Marianne2 2012

Maurice Leroy, nouveau penseur de la Sarkozie

Vendredi 2 Juillet 2010 à 05:01 | Lu 12298 fois I 22 commentaire(s)

Super No - Blogueur associé

Le blogueur associé Super No revient sur l'interview du député UMP Maurice Leroy sur France Info. Pour épingler les raccourcis simplistes et les analyses caricaturales. Un piètre avocat pour défendre la Sarkozie.


Maurice Leroy est un député « Nouveau centre ». Enfin, député, mais aussi président de Conseil général, etc. Le petit notable cumulard de province comme la politique nous en offre hélas tant de spécimens. « Nouveau Centre », cela veut dire à la fois « de droite », mais aussi « traître ». Puisqu’il a laissé tomber Bayrou pour filer à la distribution de soupe sarkozyste. Et donc, « Nouveau centre » ça veut aussi dire « Ex-Modem », c’est-à-dire un peu naïf, et/ou doté d’une ambition très surfaite. On peut même ajouter qu’il y a 20 ans, il était au parti communiste. La cohérence parfaite.

Bref, tout ça pour dire que la pensée de Maurice Leroy ne revêt pas forcément une importance considérable.

Pourtant, tout à l’heure sur France Info, c’est bien lui qui était interrogé. Et il ne m’a pas déçu : la profondeur de sa réflexion est dans la droite ligne de la logique de son parcours ! En quelque minutes, il a délivré une collection de bêtises monumentales dont voici un florilège. L’intégrale est ici.

Si on en croit Leroy, Woerth serait la victime innocente d’un complot ourdi par ces malfaisants du Parti socialiste, qui ne chercheraient en fait qu’à l’empêcher de mettre en œuvre la réforme des retraites.

« Il faut arrêter ces calomnies incessantes, cette canonnière du Yang-Tse Kiang en permanence » (ça, c’est son collègue Hervé Morin, qui s’y connaît ‘achement en armement, qui lui a soufflé).

« Chaque jour on sort une boule puante. {...} Cette campagne incessante qui crée un climat nauséabond et délétère, il faut bien le dire et je tiens à le dénoncer, ça ne rapporte pas une voix au Parti socialiste, la seule gagnante c’est celle qu’on n’entend pas, c’est Marine Le Pen et l’abstentionnisme. {...} Les gens en ont marre de ce climat, et encore une fois, ça ne fait pas progresser le Parti socialiste. » 


Maurice Leroy, petit député qui ne voit pas plus loin que le bout de son portefeuille, ne voit dans cette affaire que l’ombre du Parti socialiste, et cherche à se rassurer : « ça ne fait pas progresser le parti socialiste » (et il pense très fort « heureusement »…). Non mais vous vous rendez compte ? Ça pourrait faire progresser le FN, l’abstention, et je pourrais perdre mon siège au profit d’un « socialiste » !

Au passage, qui donc fait progresser le FN et l’abstention ? Est-ce la presse qui sort des affaires ? Non ! Elle ne fait que son boulot, pour une fois… Est-ce le Parti socialiste qui retrouve de la voix, sinon des idées ? Non ! Qu’il tente de récupérer le truc, c’est de bonne guerre, même s’il est assez moyennement crédible dans le rôle du chevalier blanc. Il me semble qu’on a connu un bon contingent d’affairistes de la même trempe au cours de la peu glorieuse époque de la gauche caviar mitterrandienne…

C’est bien la pourriture de cette classe politique, ces affairistes, ces magouilleurs, ces « hommes de conviction » qui en changent au fil du vent, ces perroquets qui prennent leur air le plus outré pour défendre l’indéfendable, ces minus qui préfèrent s’intéresser à notre équipe de foot alors que tout part en couilles : ce sont Woerth, Bertrand, Leroy, Sarkozy et leurs semblables qui sont responsables du dégoût des électeurs.

Quand on s’élève un peu au dessus du niveau de Maurice Leroy, ce qui ne demande pas un effort considérable, on constate simplement qu’il est évident que la plupart des révélations quasi-quotidiennes de la presse sur Eric Woerth, (ce qu’il appelle des « boules puantes », et qui sont plutôt des flatulences non-assumées) auraient justifié sa démission. Et qu’au bout d’une semaine, le fait qu’il soit encore là est un pur scandale.

On voit aussi que s’il est maintenu artificiellement en vie par Sarkozy et Fillon, c’est bien que derrière lui, c’est la réforme des retraites qu’il faut protéger, car c’est la dernière manœuvre ultralibérale importante avant la fin des haricots du mandat.

Ah oui, les retraites. Maurice Leroy a évidemment son idée là-dessus. « C’est pas idéologique, la réforme des retraites, c’est démographique. » Nous avons manifestement affaire à un de ces esprits simples pour lesquels c’est évident : puisqu’on vit (un peu) plus longtemps, il faudra travailler (beaucoup) plus longtemps. J’en avais parlé . 


Maurice Leroy, nouveau penseur de la Sarkozie

Et pour montrer combien cette assertion est ridicule et que cette « réforme » est au contraire de l’idéologie à l’état pur, il ne dit pas la « réforme des retraites », mais « le sauvetage de la retraite par répartition ». Alors qu’en fait c’est un nouveau coup de hache dans le processus engagé depuis 1993 de casse de ce système dans le but ultime de le confier aux magnats des assurances privées, amis de Sarkozy et de Woerth… 


C’est exactement le message que le G8 vient de transmettre : haro sur la dépense publique ! Plus de scrupules, revenons-en aux dogmes du libéralisme ! Thatchérisons ! Tout ça sous le prétexte d’une « crise », adaptation parfaite de la « stratégie du choc ». 

Il me semblait pourtant que la « crise » n’avait rien à voir avec la dépense publique, et qu’au contraire c’était celle de la démesure des recettes privées… 

Fort heureusement, un fonctionnaire a été épargné : le président de la République, qui va garder son Air Sarko One à 180 millions d’euros. Plus de deux siècles de garden parties, ou 10 000 bagnoles à 18 000 euros…

Et il dit quoi, Maurice Leroy, là-dessus ? Boules puantes ? Idéologie ? 


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