Mélenchon, le pédalo, et la lessiveuse médiatique
Lundi 14 Novembre 2011 à 18:01 | Lu 50282 fois I 205 commentaire(s)
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De l'interview accordée par Jean-Luc Mélenchon au JDD, les médias n'ont retenu que la petite phrase selon laquelle François Hollande serait « un capitaine de pédalo ». Une formule qui illustre bien le piètre état du débat politique d'aujourd'hui, et qui pourrait au final se retourner contre son auteur, remarque Jack Dion.
Il faut méditer la dernière affaire Mélenchon tant elle illustre les travers de la bulle médiatique et les dérives du débat politique.
Le candidat du Front de Gauche a accordé une interview au Journal du Dimanche. En soi, c’est un petit événement. D’ordinaire, en effet, on ne l’entend guère dans les médias bien en cour, où l’on préfère se polariser sur les candidats dits « grands », ceux ayant des chances de l’emporter au second tour, comme si l’élection présidentielle était devenue une machine à effacer le pluralisme.
Que dit Mélenchon ? Il explique longuement en quoi le nouveau plan d’austérité de François Fillon est la pire des solutions. Il dénonce les responsabilités de Sarkozy, qui a aggravé le déficit de la France par ses cadeaux aux privilégiés. Il accuse le président de la République d’avoir capitulé devant les marchés et de s’être aligné sur Angela Merkel. Il se prononce en faveur d’un programme de relance. Enfin, il en déduit que le projet de François Hollande, résumé par la formule « donner un sens à la rigueur », n’est pas vraiment à la hauteur de la situation, et lance cette fameuse petite phrase : « Pourquoi choisir, pour entrer dans la saison des tempêtes, un capitaine de pédalo comme Hollande ? »
Le candidat du Front de Gauche a accordé une interview au Journal du Dimanche. En soi, c’est un petit événement. D’ordinaire, en effet, on ne l’entend guère dans les médias bien en cour, où l’on préfère se polariser sur les candidats dits « grands », ceux ayant des chances de l’emporter au second tour, comme si l’élection présidentielle était devenue une machine à effacer le pluralisme.
Que dit Mélenchon ? Il explique longuement en quoi le nouveau plan d’austérité de François Fillon est la pire des solutions. Il dénonce les responsabilités de Sarkozy, qui a aggravé le déficit de la France par ses cadeaux aux privilégiés. Il accuse le président de la République d’avoir capitulé devant les marchés et de s’être aligné sur Angela Merkel. Il se prononce en faveur d’un programme de relance. Enfin, il en déduit que le projet de François Hollande, résumé par la formule « donner un sens à la rigueur », n’est pas vraiment à la hauteur de la situation, et lance cette fameuse petite phrase : « Pourquoi choisir, pour entrer dans la saison des tempêtes, un capitaine de pédalo comme Hollande ? »
La petite phrase, forcément...
Et que retiennent les médias ? L’histoire du pédalo, évidemment. Pour la première fois depuis qu’il est candidat, Jean-Luc Mélenchon a droit à la une du Figaro, où l’on est tout content de voir un homme de gauche en étriller un autre d’une formule assassine. De la part de l’organe officiel de la Sarkozie, ce n’est pas étonnant. Mais tous les médias ont fait de même, comme si Mélenchon n’avait rien à dire sur rien et qu’il s’était contenté de traiter Hollande comme Mitterrand, naguère, traitait Rocard.
Certes, Mélenchon, qui n’est pas né de la dernière pluie, l’a bien cherché. L’ancien ministre connaît trop le poids des mots pour ne pas savoir ce qu’il faisait. Peut-être espérait-il tirer son épingle du jeu politique en refaisant surface dans un océan médiatique où, sans petite phrase, le calme plat est de rigueur. De ce point de vue, l’opération est réussie. Mais les conséquences risquent de ne pas être celles prévues par les stratèges du Front de Gauche.
En effet, rien ne dit que Mélenchon gagnera quelque crédit électoral supplémentaire à faire son petit Georges Marchais de service. Ce n’est pas parce que le débat public est nécessaire – y compris à gauche - qu’il faut en arriver à utiliser des noms d’oiseau et des comparaisons qui sont surtout désobligeantes pour ceux qui les profèrent.
On peut très bien pointer les insuffisances et les ambiguïtés du candidat Hollande sans pour autant reprendre à son compte des formulations qui vont être recyclées jusqu’à plus soif sur les tréteaux de droite, où l’on se gargarisait déjà des formules utilisées voici peu par Martine Aubry et Arnaud Montebourg.
Certes, Mélenchon, qui n’est pas né de la dernière pluie, l’a bien cherché. L’ancien ministre connaît trop le poids des mots pour ne pas savoir ce qu’il faisait. Peut-être espérait-il tirer son épingle du jeu politique en refaisant surface dans un océan médiatique où, sans petite phrase, le calme plat est de rigueur. De ce point de vue, l’opération est réussie. Mais les conséquences risquent de ne pas être celles prévues par les stratèges du Front de Gauche.
En effet, rien ne dit que Mélenchon gagnera quelque crédit électoral supplémentaire à faire son petit Georges Marchais de service. Ce n’est pas parce que le débat public est nécessaire – y compris à gauche - qu’il faut en arriver à utiliser des noms d’oiseau et des comparaisons qui sont surtout désobligeantes pour ceux qui les profèrent.
On peut très bien pointer les insuffisances et les ambiguïtés du candidat Hollande sans pour autant reprendre à son compte des formulations qui vont être recyclées jusqu’à plus soif sur les tréteaux de droite, où l’on se gargarisait déjà des formules utilisées voici peu par Martine Aubry et Arnaud Montebourg.
Ennemi de l'intérieur
Le discours de François Hollande sur la « rigueur juste » est déjà assez ambiguë pour qu’il ne soit pas nécessaire d’en rajouter en lui faisant des procès d’intention. Mieux vaut débattre des « réformes révolutionnaires » (comme disait Jaurès) nécessaires pour commencer à sortir le pays du déclin annoncé, pour mettre les banques à la raison, pour faire payer les riches, pour que la rigueur frappe enfin ceux qui ont profité des largesses fiscales et salariales accordées jusqu’ici, pour s’attaquer à la cause réelle du déficit, bref pour remettre de l’ordre dans la maison France.
Sur tous ces sujets, Jean-Luc Mélenchon avance des analyses parfois pertinentes, quelquefois critiquables, mais toujours intéressantes, qui méritent débat. Or sa petite phrase, dès lors que l’on ne retient que celle-ci, brouille tout. Certains vont immédiatement le cataloguer d’ennemi de l’intérieur. Le Front de gauche risque ainsi d’être le seul à en subir les conséquences, confirmant ainsi qu’à mal ajuster son tir, on risque d’être la première victime des dégâts collatéraux.
Sur tous ces sujets, Jean-Luc Mélenchon avance des analyses parfois pertinentes, quelquefois critiquables, mais toujours intéressantes, qui méritent débat. Or sa petite phrase, dès lors que l’on ne retient que celle-ci, brouille tout. Certains vont immédiatement le cataloguer d’ennemi de l’intérieur. Le Front de gauche risque ainsi d’être le seul à en subir les conséquences, confirmant ainsi qu’à mal ajuster son tir, on risque d’être la première victime des dégâts collatéraux.
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