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Montebourg, de la démondialisation à la «déguérinisation»!

Vendredi 30 Septembre 2011 à 05:01 | Lu 10231 fois I 2 commentaire(s)

Gérald Andrieu - Marianne

En déplacement à Marseille, Arnaud Montebourg a déroulé le thème désormais connu de sa campagne: celui de la démondialisation. Mais il a aussi axé son discours sur la nécessité d'une plus grande «éthique» dans la vie politique. Une sorte de «déguérinisation».


(Photo : Marianne)
(Photo : Marianne)

Engagé sur la file de gauche, le pied au plancher, comme un symbole, le convoi d'Arnaud Montebourg fonce ce jeudi après-midi sur l'autoroute pour Marseille. Lui est dans la voiture de tête avec son directeur de campagne, Aquilino Morelle, et le député PRG de Guyane, Christiane Taubira qui le soutient depuis le début de sa campagne. A bord aussi : un policier chargé de sa sécurité. Quatre de ses collègues (des gaillards qu'il ne viendrait pas à l'idée d'aller chatouiller) sont installés dans une Ford banalisée qui leur colle au train. Il n'y a pas plus de cinq mètres entre les deux véhicules malgré les 130 km/h affichés au compteur !  


Jean-Noël Guérini, le patron socialiste des Bouches-du-Rhône récemment mis en examen a beau avoir ironisé sur ce déplacement sous haute-protection expliquant que Marseille n'était pas Bogota, ces types, eux, ne plaisantent pas... Les mallettes qu'ils ont à la main sont là pour en témoigner. Car ces mallettes, contrairement à celles qui font la une de l'actualité, ne contiennent aucun billet : en kevlar, elles peuvent être dépliées en cas d'agression en un éclair.

Un dispositif disproportionné ? Peut-être, mais qu'importe. Montebourg est là, à Marseille, « heureux », dit-il d'être dans la ville de l'OM « cette équipe [qu'il] admire », dans cette cité phocéenne où, surtout, il y a déjà plusieurs mois, il était venu recueillir les témoignages de camarades inquiets de la gestion de la « fédé » PS des Bouches-du-Rhône version Guérini. Des éléments qu'il avait compilés dans un rapport explosif remis à Solférino qui, dans la foulée, avait été frappé d'une étrange léthargie... Une commission d'enquête avait été finalement lancée, mais ses conclusions se révélèrent très clémentes à l'égard de Guérini...

Montebourg est donc là et les cinq « molosses » chargés de veiller sur lui ne changent rien à son programme. Comme lors de chacun de ses déplacements, le député de Saône-et-Loire se lance dans un stand-up en pleine rue dès son arrivée dans le centre-ville. Place-de-Gaulle, tout près du Vieux-port, coincé entre le bâtiment imposant de la Chambre de commerce et une croix de Lorraine gravée des mots « France Libre », son équipe a tendu un paravent et installé une sono. 


Micro en main, Montebourg déroule son programme. Comme d'habitude. Si ce n'est que les caméras très nombreuses forment un cordon un peu trop sanitaire entre le candidat à la primaire et les quelques passants qui se sont arrêtés. Les journalistes attendent sans doute une saillie anti-Guérini. En échange, Montebourg s'attache surtout à parler de sa fameuse « démondialisation », évoquant ses « solutions nouvelles », moquant ces « veilles chaussures formées à l'école de l'Ena » et regrettant que « les banques et les patrons de banque [soient] devenus les vice-présidents de notre République ». Démondialisation, matin, midi et soir. Et pour tous. 


Telle est donc la posologie délivrée par le Dr Montebourg. Mais quand vient le temps des questions des passants, et plus encore quand vient celui des interrogations des journalistes, c'est le cas Guérini qui reprend le dessus : « Les affaires, leur explique-t-il, ternissent l'image des socialistes. » Voilà pourquoi, dit-il, il faut « affronter les problèmes » et ne « pas les mettre sous le tapis ».


