Mercier, bon pour Internet, contestable sur les juges et les tribunaux
Mercredi 19 Janvier 2011 à 15:01 | Lu 4724 fois I 6 commentaire(s)
Philippe Bilger a été juge d’Instruction et avocat général. Il est actuellement magistrat... En savoir plus sur cet auteur
Le blogueur associé Philippe Bilger revient sur l'actuel projet de loi sur la réforme de la garde à vue, et plus généralement sur la réforme de la procédure pénale. Pour lui, le garde des Sceaux Michel Mercier doit aller au-delà des corporatismes de métier et réduire « le gouffre entre l'apparence vertueuse et la réalité contraire » de la justice.
Michel Mercier, garde des Sceaux, est à l'honneur. Un portrait mi-figue mi-raisin dans Libération et un entretien dans Le Figaro. De quoi flatter sa vanité s'il en a et lui faire mesurer l'ampleur de sa tâche s'il en doute.
Au risque de me répéter, j'espère qu'il saura résister à l'injonction présidentielle concernant la présence des jurés au sein des tribunaux correctionnels. On lui prête un grand art de la persuasion. Il aura l'occasion de l'exercer.
Michel Mercier s'apprête à lancer un nouveau site Internet - Justimemo - qui me semble enfin correspondre à l'information basique dont les citoyens ont besoin au sujet de la justice au lieu des campagnes sophistiquées mises en œuvre jusqu'à maintenant qui prétendaient leur faire connaître des éléments parfaitement inutiles parce que trop complexes. L'organisation judiciaire, la différence entre magistrats et avocats et un peu de vocabulaire sont bien suffisants pour « l'honnête homme » d'aujourd'hui.
Le garde des Sceaux a tort, en revanche, lorsqu'après « avoir assuré tous les procureurs de notre pays de ma plus haute estime » - ces gracieusetés ne font jamais de mal -, il soutient encore qu'il n'est pas nécessaire de changer le mode de nomination des magistrats du parquet. Certes, celui-ci ne permettra pas, comme par magie, de créer des tempéraments et des personnalités indépendants mais maintenir le statu quo sur ce plan ne fera qu'accentuer le soupçon public et aggraver le gouffre entre l'apparence théorique et vertueuse et la réalité contraire. Michel Mercier devrait attendre et vérifier avant de globalement décerner un satisfecit.
Pour la garde à vue, j'ai cru comprendre que le ministre avait l'intention d'abandonner, dans son projet, ce qui relève de l'audition libre et de s'arc-bouter sur le nécessaire contrôle par le parquet de la garde à vue (Le Monde). Sur le premier point, il était absurde de prévoir « une audition libre » sans garanties et une garde à vue aux droits renforcés. On imagine ce que des fonctionnaires de police habiles auraient pu entreprendre en jouant sur les deux tableaux et sur les glissements de l'un à l'autre. Sur le second, à la réflexion, c'est en effet au procureur de vérifier la manière, en phase d'enquête, dont la garde est vue est menée et encadrée. Le député Jean-Paul Garraud me semble avoir en l'occurrence proposé l'argumentation juste (Le Figaro) dans une libre opinion.
A l'exception de ce rejet et de cette évidence, Michel Mercier ne va guère être aidé par une série d'interventions dont la pertinence est au moins discutable.
Claude Goasguen affirme qu'on ne doit pas avoir « peur » lorsqu'on est placé en garde à vue. Même si les sulpiciens absolus l'emportent, cette phase d'enquête ne peut pas être appréhendée par les suspects sans inquiétude. Pas à cause de la police mais parce que la garde à vue ne sera jamais, même embellie, un havre de paix, une conversation de salon et un échange de bonne compagnie.
Patrick Devedjian, portant au plus haut la valeur et les philosophies de l'avocat, s'étonne que le projet de loi du gouvernement manifeste encore une crainte devant la présence constante du conseil en garde à vue et défend ses collègues députés qui, bien qu'avocats, ne seraient pas soumis exclusivement à l'idéologie de cette profession. On peut légitimement en douter et se demander, au contraire, si le problème ne vient pas précisément de l'absorption de l'intérêt général (incluant le droit des gens et les exigences de sécurité publique) par le corporatisme du métier. J'ajoute que les avocats députés, de gauche et de droite, sont tellement tétanisés par les possibles risques de leur affrontement avec la « machine » judiciaire qu'ils sont prêts à placer au premier plan de leurs préoccupations la seule protection des futurs mis en cause qu'ils pourraient devenir.
