Meirieu est-il un bon plan pour Europe Ecologie?Antidote - Blogueur associé | Lundi 9 Novembre 2009 à 14:01 | Lu 5615 fois
Chercheur en sciences de l'éducation et inspirateur de nombreuses réformes telles que la mise en place des IUFM, Philippe Meirieu s'engage comme tête de liste Rhône-Alpes Europe Ecologie. Mais Antidote se demande s'il est vraiment le candidat qui va amener un vent nouveau en politique?
Les écologistes rhône-alpins ont choisi leur candidat. Elu à l’albanaise pour mener la liste d’Europe Ecologie aux prochaines élections régionales, le Lyonnais Philippe Meirieu apparaît comme un jeune en politique. Pourtant, ce n’est pas lui faire injure ni offense que d’indiquer qu’il passera difficilement pour un perdreau de l’année, permettant d’amener de la fraîcheur dans le débat politique.
Cette fraîcheur semble l’atout publicitaire principal d’Europe Ecologie. Certains commentateurs ont attribué au nouvel ensemble écologiste cette nouveauté, cet air frais revigorant. Laissez- moi rire. Frais et nouveaux, Cohn-Bendit et Bové ? Tranchant avec l’air du temps ? Cela fait bien longtemps que le soixanthuitardisme est aux commandes intellectuelles du Tout-Paris. Quarante ans qu’on voit l’un sur nos écrans quand on avait découvert le second il y a plus de trente ans sur le plateau du Larzac. La seule véritable nouveauté fut que les écolos réussirent pour une fois à se rassembler et à taire toutes leurs querelles. Ils profitèrent de l’abstention des classes populaires, lesquelles leur sont peu favorables. On peut également leur concéder une intelligence stratégique qui les conduisirent à ne pas, à l’instar du PS et du MoDem, tomber dans le seul anti-sarkozysme. Ces trois paramètres aboutirent au très bon score de juin dernier. C’est davantage la vieille politique à l’ancienne qui a mené Europe-Ecologie à 16 % et non les pas de danse exécutés à chaque fin de réunion publique par ses chefs de file. Mais revenons à Meirieu. Qui peut nous faire croire qu’il s’agit d’un homme nouveau en politique ? Depuis des années, il inspire ceux qui font la politique éducative française. Inspirateur des IUFM, zélateur de l’élève au centre, il est le pape du pédagogisme depuis plus de vingt ans, participant d’ailleurs de très près à la rédaction de la loi d’orientation de 1989. Il a été non seulement la référence pour les politiques d’éducation du PS mais aussi celles de la droite, laquelle n’a jamais remis en cause les dogmes pédagogistes de Bayrou à Châtel en passant par Ferry et Fillon. Seul Xavier Darcos a pu fâcher Philippe Meirieu avec sa réforme des programmes de l’enseignement primaire de 2007-2008 davantage inspirée par le rejet du pédagogisme et le retour aux apprentissages fondamentaux réclamé par Jean-Paul Brighelli et Alain Finkielkraut. Il faut tout de même préciser que, malheureusement, cette réforme fut mise en place dans un contexte de réduction des moyens ce qui ne favorisa pas son adhésion par le plus grand nombre. D’ailleurs, les pédagogistes reprirent vite du poil de la bête lors de la réforme du lycée, davantage combattue par le SNALC, classé à droite, que par le SGEN et l’UNSA, syndicats acquis aux idées du pape Meirieu. Ce n’est pas parce qu’on n’a jamais goûté au bain électoral que l’on est un jeune en politique. L’influence en tant qu’éminence grise, les tribunes dans les journaux, les débats lors desquels on est systématiquement invité en tant que « spécialiste » ne comptent pas pour du beurre. Qui peut croire que l’influence de Philippe Meirieu sur l’évolution de l’Ecole aurait été supérieure s’il avait été élu sans discontinuer député de base depuis 1988 ? Proche du parti socialiste, il aurait tout de même apprécié qu’on ne le limitât pas à ce rôle de conseiller de luxe. Je ne sais si le PS lui a proposé dans le passé des investitures. Toujours est-il qu’il ne l’a pas fait cette fois-ci et que Philippe Meirieu en a été fort marri au point de rallier les écologistes. On savait qu’il était un socialiste de la deuxième gauche, plutôt chrétienne-sociale. Mais d’écologie, il n’avait jamais été question avec lui.Pourtant, il n’y a rien d’illogique à le voir rallier les écolos dont les positions sur l’Ecole, fortement inspirées par les frères Cohn-Bendit, épousent le pédagogisme avec d’autant plus de passion que ce dernier est un enfant légitime de Mai 68. Sous les pavés la plage, c’est le refus du passé, le refus de la Culture classique, le refus de la Transmission. Le PS est donc aujourd’hui orphelin de plusieurs mauvais génies en matière éducative. Allègre a basculé chez Sarko. Lang n’est plus très loin de faire la même chose (1). Et Meirieu, donc, rejoint Europe-Ecologie, organisation qui n’a d’autre but que de le remplacer en tant que première force de la gauche. Il s’agit donc d’une chance historique pour le PS qui peut enfin se remettre à réfléchir sur le devenir de l’Ecole et entamer aujourd’hui un véritable inventaire. A Martine Aubry de lancer ce débat. Elle peut d’ailleurs fort bien se tourner vers son partenaire MRC, ce qui serait davantage fructueux que de laisser le programme éducatif de son parti à Bruno Julliard, lequel, nourri au lait de l’UNEF, ne parviendra pas à se débarrasser de ses mauvais réflexes pédagogistes. Certains jeunes cadres socialistes disent vouloir s’affranchir de mai 68 et de ses dérives. Chiche ! Qu’ils s’attaquent à l’Ecole. Ce sera bien plus décisif que leurs déclarations sur la vie sexuelle de Roman Polanski ou celle de Frédéric Mitterrand. (1) Son opposition à Darcos constituait le dernier clivage avec l’actuel gouvernement. Châtel, davantage acquis au pédagogisme, doit rassurer l’ancien ministre de l’Education Retrouvez les articles d'Antidote sur son blog
Voir les 29 commentaires
Dans la même rubrique :
|
|
||

Imprimer
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Accueil
Envoyer
Partager
Digg
Del.icio.us
Wikio
Facebook
Google
MySpace
Twitter
LinkedIn
Viadeo