Le stand-up terminé, le convoi repart à nouveau sur les chapeaux de roue. Direction l'usine Fralib située à Gémenos à une vingtaine de kilomètres de Marseille. Oublié l'espace de quelques heures Jean-Noël Guérini. Retour à la triste réalité de la mondialisation. Car Fralib, c'est l'usine qui produisait le thé Lipton et le thé Eléphant, une marque française vieille de plus d'un siècle. Unilever, le propriétaire des lieux (qui d'après les représentants syndicaux locaux affichait plus de 4 milliards de bénéfices en 2010) a décidé de fermer l'usine, laissant au passage sur le carreau 182 salariés. On leur a bien proposé des reclassements, mais pour certains en Pologne contre des salaires de misères !


La « République irréprochable » est devenue la « République irrespirable »

Un militant pro-Montebourg. Sur sa pancarte: «M. Montebourg unique pourfendeur du bureau du PS de M. Guérini Jean-Noël. Bravo! Bravo!» (Photo: Marianne)
Un militant pro-Montebourg. Sur sa pancarte: «M. Montebourg unique pourfendeur du bureau du PS de M. Guérini Jean-Noël. Bravo! Bravo!» (Photo: Marianne)

Ce jeudi, alors que Montebourg leur rend visite, il y a, parmi les ouvriers occupant l'usine, Henri, 51 ans, treize années de Fralib en bandoulière : « L'entreprise est viable, explique-t-il. C'est pour ça que ça nous fait mal au cœur. On veut la reprendre. On n'a pas encore décidé sous quelle forme juridique, mais ça pourrait être en coopérative. » Par le passé, les employés de Fralib ont déjà accueilli Jean-Luc Mélenchon, François Hollande, Eva Joly. Ils ont aussi rencontré Ségolène Royal à Arles, mais avec Arnaud Montebourg, ils ont justement affaire à un apôtre de la coopérative, à un adepte de ce qu'il appelle « le capitalisme coopératif ». Pour lui, il faut « éviter qu'il y ait d'autres Fralib » et sa solution tient en un seul mot : « sanction »


Une demi-heure de route plus tard, retour à Marseille, au Dock des Suds. Montebourg tient meeting. C'est d'ailleurs étrangement le seul candidat à la primaire, explique une responsable locale du PS à la tribune, à avoir encore organisé un meeting dans la deuxième ville de France ! Une fois encore, il parle démondialisation (fustigeant notamment cette « gauche compassionnelle des rustines »)... et Guérini. Le nom du patron socialiste des Bouches-du-Rhône n'est jamais cité (« A quoi bon », explique un proche de Montebourg), mais la VIe République, ce thème qui lui est cher, lui permet de l'évoquer à plusieurs reprises. Et de viser aussi bien Sarkozy que Guérini : « Nous demandons qu'un Président de la République soit responsable de ses actes. Nous demandons qu'un Président de Conseil général soit responsable de ses actes. Est-ce que c'est beaucoup demander ? » Et d'enchaîner sur la fameuse « République irréprochable » devenue aujourd'hui la « République irrespirable ». Et de lister aussi quelques mesures pour redonner un peu d'éthique à la vie politique.  


Les élus français devront se soumettre à des « déclarations d'intérêts ». En clair, ils devront coucher sur le papier les revenus et les indemnités qu'ils perçoivent. Une pratique visant à mettre un peu de transparence déjà en cours au Parlement européen, mais qui il faut le reconnaître ne fonctionne pas toujours très bien. A ceux qui sortent des clous, Montebourg promet « l'inéligibilité à vie ». Pour plus de transparence, il en appelle aussi à développer l'open data, c'est-à-dire le libre accès aux données publiques comme il le fait désormais à la tête du Conseil général de Saône-et-Loire : « Wikileaks et Facebook ont fait les révolutions arabes, l'open data nous permettra de faire la VIe République. » Montebourg a définitivement de la ressource : après avoir imposé le thème ô combien ardu de la démondialisation dans le débat politico-médiatique, il vient d'inventer ce que l'on pourrait appeler la « déguérinisation » de la vie politique !  









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