Au risque de me répéter, j'espère qu'il saura résister à l'injonction présidentielle concernant la présence des jurés au sein des tribunaux correctionnels. On lui prête un grand art de la persuasion. Il aura l'occasion de l'exercer.
Michel Mercier s'apprête à lancer un nouveau site Internet - Justimemo - qui me semble enfin correspondre à l'information basique dont les citoyens ont besoin au sujet de la justice au lieu des campagnes sophistiquées mises en œuvre jusqu'à maintenant qui prétendaient leur faire connaître des éléments parfaitement inutiles parce que trop complexes. L'organisation judiciaire, la différence entre magistrats et avocats et un peu de vocabulaire sont bien suffisants pour « l'honnête homme » d'aujourd'hui.
Le garde des Sceaux a tort, en revanche, lorsqu'après « avoir assuré tous les procureurs de notre pays de ma plus haute estime » - ces gracieusetés ne font jamais de mal -, il soutient encore qu'il n'est pas nécessaire de changer le mode de nomination des magistrats du parquet. Certes, celui-ci ne permettra pas, comme par magie, de créer des tempéraments et des personnalités indépendants mais maintenir le statu quo sur ce plan ne fera qu'accentuer le soupçon public et aggraver le gouffre entre l'apparence théorique et vertueuse et la réalité contraire. Michel Mercier devrait attendre et vérifier avant de globalement décerner un satisfecit.
Pour la garde à vue, j'ai cru comprendre que le ministre avait l'intention d'abandonner, dans son projet, ce qui relève de l'audition libre et de s'arc-bouter sur le nécessaire contrôle par le parquet de la garde à vue (Le Monde). Sur le premier point, il était absurde de prévoir « une audition libre » sans garanties et une garde à vue aux droits renforcés. On imagine ce que des fonctionnaires de police habiles auraient pu entreprendre en jouant sur les deux tableaux et sur les glissements de l'un à l'autre. Sur le second, à la réflexion, c'est en effet au procureur de vérifier la manière, en phase d'enquête, dont la garde est vue est menée et encadrée. Le député Jean-Paul Garraud me semble avoir en l'occurrence proposé l'argumentation juste (Le Figaro) dans une libre opinion.
A l'exception de ce rejet et de cette évidence, Michel Mercier ne va guère être aidé par une série d'interventions dont la pertinence est au moins discutable.
Claude Goasguen affirme qu'on ne doit pas avoir « peur » lorsqu'on est placé en garde à vue. Même si les sulpiciens absolus l'emportent, cette phase d'enquête ne peut pas être appréhendée par les suspects sans inquiétude. Pas à cause de la police mais parce que la garde à vue ne sera jamais, même embellie, un havre de paix, une conversation de salon et un échange de bonne compagnie.
Patrick Devedjian, portant au plus haut la valeur et les philosophies de l'avocat, s'étonne que le projet de loi du gouvernement manifeste encore une crainte devant la présence constante du conseil en garde à vue et défend ses collègues députés qui, bien qu'avocats, ne seraient pas soumis exclusivement à l'idéologie de cette profession. On peut légitimement en douter et se demander, au contraire, si le problème ne vient pas précisément de l'absorption de l'intérêt général (incluant le droit des gens et les exigences de sécurité publique) par le corporatisme du métier. J'ajoute que les avocats députés, de gauche et de droite, sont tellement tétanisés par les possibles risques de leur affrontement avec la « machine » judiciaire qu'ils sont prêts à placer au premier plan de leurs préoccupations la seule protection des futurs mis en cause qu'ils pourraient devenir.
Patrick Devedjian, enfin, en prônant l'importance et l'accroissement des preuves techniques et scientifiques, emprunte un bon chemin, très fréquenté sur le plan intellectuel, mais il oublie que même apparemment relégué, l'aveu demeurera toujours pratiquement la reine judiciaire des preuves. La garde à vue, humanisée, juridiquement enrichie, ne se privera jamais d'être une méthode pour faire avouer. Inutile de se leurrer sur ce point. Rien d'ailleurs de honteux dans cette inéluctabilité !
Attendons de voir ce que l'Assemblée nationale et le garde des Sceaux feront de la garde à vue d'aujourd'hui pour demain. Elle n'est pas un enfer ni une torture même douce. Avec l'avocat, elle ne deviendra pas un délice.
Lire d'autres articles de Philippe Bilger sur son blog.
Attendons de voir ce que l'Assemblée nationale et le garde des Sceaux feront de la garde à vue d'aujourd'hui pour demain. Elle n'est pas un enfer ni une torture même douce. Avec l'avocat, elle ne deviendra pas un délice.
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