Même le foot ne peut plus sauver la FranceAlain Léauthier - Marianne | Vendredi 20 Novembre 2009 à 11:01 | Lu 9152 fois
Retour sur les matchs Egypte-Algérie et France-Irlande. Au delà du foot et des histoires de main, les victoires concomitantes de la France et de l'Algérie, et la façon dont elles ont été accueillies ici et là-bas, en disent long sur l'état de délabrement du grand concept à la mode en ce moment en France: l'identité nationale.
L’Algérie qui rit, la France qui fait la gueule. Il s’agit de football bien sûr, de deux équipes qualifiées, la première très honorablement, la seconde dans la honte, pour la grande parade mondiale et mondialisée du prétendu football des nations. Or, de la nation il a été beaucoup question derrière la bataille pour une qualification où se jouait un peu plus que le simple honneur sportif d’aller en Afrique du Sud au mois de juin 2010. Et la comparaison entre les uns et les autres ne manque pas d’intérêt au moment où, en France, la sphère politique et médiatique tourne autour du fameux débat sur l’identité nationale avec des pudeurs de pucelle effrayée à l’idée de se faire renverser.
En Algérie, le parcours semé d’embûches des bien nommés Fennecs a suscité un regain de « fierté nationale » rappelant presque, selon certains commentateurs, l’euphorie de l’indépendance. Rien n’a pu empêcher l’immense majorité de la population de s’unir autour de leur équipe : ni le chômage dévastateur des jeunes, ni la « bunkérisation » arrogante de l’oligarchie politico-militaire au pouvoir, ni la menace terroriste islamiste qui n’a pas encore été complètement réduite à néant. Libre à chacun de ne voir dans cette adhésion qu’un exutoire, en somme le symptôme de la crise sociale et morale du pays, provisoirement sublimée dans les fumées enivrantes du vieil opium du peuple. Reste que de l’autre côté de la Méditerranée, côté hexagone donc, cette unité probablement très illusoire tient carrément du mirage. Les penseurs qui se croient malins avanceront que la « sophistication » présente de la société française n’autorise plus ces consensus à base de fusion collective. Mais ne serait-ce pas plutôt la morcélisation très avancée du vieux pays qui explique l’impuissance grandissante de son peuple à se reconnaître dans un projet commun? Un projet dissous dans les eaux profondes du marché unique où les territoires ont remplacé les nations et aboli les frontières. Paradoxe cruel : ceux qui ont affirmé le plus visiblement leur entente collective appartiennent au groupe dit des « nouveaux français », selon l’expression entérinée par les précieuses ridicules de la modernité. En clair : les enfants d’immigrés. Le hic c’est que nombre d’entre eux ne se sont pas retrouvés autour de l’équipe de France mais de celle d’Algérie et l’ont bruyamment, voire violemment fait savoir dans plusieurs villes importantes comme Paris, Marseille, Lyon ou encore Roubaix. Il n’était probablement pas inutile dans ce contexte de souligner les causes possibles de cet apparent transfert identitaire : l’absence de perspective, la ghettoïsation galopante des cités, (… mais pas plus qu’en Algérie), les discriminations bien réelles, en un mot la panne générale de l’ascenseur républicain. Reste qu’il faut beaucoup d’imagination, ou beaucoup de temps peut-être, pour transformer leur « non à la République » en « oui » rentré. La Française d’origine algérienne Malika Sorel, membre du Haut conseil pour l’intégration et auteur du « Puzzle de l’intégration » refuse cette opération de passe-passe supposée rassurante. « Le déni continuel du réel n’aide personne, dit-elle. Et certainement pas les premiers intéressés. Si l’intégration réussie concerne plus de monde qu’on ne le croit, une partie de la communauté immigrée rejette aujourd’hui la France et la République et on aurait tort de leur trouver des bonnes raisons. » Pour l’instant elle n’est guère entendue.
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