Masson, l'homme qui voulait braquer sa torche sur les blogueurs
Mercredi 26 Mai 2010 à 11:01 | Lu 5934 fois I 36 commentaire(s)
Super No - Blogueur Associé
Super No réagit à la proposition du sénateur de droite Jean-Louis Masson, de lever l'anonymat sur les blogueurs. Une façon indirecte de censurer leurs propos.
L’affaire la plus récente concernait la censure du blog Vivametz par la mairie « socialiste » de Metz qui ne supportait plus ses billets et ses commentaires pas très charitables mais très (trop) bien informés. Dénoncé à son hébergeur, le blog a été effacé et a dû rester fermé un bon moment. Mais il n’y a évidemment pas que la « gauche » ! A droite, il y a François Grosdidier, le patron de l’UMP locale, député-maire de Woippy, qui s’est rendu célèbre par ses attaques contre les chansons de rappeurs, ou par ses considérations philosophiques sur les youyous.
On a aussi le docteur Denis Jacquat. Je précise le «docteur» car il se présente ainsi sur tous les tracts électoraux, pensant sûrement ainsi impressionner les personnes âgées un peu naïves qui constituent son fonds de commerce électoral. Et ça marche, puisqu’au dernières législatives, il a été élu au premier tour. C’est « mon » député. La honte quand j’ai appris que c’était lui qui avait fait voter nuitamment à l’Assemblée un amendement autorisant le travail jusqu’à 70 ans…
Ces pieds-nickelés ont d’ailleurs réussi en mars 2008 un exploit impensable : perdre la mairie de Metz, qui est pourtant une ville de droite, en raison de leurs querelles ridicules et d’un entre-deux tours d’un comique total.
Mais le héros du jour, celui qui me pousse à écrire un billet en plein week-end de la Pentecôte, c’est un sénateur de droite, Jean-Louis Masson, qui est en train de devenir à l’insu de son plein gré la vedette dans la blogospĥère française. Visez un peu le tableau !
C’est le blogueur Authueil (c’est même pas son vrai nom !) qui a levé le lièvre, dans le terrier duquel la blogosphère outrée s’est engagée. Jean Louis Masson vient de déposer au Sénat un projet, sa lubie : obliger les blogueurs à révéler leur identité (nom, prénom, adresse, mail, téléphone). Et puis quoi, encore ? Cent balles et un Mars ?
Il paraît pourtant que Masson est intelligent. Très intelligent. Avec des diplômes longs comme le bras. Mais l’expérience prouve que les politiciens très intelligents sur le papier se révèlent souvent sur le terrain, tels des albatros que leurs ailes de géant empêcheraient de marcher, un cauchemar pour les citoyens, et de piètres manœuvriers. Giscard était le plus connu. Il y eut aussi Fabius, Juppé, Villepin… Bon, Sarkozy a certes prouvé que le cauchemar n’était pas forcément la conséquence d’une intelligence hors du commun, mais quand même…
Jeune politicien brillantissime et ambitieux, Masson se voyait déjà député, maire de Metz, ministre, Président de la République. Tous les autres allaient forcément s’écarter devant plus malin qu’eux. C’était bien mal connaître la politique ! Masson n’a jamais réussi à déboulonner ce gros balourd de Jean-Marie Rausch, infiniment moins diplômé, mais doté d’un sens politique tellement supérieur ! Il s’est attaqué à lui dès 1983, sans succès. Son plus grand succès fut en 1978, date à laquelle il fut élu député, poste qu’il conservera jusqu’en 1997, battant la protégée de Rausch, Nathalie Griesbeck, (désormais à la tête du Modem local ou de ce qu’il en reste) avant que l’élection ne soit invalidée pour une histoire de comptes de campagne. Certains prétendent qu’il continue à s’agiter en coulisses, notamment en coachant la populaire députée Marie-Jo Zimmermann, dont il serait l’éminence grise.
Pour votre édification, vous pourrez vous reporter à ce document hallucinant (merci à Mérachlor), Masson vu par son « ami» Grosdidier, avec anecdotes qui permettent de mieux comprendre ce curieux personnage.
Masson a donc réussi à se mettre à dos la quasi-totalité de ses collègues, ainsi que les électeurs. Il semble d’ailleurs bouder le suffrage universel, puisqu’il s’est fait nommer sénateur, c’est plus confortable.
