Marianne2 2012

Mladic arrêté: les bourreaux sont fatigués...

Vendredi 27 Mai 2011 à 05:01 | Lu 4137 fois I 0 commentaire(s)

Propos recueillis par Régis Soubrouillard

Profitant du désintérêt américain, du double jeu russe et de la transition démocratique inachevée en serbie, Ratko Mladic était en cavale depuis 16 ans. Il a été arrêté le jeudi 26 mai dans un village à une centaine de kilomètres au nord de Belgrade. Le bourreau de Srebrenica, qui sera jugé devant le TPI de La Haye constituait un boulet pour la poursuite des négociations d'adhésion de la Serbie à l'Union Européenne.


Wanted Ratdo Mladic (cc flickr steffen42)
Wanted Ratdo Mladic (cc flickr steffen42)
Après 16 ans de cavale, Ratko Mladic, le « bouledogue » a été arrêté le jeudi 26 mai a annoncé le président serbe Boris Tadic lors d'une conférence de presse. L'ancien général a été inculpé de génocide par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) pour le massacre à l'été 1995 de 8 000 Bosniaques (Musulmans) à Srebrenica, qualifié de « dernier génocide du 20ème siècle », et pour le siège de Sarajevo.

L’impunité dont bénéficiait Mladic aurait pu empêcher le processus d’obtention du statut de candidat à l’Union européenne, d’ici la fin 2011. Cette arrestation représente « le résultat d'une pleine coopération de la Serbie avec le tribunal de La Haye. Aujourd'hui, nous fermons un chapitre de l'histoire de notre région qui nous mènera vers une pleine réconciliation régionale », a ajouté Boris Tadic.

Selon des mémos de Wikileaks, Belgrade savait où se cachait Mladic et la Russie l'aurait aidé à fuir, mais l’ancien chef militaire se cachait sous un faux nom et bénéficiait de puissants réseaux et soutiens.

Mladic aurait été arrêté dans le village de Lazarevo. Un village de moins de 4.000 habitants à environ 100 kilomètres au nord de Belgrade. Le processus d'extradition est en cours » vers La Haye où siège le Tribunal Pénal international.Son procès pourrait être long, 4 à 5 ans, s'il a lieu. Mladic aurait été victime d'un accident vasculaire cérébral et ses avocats affirment qu'il ne serait pas en état de comparaître. 
Entretien avec Jacques Massey, auteur de Nos chers criminels de guerre (Flammarion) et journaliste à La lettre A.

Marianne2: Après l'arrestation de Karadzic, la presse internationale s'est longuement interrogée sur le cas Mladic. Les autorités ne semblaient pas faire preuve de beaucoup d'empressement pour lui mettre la main dessus. Pourquoi ?

Jacques Massey: En décembre 2010, des conseillers du président serbe, Boris Tadic avaient averti certains de leurs interlocuteurs européens et notamment français que Mladic serait arrêté. Pour une raison simple c’est que la Serbie avait plus à perdre de voir Mladic poursuivre sa cavale que de l’arrêter puisque sa cavale bloquait les négociations d’adhésion de la Serbie à l’Union européenne. Le Montenegro va ouvrir des négociations à l’automne prochain. La Serbie a un statut de membre associée et se  se voyait interdite de négociations pour cause de cavale de Mladic. Un certain nombre d’états, particulièrement les néerlandais qui avaient à se faire pardonner Srebenica, avaient mis un veto à toute négociation de cette nature tant qu’il ne serait pas arrêté. Donc le risque était clairement pour la Serbie de laisser filer le train de l’Europe et, avec la crise, de mettre en danger l’avenir du pays. L’autre paramètre relève de la politique intérieure. Il reste en Serbie  un nationalisme exacerbé et l’arrestation de Mladic, c’est envoyer un message qu’il faut tourner les pages de ces relents nationalistes des années 90.

Cela ne vient-il pas valider la thèse que Belgrade savait parfaitement où il était  et qu’il bénéficiait de réseaux et de protections à l’intérieur de l’état Serbe ?

Je ne pense pas que l’appareil d’Etat dans son ensemble savait précisément dans quel village ou dans quel quartier de Belgrade il se planquait, mais à l’intérieur de l’appareil d’Etat, il y avait des réseaux structurés qui permettaient de remonter à Mladic, des personnes qui étaient susceptibles d’être en position de savoir aussi quelles étaient les mesures de traques qui étaient prises et de l’en informer mais lui restait malgré tout un clandestin. Ils ont vraisemblablement permis à Mladic de continuer à fuir. Ces réseaux, les milieux nationalistes, avaient la bénédiction du précédent président Kostunica. Ils n’ont plus eu le même poids avec l’arrivée de Tadic, l’alliance entre les nouveaux socio-démocrates et les libéraux, sauf que les autorités politiques ne contrôlaient pas suffisamment bien leurs services de sécurité pour que les consignes d’arrestation de Mladic puissent être effectives. Ce sont des questions de rapports de forces au sein du pouvoir serbe.

On dit souvent que son cas était plus difficile à traiter car juger Mladic signifiat juger tout un pays: la Serbie. Qu'en est-il ?

Il est à la fois général de l’armée serbe de Bosnie. Le fait qu’en tant que un militaire serbe de l’armée yougoslave, il soit responsable du massacre de Srebrenica et de la menée de la guerre, ça fait porter la responsabilité de ces affaires sur la république yougoslave, aujourd’hui la serbie et pas simplement sur les serbes de Bosnie qui n’ont aucune identité politique. En termes de dommages de guerre, c’est problématique, ça fait porter la responsabilité matérielle sur les serbes.  C’était déjà tout l’enjeu du procès de Milosevic, s’il avait ordonné ou pas le massacre de Srebrenica.

Que sait on de sa cavale pendant ces seize années ?

De 1996 à 1998, il est dans un complexe militaire en Bosnie près de Sarajevo où il est protégé par l’armée. Il vit tranquillement. Il peut être repéré, personne n’ira le déloger pour ne pas relancer les hostilités. A partir de 1998, à partir du moment où commence la traque des criminels de guerre, sous l’égide des français, des allemands, des britanniques et des américaines, il prend ses distances et quitte vraisemblablement la Bosnie, on le retrouve une fois ou deux fois dans les tribunes du Partisan de Belgrade. Il est dans un quartier chic de Belgrade, logé par l’armée. Il disparaît après la chute de Milosevic et après on perd sa trace. Il y a des histoires, notamment l’assassinat de 2 militaires en faction près d’une caserne, en 2005. On se demande s’ils n’ont pas assisté à un transfèrement de Mladic d’une cache à une autre.







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