Monsanto : le maïs qui soumet la démocratie
Jeudi 1 Décembre 2011 à 05:01 | Lu 5448 fois I 39 commentaire(s)
Laurent Pinsolle - Blogueur associé
Et si plutôt que de s'évertuer à montrer leur dangerosité, on prouvait que le bénéfice à en tirer était moindre? Le blogueur Laurent Pinsolle, soutien de Nicolas Dupont-Aignan, prend le problème à l'envers. Selon lui, si l'interdiction du maïs Monsento n'est pas encore effective, c'est seulement du fait de l'influence de la multinationale.
Cela fait maintenant trois ans et demi qu’une bagarre sans merci se livre au sujet de la commercialisation du maïs MON810 de Monsanto. Après d’incroyables rebondissements à l’échelle européenne, c’est maintenant le Conseil d’Etat qui autorise sa commercialisation, contre l’avis du gouvernement.
Une interdiction doublement légitime
L’interdiction systématique de tout ce que peuvent nous apporter les thérapies géniques est sans doute une erreur. Leur apport sera nécessaire pour permettre de nourrir la planète et même de l’économiser. En revanche, leur emploi doit être extrêmement précautionneux, de manière à ne pas risquer la santé des hommes. C’est pourquoi je ne pense pas qu’il faille démontrer leur dangerosité pour les interdire mais bien plus démontrer leur innocuité à long terme pour les autoriser.
Dans le cas de certains OGM et notamment le maïs Monsanto, des études semblent indiquer des risques non négligeables pour la santé de l’homme ou pour l’environnement. Dans ces cas, il est hors de question d’envisager toute commercialisation, d’autant plus que la pollinisation peut répandre le capital génétique de ses nouvelles variétés. Et bien naturellement, toute expérimentation doit être conduite dans des conditions extrêmement protectrices pour la nature.
En outre, il faut tout de même avoir conscience des immenses profits générés par les inventions de Monsanto. En effet, ses semences ont un double intérêt. Tout d’abord, elles produisent des plants stériles, ce qui impose d’acheter de nouvelles semences tous les ans. Ensuite, elles imposent bien souvent l’emploi de désherbants et autres produits complémentaires maison, comme le controversé Round Up. Bref, trop d’argent est fait avec pour ne pas être très prudent.
Un véritable soap opéra
Il y a trois ans et demi, le gouvernement et la majorité étaient déjà en conflit au sujet des OGM. Entre temps, l’Europe avait pris le relais de ce mauvais feuilleton, la Commission Européenne se faisant l’avocat le plus fervent de Monsanto, au point d’utiliser toutes les subtilités antidémocratiques des traités européens pour essayer de faire passer une interdiction de l’interdiction des produits de Monsanto avec seulement 40% des voix des pays de l’Union Européenne.
Mal lui en prit puisqu’une majorité qualifiée de pays (incluant la France et l’Allemagne) se sont alors mis en travers de sa route, ne lui permettant pas d’interdire l’interdiction de culture des semences transgéniques de Monsanto. Las, après cet échec, les institutions européennes offrent encore et toujours de nouvelles possibilités à l’entreprise pour essayer d’imposer la culture de ses semences à des États nations récalcitrants, via la Cour de Justice européenne.
Mais alors que l’imbroglio se poursuit à l’échelle européenne, c’est en France que l’affaire rebondit avec le Conseil d’Etat qui a annulé la suspension de culture du maïs Monsanto qui avait été décidée il y a près de quatre ans par le gouvernement français. Le Conseil d’Etat cite le jugement de la Cour de Justice européenne pour motiver le sien. Malgré tout, le gouvernement semble décidé à tout faire pour empêcher la commercialisation de cette semence.
Ce mauvais feuilleton est important car il montre que l’avidité d’une multinationale, incroyablement servie par les institutions européennes, ne peut que difficilement se voir opposer la volonté d’un Etat aujourd’hui. Le combat entre Monsanto et la démocratie est tristement serré.
Retrouvez Laurent Pinsolle sur son blog.
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