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Molex: Lagarde ministre ou avocate ?

Jeudi 10 Septembre 2009 à 07:01 | Lu 10980 fois I 32 commentaire(s)

Laurence Dequay et Hervé Nathan - Marianne

Avant d’être ministre, Christine Lagarde présidait un grand groupe d’avocat international qui a participé à la vente de l’usine de Villemur-sur-Tarn au groupe américain Molex.


 
La Ministre Christine Lagarde a beaucoup appris du métier de ministre. Par exemple, elle a trouvé la manière de ne rien dire d’important sur un conflit social en cours, auquel le gouvernement attache néanmoins une véritable attention. Il suffit d’écouter sa prestation sur Radio France le 17 août à propos de l’usine de connecteurs de Villemur-sur-Tarn, là où 280 salariés affrontent un grand groupe américain, Molex. Christine Lagarde prône le dialogue social, ce qui ne mange pas de pain. Elle semble assez détachée, puisque c’est Christian Estrosi qui est en charge du dossier.

Elle a pourtant un lien, certes ténu, avec l’affaire. Des ouvriers de Molex se souviennent que c’est un cabinet d’avocat dénommé Baker & McKenzie qui conseillait, en 2003-2004, le groupe Snecma. A l'époque, cette entreprise publique - qui construit des moteurs d’avion, aujourd’hui dénommé Safran - avait confié une mission au cabinet  Baker & McKenzie pour la cession de sa filiale connectique automobile au groupe Molex. On trouve de multiples traces sur Internet des anciens et actuels avocats de Baker&McKenzie Francequi ont fait figurer, sur leurs états de services, leur mission pour Snecma dans cette opération. Un exemple :  « La pratique des fusions et acquisitions de Baker &McKenzie englobe les restructurations (…) Récemment l’équipe qui comprend Eric L., Laurent E., Laurent B. et Marc M. a conseillé (…) Snecma pour la vente à Molex Inc de Connecteurs Cinch SA », trouve-t-on dans des documentations de 2004. Cinch était le nom de la filiale connectique de Snecma comprenant l’usine de Villemur.

L’achat de Cinch était une belle opportnité pour Molex. La société américaine doublait ainsi  sa production en Europe d’un seul coup tout en devenant le fournisseur de PSA. Cinch était aussi implanté en Chine, en Inde, etc, près des constructeurs auto. D'où l'argumentaire invoqué par les managers de la Snecma
pour convaincre des salariés inquiets (à juste titre, on le voit aujorud'hui) : Molex était un groupe solide, offrant une garantie de pérennité de l’emploi. Un joli conte, puisque, cinq années plus tard, Molex emmener l’activité aux Etats-Unis, tout en gardant le carnet de clients  et en interdisant l’établissement d’un concurrent à Villemur-sur-Tarn.

Et Christine Lagarde dans tout cela ? Elle présidait, le cabinet international …Baker &McKenzie. Contacté par Marianne hier soir, elle fait savoir qu’à  Chicago, dirigeant une société regroupant 4000 avocats environ, elle n’avait « aucune connaissance » du dossier Snecma. Ce que l’on peut admettre.  Et que Baker & McKenzie Paris n’aurait eu qu’un rôle d’assistance juridique, pas de « conseil » dans l’opération, réservé aux banques d’affaires. Quatre avocats rien que pour cela ? C’est beaucoup de monde. En fait, dans ces affaires, les avocats  sont payés plus que confortablement (la sécurité juridique, cela a un prix, ma chère…) pour protéger les intérêts de leurs clients, prévoyant des clauses de toutes sortes dans les contrats de cession. Par ce biais, ils interviennent quelquefois sur le contenu de la négociation. L’ont-ils fait dans le cas de Cinch ? On aimerait aussi et surtout savoir quel a été leur rôle pour protéger les salariés de leur client Snecma-Cinch, ceux qui en avaient le plus besoin. Contacté, le cabinet McKenzie France n’a pas répondu à notre demande, pour le moment.

Lire samedi prochain dans Marianne (et vendredi sur le site), notre reportage à Villemur-sur-Tarn









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