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Mouvement universitaire-médias: la rupture, elle est là

Régis Soubrouillard | Vendredi 15 Mai 2009 à 07:01 | Lu 7336 fois

Sur fond de fracture entre milieux journalistiques et universitaires, l'Ecole des hautes études en sciences sociales organisait un débat sur le thème de la médiatisation du mouvement universitaire en présence de divers acteurs.



(cc flickr by ptit@l)
(cc flickr by ptit@l)

Le « journal de référence » conspué, boycotté parfois, des blogs de journalistes qui connaissent un gros succès d'audience: la couverture médiatique du mouvement universitaire qui dure depuis le mois de janvier apparaît comme un profond révélateur de la fracture entre milieux journalistiques et milieux universitaires mais aussi de la crise traversée par les médias.

L'occasion de s'interroger sur la médiatisation du mouvement. Un débat était organisé ce jeudi à l'initiative de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales en présence de journalistes et universitaires acteurs du mouvement.

Sociologue des médias, Cyril Lemieux a d'emblée posé les termes du débat en pointant les raisons de cette rupture. Du côté des journalistes, une forme d'anti-intellectualisme, un nombre croissant de journalistes issus des Instituts d'études politiques moins redevables aux « humanités », la complexité du mouvement, et une augmentation du turn-over dans les rédactions responsable d'une superficialité des traitements et surtout d'un recours plus fréquent aux sources officielles. Du côté des universitaires, Cyril Lemieux explique que la disparition de l'intellectuel au profit d'un statut d'expert au service des médias a fait de ces derniers des « clients » du journaliste. Enfin, le sociologue a pointé les responsabilités politiques, notamment du Parti socialiste « qui n'a pas obligé à une reprise de ces questions ce qui traduit une méconnaissance croissante des milieux intellectuels par les politiques ».


Une faillite collective du traitement

Les journalistes présents refuseront tous, sans exception, d'entrer dans une théorisation des explications. Un refus qui, sur le fond, en dit déjà beaucoup sur leur capacité et leur volonté à interroger leurs propres pratiques. Le débat se limitera donc à des commentaires sur la couverture du mouvement par les uns et les autres.

Journaliste au Monde, c'est Luc Cédelle et son journal qui seront rapidement mis en cause. Sur la défensive, le journaliste avoue ne pas avoir été surpris par la qualité ni par la quantité du traitement mais bien plus par la mise en cause de la couverture du mouvement par son journal: « parce que j'ai fait un papier qui a déplu, je deviens le pire journaliste de la terre. J'ai l'impression que l'on devient des notables sur qui on peut taper facilement parce qu'on est au Monde. Le mouvement social se sent trahi, humilié, bafoué par nos articles et se positionne alors comme ennemi. Il y a eu un emballement anti-médiatique, anti-Le Monde».

Journaliste à Libération, Sylvestre Huet, dont le blog a été un puissant relais du mouvement regrette surtout le peu d'efforts de pédagogie des journaux et l'absence de décryptage de la novlangue et des mensonges gouvernementaux.

Jade LindGaard qui a suivi le mouvement pour Médiapart parle d'une « faillite collective à rendre compte de ce mouvement. Ce n'était pas un mouvement comme les autres. Son traitement était difficile parce qu'il était décentralisé, il n'y avait pas de porte parole officiel, la communication gouvernementale était assez opaque et le mouvement universitaire était protéiforme. Mais c'est ce qui rend ce mouvement intéressant. Son traitement me semble symptomatique de la crise d'une culture professionnelle dans les médias ».


Beaucoup de cuisine interne

A la fois « attachée de presse », selon ses propres termes, et observatrice du mouvement, Valérie Robert, maître de conférences à Paris 3 estime que ce rapport de forces révèle « une lutte symbolique entre journalistes et universitaires pour le monopole de l'interprétation des phénomènes ». Une question intéressante qui aurait élevé le niveau de la discussion. Critiquer Le Monde est une chose -utile, nécessaire à n'en pas douter-, s'interroger sur les raisons qui ont amené ce journal à s'éloigner, avec le temps, des milieux universitaires pour se rapprocher des élites sociales et politiques du pays eut été un débat bien plus fécond.


De même que s'interroger sur ces journaux et magazines qui assurent vouloir conserver des liens avec les milieux de la recherche , notamment en sciences humaines, et se précipitent sur le classement de Shanghaï, outil de propagande gouvernemental du pouvoir chinois destiné, à sa création, à un usage essentiellement interne afin de « motiver » les universités chinoises.
Là encore, rien. La discussion reprendra sur la tambouille médiatique, pas inintéressante mais relevant d'un entre-soi, aussi pathétique que révélateur.


Une économie néolibérale des savoirs, avalisée par les médias

Sylvestre Huet révélera ses demandes répétées d'avoir accès aux pages « événements » ou aux dossiers de Libé pour permettre une couverture plus exhaustive du mouvement. Refus répétés de la rédaction en chef à une exception près. C'est ainsi que son blog est devenu l'épicentre du mouvement. La conclusion sera plus politique. Ainsi le journaliste de Libération estime-t-il que « Valérie Pécresse est là pour mettre en oeuvre le programme de la droite en matière d'universités. Ils veulent vider les amphis de sciences humaines et sociales et ils se foutent que les concours n'aient pas lieu. Au contraire, cela détournera les futurs étudiants de ces filières. C'est un choix politique pensé, assumé qui correspond, pour eux à une analyse des besoins de la société ».

C'est la théorisation de l'inutilité de certains savoirs qui est ici mise en avant, soit la mise en pratique d'une « économie néolibérale des savoirs », largement suivie dans les faits par les milieux médiatiques -et pas seulement audiovisuels.

Peut-être aurait-il fallu commencer par là ?




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  • Par Alain HERVOCHON le 31/07/2010 à 14:58

    Pour Sarkozy, tous les chemins mènent aux Roms

    Et tous les méandres de sa pensée fumeuse mènent au populisme le plus racoleur et à la démagogie xénophobe la plus éculée...  
  • Par VIGO HECTOR le 31/07/2010 à 14:58

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  • Par Z B le 31/07/2010 à 14:52

    Et si la mondialisation était la nouvelle révolution?

    Il s'agit peut être de l'amorce de ce rééquilibrage mondial tant attendu... cependant il se fait au niveau des entreprises, groupes d'intérêts, mais il ne recèle en aucun cas une citoyennet...  




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