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NPA: trop de courants, et c'est la panne

Gérald Andrieu | Vendredi 15 Mai 2009 à 07:01 | Lu 12009 fois

La nouvelle organisation anti-capitaliste aurait le vent en poupe. Pourtant, les opposants à la majorité emmenée par Olivier Besancenot décrivent un parti qui perd ses nouveaux militants et dont le fonctionnement ressemble trait pour trait à celui de la LCR !



Lors du défilé du 1er mai à Paris, les rangs du NPA n'étaient pas aussi fournis qu'on n'aurait pu le croire. (photo : Panoramas - Flickr - cc - www.flickr.com/photos/ranopamas/)
Lors du défilé du 1er mai à Paris, les rangs du NPA n'étaient pas aussi fournis qu'on n'aurait pu le croire. (photo : Panoramas - Flickr - cc - www.flickr.com/photos/ranopamas/)

Survendu, le NPA ? Survendu, Olivier Besancenot ? Depuis de longues semaines, les médias tentent de nous refourguer le facteur de Neuilly en opposant numéro 1 à Nicolas Sarkozy, et son parti en petite bête de la gauche de la gauche « qui-monte-qui-monte-qui-monte ». C’est beau comme une opération de com' tout droit venue de l’Elysée ! Mais à y regarder de plus près, le NPA, après une période d’euphorie, n’est pas au mieux de sa forme. Outre le « tassement » des intentions de vote qu'enregistre la formation anticapitaliste dans les sondages, c’est surtout du côté des militants que ça coince...


« Dans les réunions, c’est un vrai va-et-vient ! »

Au moment de son congrès fondateur, le NPA disait compter dans ses rangs plus de 9 000 adhérents (contre un peu plus de 3 000 pour la LCR). Aujourd’hui, une partie des nouveaux inscrits aurait déserté les réunions. Combien ? Difficile à dire. Jacques Morand, « chef » de file de la Fraction – L’Etincelle (un courant exclu de LO et qui forme aujourd’hui l’aile « gauche » du NPA) livre une estimation à la louche : « Ce qu’on peut dire, c’est que dans les réunions de définition de la ligne politique, il n’y avait déjà plus qu’entre 5 000 et 6 000 personnes présentes. Et dans les comités, c’est certain, il y a des gens qui ne reviennent pas. » Gilles Suze est militant NPA en Charente-Maritime. Pour ce vieux de la vieille plutôt situé à l’aile « droite » du parti et blogueur de son état, le constat est sensiblement le même : « C’est un vrai va-et-vient. Depuis janvier, il y a des gens qui ont participé à des réunions deux à trois fois puis ne sont plus jamais revenus. Ça concerne même des personnes qui ont participé au processus “constituant” ! »


Le NPA: un concept marketing attirant des «snacktivistes»?

Besancenot: un vrai «produit d'appel» pour les réunions!
Besancenot: un vrai «produit d'appel» pour les réunions!
Ce n’est donc pas (encore) l’hémorragie mais la plaie est tout de même largement ouverte. Reste à savoir pourquoi ces désertions. Jacques Morand a un début d’explication : « Le NPA a attiré à lui des gens issus de toute la gauche de la gauche en proposant une espèce de pot-pourri en guise de programme. Au début, ça a marché. Des gens sont venus avec un “dada” très précis : l’écologie, les sans-papiers, etc. Mais au final, ce “dada”, ils ne l’ont pas retrouvé au NPA… » Gilles Suze est plus dur encore. Selon lui, le hic, c’est que la nouvelle formation politique « n’apporte rien » : « Le discours est simple, quasi simpliste ! » Le NPA : une coquille vide ? Non, plutôt un très bon concept marketing bénéficiant d’un « produit d’appel » efficace en la personne d’Olivier Besancenot et qui a finalement attiré à lui des sortes de « snacktivistes » : des adhérents qui militent comme d’autres grignotent, qui s’investissent en politique comme d’autres consomment, un jour oui et le lendemain non !

Oubliée, l’aspiration unitaire des nouveaux venus ?

La prochaine campagne de com' du NPA? (dessin: Louison)
La prochaine campagne de com' du NPA? (dessin: Louison)
Mais à elle seule, cette explication ne peut être satisfaisante. Il est clair que le fait que le NPA ne rejoigne finalement pas le Front de Gauche a aussi pesé très lourd dans l’esprit des nouveaux adhérents qui ont quitté le parti. Dans ce domaine, certains citent volontiers le ralliement de Christian Picquet à Marie-George Buffet et Jean-Luc Mélenchon. Mais ce départ doit être relativisé : Christian Picquet a emmené dans ses valises, tout au plus, une centaine de personnes et n’a pas vraiment créé d’appel d’air. En revanche, la déception d’une partie des nouveaux entrants est sans doute aussi liée au fait qu’ils n’aient pas retrouvé au NPA l’orientation unitaire qu'ils avaient perçu dans le séduisant appel d’Olivier Besancenot…

« C’est une petite clique parisienne qui dirige le parti ! »

Pour ceux qui sont restés et qui « s’opposent » de l’intérieur à la majorité en place, un autre élément doit être pris en compte : le fonctionnement du parti. Gilles Suze n’y va pas avec le dos de la cuillère : « Le nom a changé, mais sur le fond rien n’a changé. C’est une petite clique parisienne qui dirige le mouvement. Dans les médias, ce sont toujours les mêmes que l’on voit : quand ce n’est pas Besancenot, c’est Krivine ! C’est dans les médias, par exemple, que l’on a appris cette histoire de marche nationale des salariés licenciés  ! » (Une marche dont la date n’est toujours pas fixée car, comme on l’explique du côté du siège du parti, « elle doit être à l’initiative des salariés… », ndlr). De quoi calmer les ardeurs des nouveaux militants...

« Il ne peut y avoir un seul porte-parole »

Yann Cochin se montre beaucoup plus mesuré que Gilles Suze. Issu du monde syndical et décrit par certains comme « le nouveau Christian Picquet » (une comparaison qui le fait sourire autant qu’elle le flatte), il estime que « le fonctionnement est tout de même beaucoup plus horizontal qu’avant ». Malgré tout, il rejoint le militant de Charente-Maritime quand il explique qu’« il ne peut pas y avoir un seul porte-parole au NPA ». Mais l’homme est fin politique et s’empresse d’ajouter que c’est « une des questions à l’ordre du jour du prochain Conseil politique national ». Mais avant cette réunion, Yann Cochin prépare un autre rendez-vous : un rassemblement prévu, ce week-end à Paris, pour donner naissance à un frère jumeau du courant Unir. Il sera d’ailleurs « composé d’ex d’Unir, de militants syndicaux et de nouveaux militants du parti » sur la base d’une « orientation unitaire » et dans le refus de voir le NPA « se substituer aux organisations syndicales. » Et d’ajouter une nouvelle fois : « On est dans une démarche constructive. On va voir comment la direction réagit. Pour l’instant, ils sont très respectueux de nos prises de parole. »

Mais pour l’instant, ce que l’on peut surtout constater, c’est que les lignes de fractures qui traversent le NPA sont exactement les mêmes que celles qui existaient à la LCR. Si la majorité ne parvient pas à satisfaire ses différentes composantes, le NPA aura peut-être bientôt autant de militants que la Ligue…







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