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Maxime Brunerie pensait faire une fleur au Modem, Bayrou n'en veut pas !

Lundi 1 Août 2011 à 12:01 | Lu 7272 fois I -1 commentaire(s)

Philippe Bilger
Philippe Bilger a été juge d’Instruction et avocat général. Il est actuellement magistrat... En savoir plus sur cet auteur

La demande d'adhésion de Maxime Brunerie au Modem, tout autant que le refus de François Bayrou, ont fait couler de l'encre. Philippe Bilger se souvient de celui qu'il a eu en face, en tant qu'avocat général... et explique pourquoi Maxime Brunerie aura toujours une tendance à la surestimation de soi.


François Bayrou ne veut pas de Maxime Brunerie

Maxime Brunerie a tenté d'assassiner Jacques Chirac, qui était président de la République, lors du défilé du 14 juillet 2002.

Il a été condamné par la cour d'assises de Paris à dix ans de réclusion. Brunerie a été libéré au mois d'août 2009. Il a écrit un livre sur sa vie, son parcours, son procès et sa réinsertion. Il a bénéficié d'une forte promotion médiatique liée à la curiosité, voire à la fascination éprouvée par certains journalistes devant des personnalités à la fois troublantes, atypiques et au passé criminel, scandaleux.

J'ai été l'avocat général face à Maxime Brunerie sous la présidence de Martine Varin, un magistrat remarquable malheureusement décédé. A l'encontre de cet accusé j'avais requis de six à huit ans d'emprisonnement, Jacques Chirac ayant eu l'élégance de ne pas se constituer partie civile. La cour et le jury ont donc été plus sévères que je ne le souhaitais et à la réflexion j'ai dû admettre qu'ils n'avaient pas eu tort. En effet, j'avais fondé mon réquisitoire sur la difficulté d'être de Brunerie ayant cherché désespérément au long de sa jeune existence de quoi justifier celle-ci : la famille, l'amitié, l'amour, la politique, l'idéologie. Son obsession, alors, était de sortir sa destinée de l'anonymat et de la grisaille en accomplissant un acte qui le ferait rentrer, lui, dans la lumière et l'Histoire. Cette approche était loin d'être fausse mais sans doute incomplète. J'avais probablement sous-estimé la part d'extrême droite, le terreau fasciste sur lesquels, conjoncturellement, Brunerie avait greffé son malaise de vivre structurel. Toujours plus attentif au permanent, j'avais cherché à dégager chez Brunerie les traits susceptibles de permettre une familiarité avec d'autres destins. J'avais manqué de la sorte des influences délétères immédiates et redoutables. Tout en ayant conscience, trop tard, de ces lacunes dans mon propos, je m'étais consolé en lisant dans Le Monde, grâce à Pascale Robert-Diard, un compte-rendu détaillé de mes réquisitions, ce qui validait à mon sens leur plausibilité.

Quelques années plus tard, Maxime Brunerie m'a proposé d'écrire la préface de son livre. Même si j'inclinais d'emblée vers une réponse négative pour des raisons professionnelles évidentes, je tenais tout de même à ne pas sacrifier cette opportunité sans avoir bien pesé la qualité de l'ouvrage et ce qu'une préface de ma part aurait pu apporter comme soutien à une réinsertion apparemment réussie. Le livre n'était pas dénué d'un certain talent, il supportait largement la comparaison avec d'autres récits du même type mais le ton général ne me plaisait pas, du mépris perçait notamment à l'encontre du jury populaire qui l'avait condamné, un sentiment de supériorité continuait d'imprégner Brunerie qui donnait trop souvent aux considérations judiciaires, pénitentiaires et sociales qu'il développait un tour arrogant et désagréable. Certes, il était un autre mais encore un peu le même. J'ai ainsi été conduit à lui expliquer pourquoi je n'écrirais pas sa préface. Il en a pris acte et je n'ai plus entendu parler de lui.

Maxime Brunerie a indiqué il y a peu de temps qu'il avait adhéré au MoDem (France Info). Ce parti, par la bouche de son président François Bayrou, a fait savoir qu'il s'agissait d'une demande d'adhésion, que cette dernière était soumise à approbation, qu'on n'entrait pas au MoDem « comme dans un moulin », qu'il y avait « une petite enquête » et qu'en définitive, sans la moindre contestation interne, Brunerie n'avait pas été admis. François Bayrou a ajouté que « les déséquilibrés n'ont pas de place chez nous » (RMC, Le Parisien).

Avant d'examiner le bien-fondé ou non d'une telle remarque, force est de considérer que Brunerie n'a rien fait ou dit pour rendre sa démarche d'adhésion acceptable. Il a semblé au contraire - et cela lui ressemble - manifester à quel point il ferait par sa présence un cadeau au MoDem, et non l'inverse. Déclarer : « Je ne dis pas que c'est le meilleur mais pour moi c'est le moins pire... avec humour je dirais que j'ai un faible pour les causes perdues.. » ne semblait pas la meilleure méthode, sauf à cultiver la provocation, pour susciter une quelconque bienveillance du MoDem.

Déséquilibré, Maxime Brunerie l'a été indéniablement le 14 juillet 2002 avec son rêve de gloire par le crime. Il a payé, il a découvert les joies ordinaires de l'amour et du travail, son futur ne sera plus pavé que de bonnes intentions. Même pour lui, ce 14 juillet 2002 deviendra une folie, une absurdité s'il ne l'est pas déjà.  Le temps a déjà effacé et effacera beaucoup. Ce qui est sûr, c'est que son caractère gardera une structure, des tendances, une propension à la surestimation de soi et à la dégradation d'autrui. François Bayrou a le droit de craindre que l'acte ancien ait marqué durablement sa psychologie, que les convictions de Brunerie soient aux antipodes de celles du MoDem et que la désinvolture affichée ne serait guère porteuse de sens pour un authentique militantisme. Ce refus, en tout cas, a ulcéré Brunerie qui souhaite rencontrer le président du MoDem (JDD.fr, nouvelobs.com).

On peut craindre- c'est une hypothèse- que Brunerie ne perçoive plus très bien, à cause de cette médiatisation, les limites qui devraient être les siennes et se laisse abusivement envahir par le « personnage » qu'il est devenu et qui le flatte. Un peu de discrétion, dorénavant, ne messiérait pas.

Le Front national a récemment exclu un militant pour des propos indignes rapportés sur les crimes et la tragédie norvégienne. LeMoDem n'est pas non plus destiné à devenir un « parti de passe » déserté par Eva Joly faute d'hommage immédiat et choisi du bout des lèvres et de l'esprit, par défaut en quelque sorte, par Maxime Brunerie. Je relève qu'un ménage salutaire est fait ici ou là mais que dans les « grandes » formations, on se soucie peu de ces problèmes éthiques. On a le droit d'y dire n'importe quoi mais pas de se présenter à l'encontre des investitures officielles !

Maxime Brunerie, s'il veut à toute force s'engager, devrait tenter sa chance auprès d'elles.

Maxime Brunerie pensait faire une fleur au Modem, Bayrou n'en veut pas !
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