pouvoirs. Nous entendons dire qu'il faut « sortir l'agriculture des compétences de l'OMC ». Mais que faut il comprendre ? Qu'il faut y laisser les services et l'industrie ? Qu'il faut laisser l'OMC empêcher toute mesure ambitieuse de protection de l'environnement au nom de la libre-concurrence ? Soyons clairs. L'OMC est un rassemblement de fanatiques ultra-libéraux. Elle n'est pas réformable, et il faut tout simplement en sortir

Deuxième exemple : le protectionnisme. Depuis des années, nous observons et dénonçons les ravages que produit la mondialisation néolibérale sur le plan social et sur le terrain de l'écologie. Le libre-échange, qui met en concurrence les pays à bas coûts de main d'œuvre et les pays développés et qui produit de façon inévitable un alignement vers le pire, est le véritable cœur de cette mondialisation néolibérale. Il faut donc en finir, et le seul moyen d'y parvenir rapidement est d'instaurer un protectionnisme écologique et social sur des bases universalistes. Taxer aux frontières les productions qui polluent et qui ne respectent pas un certain nombre de critères sociaux ne signifie pas se replier sur notre petit territoire national, mais vise au contraire à jeter les bases d'un commerce réellement équitable à l'échelle de la planète

Enfin, le dernier exemple constitue le principal tabou des mouvements sociaux, et il s'agit bien évidemment de la question européenne. Si un gouvernement de gauche - la vraie gauche anti-libérale, cela va de soi - arrivait au pouvoir en France, la quasi-totalité de ses propositions se heurterait aux traités, aux directives et aux règlements européens. Nous le savons tous. Interdire les OGM, développer les services publics, mettre en place une fiscalité de justice sociale...Tout cela est interdit par le droit communautaire. Nous savons pertinemment qu'une fois au pouvoir, nous devrions pratiquer la désobéissance européenne et construire du droit national qui, parce qu'il serait socialement juste et soucieux de l'écologie, serait contraire au droit européen. Nous le savons tous, mais seul le M'PEP ose le dire et le revendiquer . Pourquoi ? Ce silence est incompréhensible, alors même que l'abstention atteint des sommet, que l'altermondialisme s'essouffle et que le fatalisme n'a jamais été aussi présent.

L'enjeu de cette clarification, qui concerne tous les militants de la gauche et de l'écologie politique, est énorme. Nous ne pouvons plus l'éviter, sauf à nous contenter de luttes de résistance (contre un projet d'aéroport, contre une fermeture d'hôpital, contre une parcelle d'OGM...) sans jamais passer à la contre-offensive. Or, nous devons reprendre la main. C'est en étant cohérents et crédibles que nous redonnerons aux citoyens l'espoir de changer le cours des choses et, qu'au final, nous gagnerons.

Aurélien Bernier est secrétaire national du Mouvement politique d'éducation populaire ( M'PEP - www.m-pep.org ), auteur du livre Le climat, otage de la finance, 2008, Mille-et-une-Nuits

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