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Merkel est fiable, mais il lui manque un grain de folie

Mercredi 23 Septembre 2009 à 14:01 | Lu 4761 fois I 15 commentaire(s)

Gilbert Casasus - Chronique

Dimanche, les Allemands voteront pour élire leurs députés. Et donc, leur chancelier. Selon Gilbert Casasus, professeur d'études européennes à l'université de Fribourg, la campagne, loin de passionner les foules, les a plutôt ennuyées. Et Angela Merkel en serait la première responsable.


N’importe quel précis de science politique vous le confirmera : le résultat de toutes les élections parlementaires ne se détermine pas en pourcentages de voix obtenus mais en nombre de sièges attribués à chacun des partis. Il en sera de même pour les élections au Bundestag du 27 septembre prochain, où seuls cinq groupes politiques seront représentés sous la coupole du Reichstag, à savoir la CDU/CSU, le SPD, le FDP, les Verts et la Linke.  

Ces cinq formations ne recueilleront pas 100% des électeurs allemands sur leur nom. En raison de la barre des 5%, seuls les partis qui auront franchi ce cap feront leur entrée dans l’enceinte du Bundestag, les autres restant dans l’opposition extra-parlementaire. Aujourd’hui créditées de 4% à 5% des suffrages, elles pourraient néanmoins influencer l’issue du scrutin. Ainsi la répartition des sièges au Bundestag ne prendra alors en compte que 95% à 96% des suffrages exprimés, ce qui pourrait quelque peu modifier in fine le rapport des forces au parlement. Bref, une majorité de voix n’est pas indispensable pour obtenir une majorité de sièges, condition sine qua non pour diriger le pays jusqu’en 2013.  

Evoqué dès l’été par plusieurs instituts de sondage et par quelques politologues, le recours aux « mandats supplémentaires » pourrait aussi changer la donne au soir du 27 septembre. Contrairement à ce que l’on croit parfois, le système électoral allemand n’est pas celui d’une proportionnelle intégrale. Chaque électeur dispose en effet de deux voix, la première pour élire directement son député à la majorité relative, la seconde, à la proportionnelle, pour exprimer sa préférence au parti de son choix. Bien que prépondérante pour calculer la répartition des sièges au Bundestag, cette seconde voix ne détermine pas à elle seule le résultat final. Explication : en raison du panachage entre scrutin majoritaire et scrutin proportionnel, un parti se retrouve fréquemment avec un nombre plus élevé de députés que celui auquel il aurait eu droit si on avait appliqué la proportionnelle à la lettre. Dans ce cas, le législateur lui autorise à garder ces sièges en plus, d’où l’existence desdits « mandats supplémentaires ».

Cette particularité du code électoral fédéral, que même les Allemands ont du mal à comprendre, favorise exclusivement les grandes formations politiques. Seules en mesure de faire élire quelques candidats à la majorité relative, elles se félicitent de la présence de quelques parlementaires de plus dans leur rang. En cas de résultats très serrés, ces « mandats supplémentaires » pourraient faire la différence. Pas impossible qu’il en soit ainsi dimanche soir, au bénéfice de l’unique CDU/CSU qui ainsi, premier parti en RFA, aurait un nombre suffisant de députés pour nouer in extremis une coalition majoritaire avec les libéraux du FDP.  

Non seulement en raison d’un chiffre record d’indécis, les élections du 27 septembre sont encore loin d’être jouées. Quelques surprises ne sont pas à exclure d’autant que, expérience oblige, les sondages allemands n’ont pas la réputation d’être des plus fiables. Les sociaux-démocrates pourraient alors éviter le pire, profitant aussi en la matière, et quel que soit le résultat, d’une mauvaise campagne menée par Angela Merkel. Comme en 2005, lorsque les enquêtes d’opinion créditaient son parti d’au moins 45% des voix, contre environ 35% le soir des élections du 18 septembre 2005, la présidente de la CDU a laissé entrevoir ces dernières semaines quelques faiblesses auxquelles on semblait ne plus être habitué. Volontairement, son choix s’est porté vers une campagne terne et insipide. Par seul calcul électoral, sachant ses concitoyens relativement peu motivés par ce scrutin ? Ou, plus inquiétant, par manque de vision culturelle et intellectuelle ? Ici, le doute est permis.  

Angela Merkel est certainement une excellente physicienne. Elle est aussi une très bonne politique, ayant appris à éliminer un à un ses principaux rivaux et adversaires masculins. Elle connaît également ses dossiers au bout des doigts et sait au mieux préparer tous ses rendez-vous internationaux et européens. Pourtant, toutes ces qualités ne sauraient cacher un manque d’envergure et de grandeur, une absence de projet politique à long terme, une vacuité d’un esprit hors pair, à l’image de celui qui animait ses fameux prédécesseurs que furent respectivement Konrad Adenauer, Willy Brandt, Helmut Schmidt et Helmut Kohl.

A l’exception de sa déclaration de politique générale prononcée il y a quatre ans lors de son investiture, et encore !, on attend toujours de sa part un grand discours rédigé de sa main. En réalité, Angela Merkel est au diapason de l’idée de celle que les Français se font de l’Allemagne : elle est solide, fiable, sérieuse, travailleuse, mais privée du plus petit brin de fantaisie et dépourvue du moindre trait de génie.









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