Mélenchon-Le Pen: les deux fronts en rodage
Pour la Saint-Valentin, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen se sont mutuellement offerts une séance de rodage. Soucieux de réagir aux flèches décochées par l'adversaire, les deux débatteurs ont presque oublié de défendre leurs propres idées.
Ce lundi matin, l'actualité a offert à Marine Le Pen une accroche inespérée. Invités à réagir aux révoltes tunisienne et égyptienne, les deux protagonistes ont défendu face à Jean-Jacques Bourdin des points de vue diamétralement opposés. A peine Mélenchon s'était-il déclaré « enthousiaste » face à ces révolutions que la présidente du Front sautait sur l'occasion pour embrayer sur son thème de prédilection, l'immigration, exhumant au passage une citation anti-immigrationniste de Georges Marchais.
Dracula VS Yvette Horner
Douée pour placer des banderilles, Marine Le Pen s’est retrouvée un peu plus à la peine quand il a été question d'économie, cherchant souvent à se retrancher derrière ses fiches. Quid par exemple du positionnement du FN sur les retraites ? On n’en saura rien ce matin. Comme on n’en avait rien su lors du mouvement social, « Méluche » faisant remarquer au détour d’une phrase avoir été, lui, de « toutes les manifs sur les retraites », auxquelles, évidemment, Marine Le Pen ne s'est pas rendu.
Silence aussi de la nouvelle Madame le Président du FN quand Mélenchon note que son parti prône une Banque centrale indépendante, ce qui se révèle être une idée aux antipodes du souverainisme pourtant revendiqué par le Front national. En réalité, le programme frontiste évoque « une autonomie de la Banque de France en coopération avec le Ministère de l'économie et des finances ». Le problème est que Marine Le Pen ne parvient même pas à le contrer sur ce point.
Quid également des conséquences du programme du FN de sortie de l’euro ? Le « retour au franc Le Pen », c’est une dévaluation et, par ricochet, une « inflation de 20% », fait valoir Jean-Luc Mélenchon sans trouver vraiment de résistance face à lui, si ce n’est une Marine Le Pen prétendant au final avoir lu l’économiste Maurice Allais mais dont on devine qu’elle n’en a lu que des synthèses très… synthétiques. Très synthétique est aussi Marine Le Pen quand elle explique travailler sur une « révolution fiscale » dont on n’apprendra finalement pas grand-chose de plus que sa simple évocation…
Mélenchon, quant à lui, déroule son programme déjà dévoilé dans son essai musclé Qu’ils s’en aillent tous ! : revenu maximum, planification écologique, développement de la géothermie, etc. « L’effet Dracula », comme il l’appelle (« Un peu de lumière et [le FN] disparaît ») fonctionne alors. Encore que… Car dans son livre, le candidat Mélenchon commençait à tourner le dos à son fédéralisme européen. Sur le plateau de RMC-BFM, le leader du PG a expliqué avoir « besoin d’une monnaie européenne » pour pouvoir instaurer « un SMIC européen » et contrer ainsi, selon lui, la concurrence entre travailleurs à l’intérieur des frontières de l’Union. Un attachement à l’euro qui signe un retour, en somme, à son fédéralisme européen historique… Et l’occasion pour Marine Le Pen de placer une nouvelle banderille sur le dos de celui qu’elle a baptisé ce matin la « Yvette Horner de la politique » : « Vous voulez transformer un lance-flamme en extincteur » !
Au final, cette confrontation inaugure sans doute une nouvelle séquence du débat politique français puisque les deux protagonistes de ce matin étaient d'accord sur un point : la diabolisation du FN, c'est fini ! Le paradoxe est que cette nouvelle donne met en danger les deux personnalités : Marine Le Pen doit répondre sur le terrain de l'argumentation rationnelle alors qu'elle est bien meilleure dans l'apostrophe ; et Jean-Luc Mélenchon, qui n'a pas démérité, doit aussi affronter des sujets — l'immigration, l'insécurité, l'euro — qui ne sont pas son fonds de commerce. La « Formule 1 » Marine Le Pen est encore en rodage. Quant à Mélenchon, la chasse aux seules voix communistes n'est pas une option durable.
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