Et il veut donc désormais faire lever l’anonymat des blogueurs. Je doute que cette dernière ânerie puisse redorer un blason si terne. Mais quelle mouche l’a donc piqué ? Est-il un de ses politiciens agacés de voir que la tranquillité, sinon la complicité active, dont ils bénéficient de la part de la presse «classique» est désormais remise en cause par des blogueurs insolents qui n’hésitent plus à les bousculer, les affubler d’adjectifs qui portent atteinte à leur dignité et leur respectabilité autoproclamée ? Le blogueur ne se contente pas d’énoncer des informations lénifiantes (« Monsieur Sarkozy vient de présenter son plan de lutte contre le chômage » ), mais va en souligner le caractère ridicule, désespérant, dilatoire ou infaisable, s’appuyant sur d’autres informations disponibles sur internet.
Le seul anonymat que les politiciens tolèrent, quoi qu’ils en disent, c’est celui des détenteurs de compte en banque à Genève ou Luxembourg ! Le blogueur, cette engeance maléfique, est prié de livrer à la vindicte populaire son nom (afin que son patron outré puisse le virer ?), son téléphone (afin de lui passer des coups de fils vengeurs en pleine nuit ?) et son adresse (pour pouvoir lui envoyer des cercueils sous enveloppe ?).
C’est ridicule. L’anonymat n’existe pas ! N’importe quel curieux peut généralement savoir en quelques minutes à qui il a affaire ! Et il existe déjà une loi, suffisamment claire : tout blogueur fournit déjà son identité et ses coordonnées à son hébergeur, qui les livre à la justice en cas de réquisition. Dans l’affaire Vivametz, une simple lettre de menaces émanant d’un adjoint à la mairie avait même suffi à fermer le blog ! De nombreux blogueurs ont déjà dû répondre devant la justice de faits gravissimes comme la diffamation…
Faute d’anonymat, le blogueur tient souvent à sa discrétion. C’est pourtant simple. Sauf exception rarissime, un blogueur ne vit pas de son blog (bien au contraire !). A côté, il a un métier. Indispensable pour se nourrir, rester propre, et accessoirement payer l’hébergeur du blog. Ce métier est souvent totalement incompatible avec les propos qu’il tient sur son blog. Il y a des blogueurs financiers, avocats, flics… Ou simplement des salariés ordinaires, exemplaires au travail, mais se transformant en procureurs implacables contre le capitalisme dès leur retour au bercail. Lever leur anonymat, c’est la garantie de les faire virer à brève échéance ! Je l’ai déjà sous-entendu, mais mon blog, dénoncé à mon ex-patron par des collègues à l’intelligence vive et à la charité développée, a été l’un des éléments qui ont fait que je me suis retrouvé le moment venu dans la charrette.
Et si comme moi le blogueur est chômeur (et nous sommes nombreux !), comment voulez-vous qu’il retrouve un boulot, puisque la plupart des employeurs ou recruteurs passent internet au peigne fin pour y trouver des informations compromettantes, pages Facebook, et a fortiori blogs politiques ? Il n’y a pourtant pas besoin d’être polytechnicien pour comprendre des choses aussi élémentaires ?
Il croit que ça m’amuse, Monsieur Masson, de jouer les anonymes ? En fait, dans un monde “normal”, je m’en moquerais comme il se moque de sa première trahison politique. Mais qu’importe mon nom ? Contrairement aux journalistes qui nous expliquent au quotidien combien le plan de Sarkozy va endiguer la crise, ou comment le gouvernement Fillon se dévoue dans l’intérêt des citoyens, je ne suis pas une vedette, pas même dans mon quartier. Je pourrais coucher avec mes voisines, Voici et Closer ne viendraient pas pour autant faire le pied de grue devant chez moi ! Je n’aspire surtout pas au vedettariat, et mon identité, tout le monde s’en fout, elle n’a aucune importance. On vient me lire pour ce que j’écris, par pour qui je suis !
Lever l’anonymat du blogueur, c’est tout simplement condamner le principe même du blog.
Mais n’est-ce pas le but ? Les laisser entre eux, raconter toutes les conneries du monde à leurs Elkkabach, leurs Duhamel, à leurs Chabot voire à leurs Drücker, sans aucun risque d’être contredits ?
Attention, m’sieur Masson. Je ne sais pas qui vous instrumentalise. Mais regardez ce qui est arrivé à Madame Albanel, choisie pour incarner cette monumentale connerie d’Hadopi : censée faire disparaître le piratage, elle l’a en réalité fait exploser ! Quant à Madame Albanel, elle a explosé elle aussi, et disparu de la scène politique. Est-ce là votre ambition ?
On a aussi le docteur Denis Jacquat. Je précise le «docteur» car il se présente ainsi sur tous les tracts électoraux, pensant sûrement ainsi impressionner les personnes âgées un peu naïves qui constituent son fonds de commerce électoral. Et ça marche, puisqu’au dernières législatives, il a été élu au premier tour. C’est « mon » député. La honte quand j’ai appris que c’était lui qui avait fait voter nuitamment à l’Assemblée un amendement autorisant le travail jusqu’à 70 ans…
Ces pieds-nickelés ont d’ailleurs réussi en mars 2008 un exploit impensable : perdre la mairie de Metz, qui est pourtant une ville de droite, en raison de leurs querelles ridicules et d’un entre-deux tours d’un comique total.
Mais le héros du jour, celui qui me pousse à écrire un billet en plein week-end de la Pentecôte, c’est un sénateur de droite, Jean-Louis Masson, qui est en train de devenir à l’insu de son plein gré la vedette dans la blogospĥère française. Visez un peu le tableau !
C’est le blogueur Authueil (c’est même pas son vrai nom !) qui a levé le lièvre, dans le terrier duquel la blogosphère outrée s’est engagée. Jean Louis Masson vient de déposer au Sénat un projet, sa lubie : obliger les blogueurs à révéler leur identité (nom, prénom, adresse, mail, téléphone). Et puis quoi, encore ? Cent balles et un Mars ?
Il paraît pourtant que Masson est intelligent. Très intelligent. Avec des diplômes longs comme le bras. Mais l’expérience prouve que les politiciens très intelligents sur le papier se révèlent souvent sur le terrain, tels des albatros que leurs ailes de géant empêcheraient de marcher, un cauchemar pour les citoyens, et de piètres manœuvriers. Giscard était le plus connu. Il y eut aussi Fabius, Juppé, Villepin… Bon, Sarkozy a certes prouvé que le cauchemar n’était pas forcément la conséquence d’une intelligence hors du commun, mais quand même…
Jeune politicien brillantissime et ambitieux, Masson se voyait déjà député, maire de Metz, ministre, Président de la République. Tous les autres allaient forcément s’écarter devant plus malin qu’eux. C’était bien mal connaître la politique ! Masson n’a jamais réussi à déboulonner ce gros balourd de Jean-Marie Rausch, infiniment moins diplômé, mais doté d’un sens politique tellement supérieur ! Il s’est attaqué à lui dès 1983, sans succès. Son plus grand succès fut en 1978, date à laquelle il fut élu député, poste qu’il conservera jusqu’en 1997, battant la protégée de Rausch, Nathalie Griesbeck, (désormais à la tête du Modem local ou de ce qu’il en reste) avant que l’élection ne soit invalidée pour une histoire de comptes de campagne. Certains prétendent qu’il continue à s’agiter en coulisses, notamment en coachant la populaire députée Marie-Jo Zimmermann, dont il serait l’éminence grise.
Pour votre édification, vous pourrez vous reporter à ce document hallucinant (merci à Mérachlor), Masson vu par son « ami» Grosdidier, avec anecdotes qui permettent de mieux comprendre ce curieux personnage.
Masson a donc réussi à se mettre à dos la quasi-totalité de ses collègues, ainsi que les électeurs. Il semble d’ailleurs bouder le suffrage universel, puisqu’il s’est fait nommer sénateur, c’est plus confortable.
Et il veut donc désormais faire lever l’anonymat des blogueurs. Je doute que cette dernière ânerie puisse redorer un blason si terne. Mais quelle mouche l’a donc piqué ? Est-il un de ses politiciens agacés de voir que la tranquillité, sinon la complicité active, dont ils bénéficient de la part de la presse «classique» est désormais remise en cause par des blogueurs insolents qui n’hésitent plus à les bousculer, les affubler d’adjectifs qui portent atteinte à leur dignité et leur respectabilité autoproclamée ? Le blogueur ne se contente pas d’énoncer des informations lénifiantes (« Monsieur Sarkozy vient de présenter son plan de lutte contre le chômage » ), mais va en souligner le caractère ridicule, désespérant, dilatoire ou infaisable, s’appuyant sur d’autres informations disponibles sur internet.
Le seul anonymat que les politiciens tolèrent, quoi qu’ils en disent, c’est celui des détenteurs de compte en banque à Genève ou Luxembourg ! Le blogueur, cette engeance maléfique, est prié de livrer à la vindicte populaire son nom (afin que son patron outré puisse le virer ?), son téléphone (afin de lui passer des coups de fils vengeurs en pleine nuit ?) et son adresse (pour pouvoir lui envoyer des cercueils sous enveloppe ?).
C’est ridicule. L’anonymat n’existe pas ! N’importe quel curieux peut généralement savoir en quelques minutes à qui il a affaire ! Et il existe déjà une loi, suffisamment claire : tout blogueur fournit déjà son identité et ses coordonnées à son hébergeur, qui les livre à la justice en cas de réquisition. Dans l’affaire Vivametz, une simple lettre de menaces émanant d’un adjoint à la mairie avait même suffi à fermer le blog ! De nombreux blogueurs ont déjà dû répondre devant la justice de faits gravissimes comme la diffamation…
Faute d’anonymat, le blogueur tient souvent à sa discrétion. C’est pourtant simple. Sauf exception rarissime, un blogueur ne vit pas de son blog (bien au contraire !). A côté, il a un métier. Indispensable pour se nourrir, rester propre, et accessoirement payer l’hébergeur du blog. Ce métier est souvent totalement incompatible avec les propos qu’il tient sur son blog. Il y a des blogueurs financiers, avocats, flics… Ou simplement des salariés ordinaires, exemplaires au travail, mais se transformant en procureurs implacables contre le capitalisme dès leur retour au bercail. Lever leur anonymat, c’est la garantie de les faire virer à brève échéance ! Je l’ai déjà sous-entendu, mais mon blog, dénoncé à mon ex-patron par des collègues à l’intelligence vive et à la charité développée, a été l’un des éléments qui ont fait que je me suis retrouvé le moment venu dans la charrette.
Et si comme moi le blogueur est chômeur (et nous sommes nombreux !), comment voulez-vous qu’il retrouve un boulot, puisque la plupart des employeurs ou recruteurs passent internet au peigne fin pour y trouver des informations compromettantes, pages Facebook, et a fortiori blogs politiques ? Il n’y a pourtant pas besoin d’être polytechnicien pour comprendre des choses aussi élémentaires ?
Il croit que ça m’amuse, Monsieur Masson, de jouer les anonymes ? En fait, dans un monde “normal”, je m’en moquerais comme il se moque de sa première trahison politique. Mais qu’importe mon nom ? Contrairement aux journalistes qui nous expliquent au quotidien combien le plan de Sarkozy va endiguer la crise, ou comment le gouvernement Fillon se dévoue dans l’intérêt des citoyens, je ne suis pas une vedette, pas même dans mon quartier. Je pourrais coucher avec mes voisines, Voici et Closer ne viendraient pas pour autant faire le pied de grue devant chez moi ! Je n’aspire surtout pas au vedettariat, et mon identité, tout le monde s’en fout, elle n’a aucune importance. On vient me lire pour ce que j’écris, par pour qui je suis !
Lever l’anonymat du blogueur, c’est tout simplement condamner le principe même du blog.
Mais n’est-ce pas le but ? Les laisser entre eux, raconter toutes les conneries du monde à leurs Elkkabach, leurs Duhamel, à leurs Chabot voire à leurs Drücker, sans aucun risque d’être contredits ?
Attention, m’sieur Masson. Je ne sais pas qui vous instrumentalise. Mais regardez ce qui est arrivé à Madame Albanel, choisie pour incarner cette monumentale connerie d’Hadopi : censée faire disparaître le piratage, elle l’a en réalité fait exploser ! Quant à Madame Albanel, elle a explosé elle aussi, et disparu de la scène politique. Est-ce là votre ambition ?
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