Martine Aubry: zéro communication, zéro lisibilité?
Trop de communicants et c’est la mort de la politique. Mais pas du tout ou presque de communication, cela peut conduire à un manque de lisibilité. L’exemple avec Aubry qui n’a trouvé aucune parade pour se défaire de son image de «malgré elle» de la primaire et dont les propres soutiens commencent à douter de la manière dont elle mène campagne.
DSK, c'était le candidat du trop plein de communicants, avec Euro-RSCG présent à tous les étages de la fusée chargée de le propulser sur orbite présidentielle. Avec le résultat catastrophique que l’on connaît, jusqu’à son mea culpa peu convaincant sur TF1 dimanche dernier devant près de 13 millions de Français… Aubry, elle, s'est tout l'inverse. Nul (dé)formateur de la parole publique à ses côtés, si ce n'est le patron de l'agence La Matrice, Claude Posternak. Mais de façon paradoxale, ce communicant qui compte parmi ses clients des marques comme Bjorg ou Krisprolls, ne semble avoir aucune envie de... communiquer avec la presse (1) ! « Ce n’est pas son rôle d’échanger avec les journalistes », fait-on valoir dans l’entourage d’Aubry. D’ailleurs, « ce n’est pas le communicant officiel d’Aubry », explique-t-on, mais un simple « ami » qui lui prodiguerait quelques « conseils » à l’occasion.
Zéro stratégie de communication donc, voilà un gage d’authenticité et de sincérité qui colle assez bien à la personnalité et au parcours d’Aubry. Mais ceci étant dit, son incapacité à se défaire de son image de « candidate par défaut » (de DSK) comme le répètent sur tous les tons les fantassins de François Hollande et ses difficultés à mener une campagne lisible comme le regrettent même certains de ses soutiens (lire « Martine Aubry, pourquoi elle patine » dans Marianne de cette semaine ) devrait peut-être l’encourager à repenser sa communication de campagne. D’autant que ses rapports avec les médias sont beaucoup moins au beau fixe que ceux du député de Corrèze, son principal adversaire. C’est du moins ce qu’analysent trois professionnels de la communication politique travaillant chez Euro-RSCG, Rumeur publique et Image 7 qui ont accepté de témoigner sous couvert d’anonymat.
- Euro-RSCG : « Dans son "patrimoine de marque", Martine Aubry est une femme de convictions. Elle reste pour les Français la femme des 35 heures. Mais si elle apparaît comme une femme de convictions, on ne voit pas pourtant émerger dans la campagne de la primaire quelles sont justement ses convictions... Elle souffre d’un handicap : l’accord passé avec DSK. Elle est engluée dans ce pacte qui montre qu’elle n’est pas à la genèse de sa candidature et donne aux Français le sentiment d’être toujours acculée. Si vous n’affichez pas une volonté propre, ça ne peut pas fonctionner dans un système comme celui de la Vème République ».
- Rumeur publique : « Aubry a du mal à rythmer sa campagne. Elle a démarré très tardivement comparée à Hollande et Royal. Dans un premier temps, elle a cherché à se mettre au-dessus de la mêlée en se montrant avare de paroles. Ensuite, elle a essayé toutes les stratégies de communication possibles. A Marseille, elle a fait du Ségolène Royal, et maintenant elle sature l'espace médiatique comme François Hollande. Mais lui l'a fait crescendo. Alors que Hollande adopte une posture présidentiable, elle parle au “peuple de gauche”. Elle le fait plutôt bien. Sa présence à la Fête de L’Humanité, son positionnement sur le nucléaire, sont de bonnes choses. Mais il lui faut casser son côté “Merkel de gauche” : on peut avoir une dignité sans forcément mener une campagne mollassonne ».
- Image 7 : « Martine Aubry a une certaine authenticité, elle fait “sérieux” et est même anti glamour. En ce sens, elle est l'anti-Ségolène par excellence. C’est pourquoi on se demande ce qu'elle est allée faire en une de Paris-Match avec son mari. Ça, ce n'était pas elle. Malgré tout, sa campagne n’est pas si mal. Elle a une bonne manière d’occuper le terrain. Elle a su aussi très bien désamorcer les rumeurs à son sujet. Mais les déclarations de DSK mettent à mal sa campagne qui apparaît aujourd’hui comme l’œuvre de quelqu’un qui n’a pas envie d’y aller ».
(1) Sollicité à plusieurs reprises par Marianne, Claude Posternak n’a donné aucune suite.
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