Montebourg : des idées (enfin) concrètes et un (doux ?) rêve
Arnaud Montebourg avait déjà remporté une première bataille idéologique en installant la démondialisation dans le débat médiatique. Ce dimanche, à la Fête de la rose de Frangy-en-Bresse, il a franchi un pas en déclinant douze mesures concrètes de « sécurisation de l'économie ». Mais cela sera-t-il suffisant pour faire mentir les pronostics sondagiers et atteindre le second tour de la primaire ?
Le rêve d'Arnaud Montebourg et des siens ? Ce dimanche, il est placardé aux quatre coins du site de la Fête de la rose de Frangy-en-Bresse, sur de petits écriteaux. Il tient en trois mots : « Après Frangy, Paris ». Et en une grande banderole, aussi, tendue plus discrètement à plusieurs mètres de la tribune : « Montebourg 2012 ». Les militants, eux, en tout cas, en sont persuadés : dans cette primaire, leur « Arnaud » va surprendre. « Un deuxième tour Hollande - Aubry comme on essaie de nous le vendre, je n'y crois pas, explique par exemple un adhérent PS de Saône-et-Loire, chargé de vendre la production littéraire du « mousquetaire de la Bresse » en presque douze volumes. « Cette campagne va cliver », poursuit-il avant de se montrer à son tour très... clivant : « Quand Arnaud dit qu'Hollande et Aubry, c'est la même candidature, il a raison ».
Son équipe n’en pense pas moins. Dans ses rangs, on critique avec force l’engagement aussi « intenable» qu' « aberrant » pris par l'homme de Tulle et la dame de Lille de revenir à 3% de déficit dès 2013. Et l’on commente, mi-amusé mi-atterré, « l’été calamiteux » d’Aubry : « Elle est complètement déphasée. Elle a été en retard sur tout, constate un très proche du député de Saône-et-Loire. C'est ça de vouloir faire la synthèse entre Delors et Hamon ! Et puis maintenant, elle a Guérini sur le dos... »
Mais un outsider ne peut rafler la partie en ne misant que sur les faiblesses et les absences de ses adversaires. Aussi consternantes soient-elles… Durant les quinze derniers jours, l’auteur de Des idées et des rêves s’est d’ailleurs lui aussi montré assez avare en prises de parole. Le nouveau rebond de la crise, le décrochage des valeurs boursières, la capitulation de Sarkozy face à Merkel sont autant d’éléments qui auraient dû faire sortir Montebourg de sa réserve, lui qui a vu juste en faisant de la démondialisation son idée force de campagne. « Il est plus efficace de condenser son expression. Les médias fonctionnent par séquences et la séquence d'Arnaud, c'est maintenant, c'est Frangy », justifie Géraud Guibert, un de ses porte-paroles de campagne, notant au passage que si Ségolène Royal, elle, a occupé le terrain, il n'est pas dit que les Français aient finalement entendu la moindre de ses propositions en plein cœur de l’été.
Discours à « la France des perdants de la mondialisation »
Frangy, sa « séquence » ? Inévitablement, elle l’aura été. Face à des médias venus presque aussi nombreux qu’en 2006 (lorsque Royal, justement, avait été l’invitée d’honneur de la Fête de la rose), Arnaud Montebourg a franchi un cap en dévoilant certaines mesures concrètes découlant du concept de démondialisation qui peut parfois apparaître incantatoire. Des « mesures de salut public » dixit Gaël Brustier un de ces innombrables « jeunes-intellos-faiseurs-de-notes » que compte Montebourg dans son équipe. Ces propositions, elles sont au nombre de douze et visent à une « sécurisation de l’économie ». Arnaud Montebourg les a égrainées au cours d’un discours fleuve à destination de« cette France des perdants de la mondialisation » regroupant pêle-mêle les « ouvriers », les « exploitants agricoles » contraints au RSA, les « femmes précarisées », etc. Il les a détaillées entre une attaque en règle contre la… règle d’or (« C’est la règle dure sur les doigts des petites gens ») et plusieurs attaques en or contre Nicolas Sarkozy sous qui, plus que jamais, « la France est devenue un roquet attaché au piquet du pouvoir de la finance ».
La première de ces mesures est d’après Montebourg d’inspiration rooseveltienne : il s’agit d’interdire« tout forme de spéculation par les établissements financiers avec l’argent de leurs clients ». Le député de Saône-et-Loire en appelle également à « la séparation obligatoire des activités entre banques de dépôts et banques d’investissement ». En somme, un Glass-Steagall Act à la française. Montebourg propose aussi, comme il l’a déjà fait, de démanteler les agences de notations et de créer à leur place une sorte de « Cour des comptes européennes ». Il déclare, par ailleurs, vouloir « l’interdiction des rachats d’entreprises par voie de LBO », ces fonds qu’à la City (c’est dire), on a baptisés « les fonds de la terreur ». Enfin, ce farouche partisan de la VIe République frappe fort en proposant d'instaurer un « salaire maximum pour les traders, courtiers et dirigeants des institutions financières » et d’effacer tout bonnement « une partie du surendettement des particuliers en réduisant d’autorité et drastiquement par la loi les taux d’intérêt usuraires appliqués aux utilisateurs du crédit à la consommation ». Voilà quelques-unes des douze mesures « intransigeantes et réalistes », ainsi qu’il les qualifie, par lesquelles il compte bien prouver que la mondialisation « n’est pas une opération de la Sainte Vierge ». Et que la démondialisation n’est donc pas un vœu pieux…
En attendant, pour parvenir à leur rêve — celui de voir leur candidat remporter les primaires — les montebourgeois ont du pain sur la planche. Il ne leur faut pas seulement prouver que la démondialisation n’est pas un concept utopique, il leur faut aussi convaincre le peuple de gauche que la présidentielle, cette fois-ci, grâce à la primaire, ne serait pas assujettie au détestable concept de « vote utile », que ses membres n’ont pas pour seul rôle de départager Hollande et Aubry : « Nous devons persuader les gens que cette présidentielle comporte en fait quatre tours (un premier tour de primaire, un second, un premier tour de présidentielle et un second) et que s'ils ne votent pas pour leur candidat au tout premier tour, alors ils ne le feront jamais », explique John Palacin, directeur adjoint de la campagne de Montebourg. Mais peut-être que tout ça n’est effectivement qu’un (doux ?) rêve... Réponse le 9 octobre.
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