Méthode Coué: Besson invoque les «valeurs républicaines»
Mardi 3 Août 2010 à 12:01 | Lu 11069 fois I 46 commentaire(s)
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur
Après que Nicolas Sarkozy a annoncé vouloir déchoir de leur nationalité certains citoyens, la réplique socialiste s’est faite discrète. Mais s’il y en a bien un qui semble l’avoir entendu, c’est Eric Besson. Attention, Super Républicain entre en scène!
Discrète, la réplique du Parti socialiste à l’annonce de Nicolas Sarkozy de vouloir déchoir de leur nationalité certains individus ? Certes, elle l’a été : un simple communiqué diffusé dimanche et signé conjointement par Martine Aubry, Jean-Jacques Urvoas, secrétaire national à la Sécurité et Marie-Pierre de la Gontrie, son homologue chargée de la Justice. Mais aussi discrète soit-elle, cette réplique — une fois n’est pas coutume pour le PS en matière de sécurité — a peut-être été plus juste que jamais. Laissant aux autres commentateurs le soin de parler de « surenchère » sécuritaire (comme Libération hier), le Parti socialiste a en effet choisi de parler dans ce communiqué de « dérive antirépublicaine ».
Pour se convaincre de la justesse de la réplique socialiste, il suffisait d’écouter avec attention l’interview ce matin sur l’antenne d'Europe 1 d’Eric Besson. Visiblement touché au coeur par l’attaque de son ancienne formation politique, notre homme (spécialiste du retournement de veste) a choisi de revêtir son costume de Super Républicain. En onze minutes d’entretien, les auditeurs ont eu droit à un déferlement de déclarations « plus-républicaines-que-moi-et-le-Président-de-la-République-tu-meurs » :
- « Ce qu’a voulu surtout le Président de la République, c’est rétablir l’autorité de l’Etat, rétablir les principes républicains ».
- « Qu’est-ce qu’il y a derrière [cette mesure] : le rétablissement de l’ordre républicain. »
- « L’intégration en France a des succès. Elle a aussi des échecs. [Nicolas Sarkozy] a pointé les échecs et il a dit sa détermination à rappeler les principes républicains. »
« Martine m'a choqué » !
Qu’on se le dise : ce qu’a annoncé Nicolas Sarkozy et, dans la foulée, son fidèle Hortefeux est conforme aux principes RÉ-PU-BLI-CAINS ! Et pour Eric « Clark Kent » Besson de revenir sur la réplique du Parti socialiste : « J’ai été choqué — je veux vous le dire — que Martine Aubry, Première secrétaire du Parti socialiste, puisse dire que ce qu’avait dit le Président de la République était antirépublicain. C’est un retour aux sources des fondamentaux républicains, au contraire. Les Républicains, qu’est-ce qu’ils disaient : que la sûreté comme on disait à l’époque — la sécurité aujourd’hui — est la première des libertés. Que l’insécurité touche d’abord les personnes modestes. Et que, troisièmement, être citoyen, c’est respecter scrupuleusement un équilibre entre des droits et des devoirs. C’est ce qu’a dit le Président de la République. »
Évidemment, la sécurité est chère aux Républicains. Et ce n’est pas Marianne qui dira le contraire, ni ne cautionnera que l’on puisse s’attaquer aux membres des forces de l’ordre. Mais la République, c’est aussi et surtout des principes. Des principes édictés dans un texte de référence : notre Constitution. Et dans son Article Ier, la Constitution de la Ve République dispose que « la France (…) assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. » Quand la proposition de Nicolas Sarkozy, elle, introduit l’idée qu’il y aurait deux catégories de citoyens : ceux d’origine étrangère et les autres. En somme : un pas de plus vers la pulvérisation en communautés de notre République (lire à ce sujet l’excellent billet de Jean-Paul Brighelli, « Communautarisme: la démocratie contre la République » ).
Mais Eric Besson n’est pas « gêné » aux entournures de devoir porter cette mesure. Non, non. Surtout pas. Tenez-le vous pour dit : « Mais je défends des valeurs républicaines. Dans mon métier, je rencontre tous les jours des socialistes grecs, des socialistes espagnols, des socialistes portugais et, jusqu’il y a quelques semaines des travaillistes britanniques. Est-ce que vous croyez que sur les questions qui sont les miennes nous avions une différence fondamentale ? Non, nous appliquons la même politique. Et donc je ne suis absolument pas gêné. Le cap républicain qui est le mien, je n’en varie pas ». À trop le répéter, on finirait par se demander s'il n'essaie pas de s'en convaincre lui-même…
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