Marianne2 2012

Megaupload a fermé, et après ?

Samedi 21 Janvier 2012 à 12:01 | Lu 46201 fois I 25 commentaire(s)

Tefy Andriamanana
Journaliste à Marianne, je m'occupe des sujets police/justice, immigration et du numérique.... En savoir plus sur cet auteur

Les politiques français ont aussi réagi à la fermeture de Megaupload. Si Nicolas Sarkozy s’en est félicité, au PS, on préfère parler d’une autre politique de lutte contre le téléchargement illégal. Mais laquelle ?


Il a été le premier à réagir. Dans la nuit de jeudi à vendredi, l’Elysée a publié un communiqué présidentiel triomphant sur la fermeture de Megaupload, site permettant de télécharger, le plus souvent illégalement, toutes sortes d’œuvres. Pour le chef de l’Etat, ce site « permettait à ses promoteurs de réaliser des profits criminels sous la forme de recettes publicitaires ou d'abonnements de ses usagers » et a estimé que la lutte contre ce genre de services « constitue une impérieuse nécessité pour la préservation de la diversité culturelle et le renouvellement de la création ». Il a aussi rappelé sa volonté d’une loi Hadopi 3 pour punir le streaming et le téléchargement direct illégal.
 
Et les réactions sont venues de tout l’échiquier politique. Sur LeMonde.fr, Martine Billard, co-présidente du Parti de Gauche, a proposé la mise en place de la licence globale et d’une « approche coopérative » plutôt que « répressive » au sujet du piratage des œuvres culturelles. Le FN a également réagi, Marine Le Pen a ainsi condamné la loi Hadopi et a aussi prôné la mise en place d’une licence globale : « L’Etat a vocation à garantir aux citoyens français un accès équitable et libre à la culture ». Son conseiller aux libertés numériques David Rachline a lui dénoncé l'action de la justice américaine : « Nous n'approuvons pas du tout la fermeture de Megaupload », a-t-il dit sur LeMonde.fr. L’écologiste Eva Joly s’est retrouvé paradoxalement sur la même ligne libertaire, souhaitant « condamner les responsables de cette atteinte aux libertés ».
 
Mais prendre position sur cette question est délicat, le cas Megaupload étant plus que complexe. En effet, le site n’a rien à voir avec une œuvre de bienfaisance. Son patron Kim Schmitz est accusé de mener un train de vie de nabab grâce aux revenus de ses services en ligne. Il serait même propriétaire de la maison la plus chère de Nouvelle-Zélande. Le site aurait généré 175 millions de dollars de recettes selon le FBI et le département de la Justice américain. De l’autre coté, certains voient dans ce site l’esquisse d’un nouveau modèle économique pour la culture. Le 11 janvier, un représentant de Megaupload était d’ailleurs reçu au Sénat à l’invitation de la sénatrice écologiste Marie-Christine Blandin.

Une nouvelle offre légale ?

Au PS, on a tenté de concilier toutes les contradictions à ce sujet. Hasard du calendrier, François Hollande a prononcé jeudi, avant l'annonce de la fermeture de Megaupload, un discours sur la culture où il a rappelé sa volonté de chercher de nouveaux revenus pour la culture et a fustigé l’échec de la loi Hadopi. « Cette loi sera supprimée et remplacée » a-t-il promis, parlant d’une nouvelle « loi sur l’exception culturelle ». S’il n’a pas détaillé son contenu, le candidat à la présidentielle a souhaité satisfaire tous les intérêts en jeu : « Il ne peut pas y avoir de coupure entre les créateurs et leur public ». 

Sur France Inter, vendredi matin, Aurélie Filippetti, chargé de la culture auprès du candidat, a trouvé « normale » la fermeture du site : « Nous voulons renforcer la lutte contre ce genre de sites totalement illégaux qui font de l'argent sur le dos des artistes ». 

Pour autant, le camp Hollande trouve hypocrite l'attitude de Nicolas Sarkozy. Pour Fleur Pellerin, chargée de l'Economie numérique, la fermeture de Megaupload est bien « la preuve qu'on peut lutter contre le piratage avec des moyens du droit commun » à l'encontre de sites commerciaux et non en s'attaquant aux simples internautes comme avec la Hadopi, explique-t-elle à Marianne.

La conseillère estime également que le succès commercial de la plateforme montre qu'un « site légal proposant un large catalogue avec des prix peu élevés pourrait tout à fait être attractif ». Au passage, elle souhaite que cette nouvelle offre légale soit « créée par le marché » même si, en cas de difficulté avec les acteurs du secteur, il y pourrait y avoir une contribution de l'Etat. En attendant, les alternatives à Megaupload existent déja : ses principaux concurrents comme Rapidsare ou Fileserve. Avec des contenus tout aussi illégaux.









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