Marianne2 2012

Mélenchon-Le Pen: les deux fronts en rodage

Lundi 14 Février 2011 à 12:30 | Lu 24876 fois I 298 commentaire(s)

G. Andrieu, Ph. Cohen et L. Dupont - Marianne

Pour la Saint-Valentin, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen se sont mutuellement offerts une séance de rodage. Soucieux de réagir aux flèches décochées par l'adversaire, les deux débatteurs ont presque oublié de défendre leurs propres idées.


(photo: D.R.)
(photo: D.R.)
Interrogé par Marianne sur Marine Le Pen, Bernard-Henri Lévy a dit : « Il faut changer de stratégie. On ne va pas lui interdire, par exemple, de se réclamer de la République. » Ce matin sur RMC-BFM , face à Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon est passé aux travaux pratiques. Lui qui prôna l'interdiction du Front national (qu’il qualifiait, encore il y a un an, de « parti contre-républicain et fachistoïde ») a décidé, comme il l'a répété plusieurs fois dans le débat, d'opposer une argumentation rationnelle aux thèses lepénistes.

Ce lundi matin, l'actualité a offert à Marine Le Pen une accroche inespérée. Invités à réagir aux révoltes tunisienne et égyptienne, les deux protagonistes ont défendu face à Jean-Jacques Bourdin des points de vue diamétralement opposés. A peine Mélenchon s'était-il déclaré « enthousiaste » face à ces révolutions que la présidente du Front sautait sur l'occasion pour embrayer sur son thème de prédilection, l'immigration, exhumant au passage une citation anti-immigrationniste de Georges Marchais.

Se déclarant « inquiète » devant l'arrivée massive de Tunisiens sur l'île de Lampedusa en Italie, Le Pen a accusé « l'Europe qui n'a pas de frontières ». Militant pour la préférence nationale - expression chère au FN mais que Marine Le Pen ne prononcera jamais durant le débat - la candidate frontiste a taclé le leader du Front de gauche, lui reprochant d'être « un faux ami de ceux qu'il prétend défendre : les ouvriers, qui sont les plus touchés par l'immigration ». L'argumentaire frontiste est simple : l'arrivée massive d'une main d'oeuvre à faible coût inciterait les patrons à embaucher davantage des travailleurs immigrés avec pour conséquence : chômage et baisse des salaires, « le salaire minimum est en train de devenir le salaire maximum ». Visiblement déstabilisé par la dialectique de son adversaire sur ce thème, Mélenchon a plaidé pour la régularisation de « tous les travailleurs sans-papiers », laissant ainsi à Marine Le Pen le monopole de la défense des travailleurs avec papiers. 

Deuxième round : la laïcité. Rassurée par le premier duel plutôt à son avantage, la patronne du FN s'engouffre dans le débat façon bulldozer. Bien décidée à marquer des points sur ces sujets - avant d'être malmenée sur son point faible : l'économie - elle opte pour un mode offensif. « Je m'aperçois que monsieur Mélenchon n'a jamais condamné les prières de rue, les financements publics des mosquées », s'insurge-t-elle. « Je n'ai pas attendu Madame Le Pen pour condamner toutes les démonstrations de rue », se défend alors le leader du Front de gauche. Flairant le potentiel clivant du discours du FN sur l'Islam, Mélenchon profite de l'occasion pour se poser en rassembleur laïc, criant haut et fort son refus de voir stigmatiser ainsi une religion. Pour lui, « pas de problème avec l'Islam mais avec une poignée de fanatiques ». Et, comme pour signifier qu'il porte la voix du peuple tout entier, Méluche ajoute : « Les Français pensent comme moi, ils en ont par dessus la tête d'être obsédés par ces histoires de religion. » 

Dracula VS Yvette Horner

Douée pour placer des banderilles, Marine Le Pen s’est retrouvée un peu plus à la peine quand il a été question d'économie, cherchant souvent à se retrancher derrière ses fiches. Quid par exemple du positionnement du FN sur les retraites ? On n’en saura rien ce matin. Comme on n’en avait rien su lors du mouvement social, « Méluche » faisant remarquer au détour d’une phrase avoir été, lui, de « toutes les manifs sur les retraites », auxquelles, évidemment, Marine Le Pen ne s'est pas rendu.


Silence aussi de la nouvelle Madame le Président du FN quand Mélenchon note que son parti prône une Banque centrale indépendante, ce qui se révèle être une idée aux antipodes du souverainisme pourtant revendiqué par le Front national. En réalité, le programme frontiste évoque « une autonomie de la Banque de France en coopération avec le Ministère de l'économie et des finances ». Le problème est que Marine Le Pen ne parvient même pas à le contrer sur ce point.


Quid également des conséquences du programme du FN de sortie de l’euro ? Le « retour au franc Le Pen », c’est une dévaluation et, par ricochet, une « inflation de 20% », fait valoir Jean-Luc Mélenchon sans trouver vraiment de résistance face à lui, si ce n’est une Marine Le Pen prétendant au final avoir lu l’économiste Maurice Allais mais dont on devine qu’elle n’en a lu que des synthèses très… synthétiques. Très synthétique est aussi Marine Le Pen quand elle explique travailler sur une « révolution fiscale » dont on n’apprendra finalement pas grand-chose de plus que sa simple évocation…


Mélenchon, quant à lui, déroule son programme déjà dévoilé dans son essai musclé Qu’ils s’en aillent tous ! : revenu maximum, planification écologique, développement de la géothermie, etc. « L’effet Dracula », comme il l’appelle (« Un peu de lumière et [le FN] disparaît ») fonctionne alors. Encore que… Car dans son livre, le candidat Mélenchon commençait à tourner le dos à son fédéralisme européen. Sur le plateau de RMC-BFM, le leader du PG a expliqué avoir « besoin d’une monnaie européenne » pour pouvoir instaurer « un SMIC européen » et contrer ainsi, selon lui, la concurrence entre travailleurs à l’intérieur des frontières de l’Union. Un attachement à l’euro qui signe un retour, en somme, à son fédéralisme européen historique… Et l’occasion pour Marine Le Pen de placer une nouvelle banderille sur le dos de celui qu’elle a baptisé ce matin la « Yvette Horner de la politique » : « Vous voulez transformer un lance-flamme en extincteur » ! 


Au final, cette confrontation inaugure sans doute une nouvelle séquence du débat politique français puisque les deux protagonistes de ce matin étaient d'accord sur un point : la diabolisation du FN, c'est fini ! Le paradoxe est que cette nouvelle donne met en danger les deux personnalités : Marine Le Pen doit répondre sur le terrain de l'argumentation rationnelle alors qu'elle est bien meilleure dans l'apostrophe ; et Jean-Luc Mélenchon, qui n'a pas démérité, doit aussi affronter des sujets — l'immigration, l'insécurité, l'euro — qui ne sont pas son fonds de commerce. La « Formule 1 » Marine Le Pen est encore en rodage. Quant à Mélenchon, la chasse aux seules voix communistes n'est pas une option durable.









LES PLUS de Marianne
  • Revue Web personnalisée
  • Les Unes de Marianne2
  • Le MAG en PDF 24h avant !

Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr


Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez