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Ne cherchez plus l'opposition à Sarkozy, elle est à l'Élysée !

Philippe Cohen | Mercredi 12 Décembre 2007 à 00:10 | Lu 22908 fois

L'affaire Kadhafi le confirme : les couacs de la majorité et du gouvernement coupent l'herbe sous les pieds de l'opposition. La méthode Sarkozy est avant tout théâtrale.



Il se passe toujours quelque chose à l'Elysée. Cette semaine, la venue du chef d’Etat libyen Kadhafi a été accompagnée d’une spectaculaire sortie du bois de l’aile « droit-de-l’hommiste » du gouvernement. Ce fut d’abord, avant même que le chapiteau de Kadhafi ait été planté devant le théâtre Marigny, une interview-choc de la secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme au Parisien , confirmée ensuite sur France Info. Une interview aux formules ciselées : «La France n’est pas un paillasson sur lequel un dirigeant terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaitures.»
Quelques heures plus tard, répondant aux questions de Nicolas Demorand sur France Inter, son ministre de tutelle disait « envier » sa liberté de ton tout en qualifiant « d’heureux hasard » le fait que son agenda ne lui permette pas d’assister au dîner organisé lundi 10 décembre en l’honneur du président libyen. Puis, la secrétaire d’Etat a été « convoquée » à l’Elysée pour un remontage de bretelles dont elle n’est pas ressortie exagérément traumatisée, Rama Yade expliquant son coup d’éclat non par un désaccord de fond, mais par le fait que Mouammar Kadhafi a été reçu lors de la Journée internationale des Droits de l’Homme. Un simple quiproquo en somme. L'incident aurait été clos par un commentaire du Président, qui « lui garde sa confiance » et confirme qu’elle est bien dans son rôle lorsqu'elle invoque les Droits de l’Homme. Fin de l'épisode et tapis rouge pour le Colonel K.

Gouvernement de spectacle
Cette nouvelle polémique a-t-elle été savamment orchestrée pour corriger l’image d’un Président complaisant avec tous les chefs d’Etat de pays peu réputés pour leur souci de la démocratie, la visite de Kadhafi succédant aux gracieusetés présidentielles envers les dirigeants chinois, algérien et russe ? Ou bien le Président a-t-il été vraiment froissé de découvrir l’interview de la secrétaire d’Etat, comme son entourage le laisse entendre ? Peu importe au fond. L’essentiel dans la République sarkozienne est de maintenir un spectacle dans lequel le débat politique fait rage et la critique est, peu à peu, entièrement rapatriée au sein du gouvernement.
Les communicants de l'Elysée ont dû parcourir avec plaisir les coupures de presse de ce début de semaine. A Paris comme en Province, le «courage» de Rama Yade est unanimement saluée, certains, comme le Parisien faisant même vivre le faux suspense de sa démission.
En regard des cris d’orfraie émis par Rama Yade, les déclarations de Pierre Moscovici ou de François Hollande, tenus par leur esprit de responsabilté, apparaissent comme bien fades. Et c’est au fond la seule chose qui compte dans notre société du spectacle : les articles rendant compte des protestations des opposants officiels ont été rélégués en bas de page. Un non-évènement.

Droitdel'hommistes contre gaullistes

Ce pas de deux est loin d’être le premier depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. On se souvient de la polémique sur l’ADN, qui avait opposé la même aile « droit-de-l’hommiste » de la majorité - Rama Yade et Bernard Kouchner déjà, Fadela Amara, Martin Hirsch - à Brice Hortefeux qui était censé incarner la vox populi supposée attachée à la fermeté en matière d’immigration. Plus près de nous, la sortie du Premier ministre François Fillon déclarant tout à trac que « la France était en faillite », lui avait également valu un « rappel à l’ordre ». Entre-temps, les membres les plus libéraux de la majorité avaient été rassérénés par l’alerte de pure orthodoxie budgétaire du Premier ministre.
Cette semaine encore, les interventions d’Henri Guaino sur l’euro et la politique monétaire de la Banque centrale européenne témoignent de ce que l’Etat-Sarkozy n’hésite pas à laisser s’exposer la diversité des points de vue sur la politique économique de la France.
Au fond, qu’il soit contrôlé après coup ou sciemment programmé, cet étalage inédit des divergences aboutit à la même mise en scène et au même impact auprès du public : le pouvoir montre que le débat, c’est-à-dire la «vraie vie», se situe en son sein. Il conduit ainsi les oppositions à une marginalisation progressive dont les médias se font de plus en plus les instruments conscients ou inconscients.
Nous assistons ainsi à un étouffement progressif de la démocratie traditionnelle qui est l’une des conséquences non anticipées de l’ouverture : à force d’ouvrir dans les directions opposées du républicanisme et de la gauche morale, le gouvernement ressemble de plus en plus à un équipage hétéroclite, ce qui permet au Président de gouverner au centre de multiples « lignes politiques », la cohérence restant manifestement le cadet de ses soucis.
Qu'il est loin le temps où le fameux « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne » était la clef de sol de la politique gouvernementale ! Ceux et celles qui, au sein de l’opposition, voudront « tacler » Sarkozy sont désormais prévenus de ce nouveau défi : ce « rapatriement de l’opposition » a pour effet évident de les priver d’air durablement. Besancenot, indifférent à ce genre de problème, n’a pas fini de rigoler.


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